Inclusion financière : les disparités persistent au Maroc

Par | Le 21/10/2020 à 15:38

Les disparités en termes d’accessibilité et d’utilisation des services financiers persistent au Maroc. C’est ce qui ressort du dernier rapport annuel de Bank Al-Maghrib sur les infrastructures des marchés financiers et les moyens de paiement, leur surveillance et l’inclusion financière pour l’année 2019.

L’objectif des politiques d’inclusion financière est de mettre à la disposition des différents segments de la population des services financiers formels adaptés aux besoins pour favoriser l’amélioration de leurs conditions de vie.

Les indicateurs de l’inclusion financière à fin 2019 portent principalement sur l’accessibilité et l’utilisation des services financiers.

Les indicateurs d’accès se basent sur le nombre de points d’accès par 10.000 adultes au niveau national répartis par type et par unité administrative, le pourcentage d’unités administratives ayant au moins un point d’accès, et le pourcentage de la population totale vivant dans les unités administratives ayant au moins un point d’accès.

En 2019, le nombre de points d’accès aux services financiers a enregistré une hausse de 15% passant ainsi à 15.860, contre 13.768 une année auparavant.

A noter qu’un point d’accès est une entité physique où une personne peut effectuer des opérations de dépôt et de retrait par l’intermédiaire d’une institution financière réglementée (agences bancaires, Distributeurs automatiques de billets, établissements de paiement, etc).

La hausse du nombre de points d’accès est liée principalement à l’émergence des Établissements de Paiement, et dans une moindre mesure, à la progression de la capillarité du réseau bancaire sous l’effet de la hausse combinée des réseaux GAB cash-in & cash-out et IOB (Intermédiaires en Opérations Bancaires).

En comparaison avec l’année 2013, le nombre de points d’accès a connu une forte évolution de près de 78%, passant ainsi de 8.913 à 15.860 points d’accès en 2019.

Toutefois, malgré la forte progression de la capillarité du réseau bancaire et des établissements de paiement, des disparités persistent au niveau territorial. Les écarts continuent de subsister entre le monde urbain et le monde rural.

Dans le détail, la densité bancaire au niveau national a enregistré une nette amélioration en passant d’un point d’accès pour 1.877 adultes en 2018 à un point d’accès pour 1.654 adultes en 2019. Le milieu rural n’a pas pu bénéficier de cette forte progression. La densité bancaire en milieu rurale n’est que d’un seul point d’accès pour 9.245 adultes contre un point d’accès pour 1.023 adultes en milieu urbain. 

Cet écart peut en partie être expliqué par le modèle économique de l’agence bancaire classique qui semble ne pas être adapté à la faible densité des zones rurales et au faible niveau de revenus dans certaines zones, étant donné que ce dernier requiert un nombre minimal de clients pour amortir les charges fixes.

Cela dit, le pourcentage des adultes vivant dans une unité administrative avec au moins un point d’accès a enregistré une amélioration en 2019, s’établissant à 74% contre 72% en 2018.

En termes de couverture du milieu rural, le pourcentage des communes rurales disposant d’au moins un point d’accès a connu une hausse passant de 25,2% en 2018 à 26,5% en 2019, qui s’explique essentiellement par l’implantation du réseau des Établissements de Paiement dans des zones initialement non couvertes.

Les femmes continuent de ne représenter que le tiers des utilisateurs des services bancaires

Pour leur part, les dimensions d’utilisation portent sur le pourcentage des adultes ayant au moins un type de compte de dépôt réglementé et le pourcentage des adultes ayant au moins un type de compte de crédit réglementé.

Le nombre de comptes de dépôt a augmenté de 4,2% en 2019, s’établissant à 24,36 millions de comptes. L’encours de dépôt ressort également en hausse de 3,3% pour atteindre 678,7 milliards de DH.
Le nombre de crédits bancaires aux particuliers a enregistré une hausse de 5,4% en 2019, s’établissant à 12,6 millions de contrats avec un encours de 288,1 milliards de dirhams, en hausse de 3,2% par rapport à 2018.

