Travaux routiers au sein de l'oasis de Figuig: le ministère de la Culture intervient
Vivement rejeté par la population et la société civile, le projet de construction d’une "route touristique traversant la palmeraie de Figuig" fait des remous. Contrairement à une rumeur persistante, cela n'a pas affecté (pour le moment) le dossier de Figuig auprès de l'Unesco. Le ministre de la Culture a écrit à la Région à ce sujet.
A l'origine, une rumeur persistante: l'oasis de Figuig aurait été retirée de la liste indicative du patrimoine mondial de l'Unesco. En cause, le projet de construction d’une route touristique traversant la palmeraie, au pied de la falaise.
L’Oasis de Figuig est inclue dans la liste indicative du Maroc depuis 2011. Elle est décrite comme "un patrimoine historique, architectural et archéologique à forte valeur culturelle".
"Tout au long des siècles passés, la population de l'oasis de Figuig a créé, avec des matériaux locaux, une architecture et un urbanisme vernaculaires parfaitement adaptés aux besoins de l'écosystème oasien", lit-on sur la description de l'oasis, toujours sur cette liste indicative.
Effectivement, cette oasis est l'une des rares à avoir résisté au temps. Sa falaise unique de calcaire rouge, haute de 30 mètres et plus, a été formée il y a plus de 65 millions d'années.
Qu'est-ce qu'une liste indicative?
Une liste indicative de l'Unesco est une sorte de liste d'attente avant inscription éventuelle au patrimoine de l'humanité. C'est un inventaire des biens que chaque Etat partie a l'intention de proposer pour inscription, peut-on lire sur le site de l'Unesco.
Sont inclus dans la liste indicative les biens considérés comme étant un patrimoine culturel et/ou naturel de valeur universelle exceptionnelle susceptible d'inscription sur la liste du patrimoine mondial.
"L’Unesco n’a jamais reçu une proposition d’inscription sur la liste du patrimoine mondial concernant ce site", apprend Médias24 auprès de l'organisation mondiale.
Le choix des sites à inclure dans la liste indicative revient à l’Etat concerné. L’Unesco n’intervient donc pas dans ce processus, affirme notre source.
"L'Unesco n'a pas la main sur la liste indicative, c'est l'affaire des Etats seuls", nous confirme une source officielle marocaine.
Les listes indicatives des Etats parties sont publiées par le Centre du patrimoine mondial sur son site internet et/ou dans les documents de travail afin de garantir la transparence et un accès aux informations et de faciliter l'harmonisation des listes indicatives au niveau régional et sur le plan thématique.
Le projet de la discorde
Le projet de route touristique, s'étalant sur 3,63 km, a été lancé en juin dernier, provoquant l'indignation d'une partie de la population et de la société civile locale.
"Préoccupés par les travaux actuellement en cours", les habitants appellent à la suspension immédiate du projet.
"Une population non avertie a été surprise par les bulldozers à l'oeuvre au premier jour du déconfinement", avait déclaré une source associative à Médias24.
Les acteurs associatifs pointent l'étude du projet de la route "n'ayant respecté aucune des étapes nécessaires, imposées par la loi". Selon eux, aucune étude n’a été réalisée pour évaluer l’impact environnemental de cette route.
Exemple de route respectueuse de l'oasis, réalisée dans un pays du Golfe.
Une source proche du dossier déplore le "massacre de centaines de palmiers et d'arbres fruitiers, la destruction de canalisations traditionnelles, de bassins centenaires de collecte des eaux de source, la défiguration des chutes d'eau, de grottes et d'une falaise de calcaire jurassique". Bref, une boucherie.
Dans une étude réalisée en 2011 sur l'oasis de Figuig, l'architecte français, Thierry Ginestet, avait insisté sur le fait que "l'irruption d'une voie de transit au cœur de l'oasis porterait un coup fatal à l'équilibre environnemental et au patrimoine traditionnel".
L’auteur de l'étude fustigeait déjà le plan d’aménagement "figeant l’oasis, qualifiée d’exemplaire quant aux méthodes de lutte contre la sécheresse et de valorisation des ressources hydriques".
Le ministre de la Culture intervient
Le ministre de la Culture a écrit au maître d'ouvrage qui est la région de l'Oriental, pour lui demander de temporiser dans les travaux et lui proposer l'aide de ce département pour réadapter la route au site et à sa valeur de patrimoine.
Cette initiative n'a pas été du goût des défenseurs de l'ouvrage qui ont organisé un sit-in (vidéo ci-dessus) d'une demi-douzaine de personnes pour dénoncer l'arrêt des travaux.
Selon des militants qui défendent l'oasis, ce sit-in est encouragé, voire suscité par le Conseil communal de la ville.
Des sites du patrimoine mondial délistés
Un site inscrit sur la liste du patrimoine mondial par l'Unesco, peut en être retiré si l'organisation estime que le bien en question n'est pas correctement géré et protégé.
Une fois les menaces identifiées, le bien peut être placé sur la liste du patrimoine mondial en péril, le temps de mettre en place une concertation avec les autorités locales et de déterminer une stratégie pour remédier au problème. Si la discussion échoue, le comité du patrimoine mondial peut donc annuler l'inscription.
A ce jour, seuls trois sites ont été retirés de la liste: le Sanctuaire de l'oryx arabe (Oman), en 2007, la cathédrale de Bagrati en Géorgie, en 2017 et la Vallée de l'Elbe à Dresde (Allemagne), retirée en 2009 en raison de la construction d’un pont routier à quatre voies.
Les palmiers arrachés la route traversant la palmeraie la scindant en deux et la détruisant au passage !!!! @oef75 ! Faites quelque chose 🙏🙏 pic.twitter.com/INc37q0dIp
— MLB (@Laynoocha) September 25, 2020
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