La répartition géographique des comptes de dépôt et des crédits montre que la région « Grand-Casablanca Settat » consolide sa position dominante en couvrant 27% du volume des comptes de dépôt et 31% de leur valeur globale, suivie par la région de « Rabat-Salé – Kénitra » avec 15% aussi bien en termes de volume que de valeur.

De son côté, la région de l’« Oriental » surclasse les autres régions en termes d’encours moyen de dépôt, puisqu’il s’élève à 38.053 DH, suivie par la région du « Grand-Casablanca Settat » avec 31.869 DH, contre 12.887 DH pour la région « Eddakhla - Oued Eddahab ». (Voir tableau ci-dessous)

Répartition régionale

Inclusion financière : les disparités persistent au Maroc

Source : BAM.

S’agissant des crédits bancaires aux particuliers, la région du « Grand-Casablanca Settat » surperforme les autres régions aussi bien en termes de nombre (30%), de valeur (52%) que d’encours moyen qui s’élève à 38.965 DH.

Par genre, les femmes représentent 34% des utilisateurs des services bancaires contre 66% d’hommes à fin 2019.

La répartition par groupe d’âge démontre que la pénétration des comptes continue de demeurer faible chez les jeunes adultes. Dans le détail, seulement 9,6% des comptes sont détenus par des personnes âgées de 15 à 25 ans, contre 63,1% des comptes détenus par la tranche d’âge des 26-55 ans, alors que la population de 15 à 25 ans représente 25% de la population adulte.

Cette faible pénétration s’explique par le niveau réduit des revenus de cette catégorie, de l’inadaptation des offres aux besoins des segments à faible revenu, de la forte utilisation des services financiers informels et du statut socio-économique.

Progression des crédits accordés aux PME entre 2018 et 2019

L’encours global des crédits bancaires octroyés aux TPME s’est élevé à 153,22 milliards de DH contre 135,85 milliards de DH, soit une augmentation de près de 12,8% entre 2018 et 2019.

La répartition de l’encours des crédits bancaires par taille d’entreprise dévoile une légère régression pour les TPE (27% en 2019 contre 29% en 2018) et une progression des encours pour les PME (73% en 2019 contre 71% en 2018).

Par région, « Grand-Casablanca Settat » concentre 64% du montant total des crédits accordés aux TPME, contre 62% en 2018.

Une expansion de 66,4% de l’encours du crédit octroyé aux TPME a été enregistrée par la région de « Guelmim - Oued Noun », due notamment à la hausse considérable du montant des crédits accordés aux PME par rapport à 2018, contre une baisse de 30,8% pour la région d’ « Eddakhla - Oued Eddahab », due à une chute du montant des crédits octroyés aux TPE par rapport à l’année précédente.

L’analyse de la répartition du crédit bancaire par taille d’entreprise fait ressortir une hausse de 12,8% entre 2018 et 2019 pour les TPME, qui s’explique en grande partie par une amélioration de 16,1% des crédits accordés aux PME et de 4,8% des crédits octroyés aux TPE.

Renchérissement des services bancaires entre 2011 et 2019

L’indice des prix des services bancaires (IPSB) s’est établi à 125,64 à fin 2019 enregistrant ainsi une hausse de 25 points par rapport à l’année de référence 2011 et une légère baisse d’environ un point par rapport à 2018.

Cette tendance haussière par rapport à l’année de référence traduit le renchérissement des services bancaires qui composent le panier, notamment du « Package », des « Frais de tenue de compte » et de la « Carte bancaire ».

Par ailleurs, l’IPSB a baissé de 0,9% en comparaison avec 2018. Cette légère baisse s’explique par le recul de 10,6% des commissions perçues sur les offres de type « Package », ce qui a contrebalancé les hausses respectives de 17,5% des frais relatifs à la « Carte bancaire » et de 2% des « Frais de tenue de compte ».

S’agissant de la structure du panier, et à l’instar de la tendance observée précédemment, les commissions perçues sur les offres de type « Package », la tenue de compte et la carte bancaire représentent 81,6% du total des commissions.

Ainsi, toute évolution de la tarification de ces trois services, notamment par les banques qui prédominent le marché bancaire, a un impact significatif sur le niveau de l’IPSB.
 

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