Comment six experts voient les dirigeants marocains de 2035 (webinaire)
Le nouveau modèle de développement doit produire et reposer sur des leaders humbles, avec de grandes compétences humaines, ont souligné six intervenants lors d’un webinaire sur le profil du dirigeant marocain de 2035.
Comment le Maroc imagine ses dirigeants de 2035 ? C’est la question qui a réuni, vendredi 26 juin, six PDG et responsables universitaires lors d’un webinaire organisé par ESCA Ecole de management. Mohamed Fikrat, membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement ; Samira Khamlichi, PDG de Wafacash et membre du conseil stratégique de l’ESCA ; Mouna Lebnioury, directrice générale de Bank Al Yousr ; Abdellatif Komat, doyen de la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de l’université Hassan II ; Ali Hammani, directeur de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II et Majid Kaissar El Ghaib, professeur-chercheur à l’ESCA, se sont tour à tour relayés pendant deux heures pour brosser le portrait des dirigeants marocains de 2035, sous la houlette d’Ahmed Reda Chami, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
A quoi ressembleront ces futurs dirigeants ? Quelles qualités devront-ils avoir ? Comment les retenir (ou les faire revenir) au Maroc ? Leurs compétences seront-elles seulement techniques ? ''La qualité des ressources humaines est fondamentale dans la réussite d’un nouveau modèle de développement'', a plaidé Ahmed Reda Chami.
Car le modèle de développement actuel s’essouffle, a rappelé, en ouverture de ce webinaire, Mohamed Fikrat : ''Malgré ses acquis aux niveaux économique et social, le modèle de développement tel que nous le connaissons actuellement souffre d’insuffisances et de faiblesses ; nous n’arrivons pas à créer suffisamment de richesses et d’opportunités d’emplois.''
Des sources d’inspiration de Jim Collins à John F. Kennedy
Le bon modèle de développement est aussi celui qui est capable de faire germer les leaders de demain. ''Ce ne sont pas les plus charismatiques qui sont les meilleurs leaders, mais ceux qui savent rester humbles'', croit savoir Ahmed Reda Chami. Pendant une trentaine de minutes, il a détaillé sa vision du futur dirigeant, alternant entre notions de courage, de justice, d’éthique et de contrôle de soi, que lui a inspiré le best-seller de l’Américain Jim Collins, ancien professeur à l’Université de Standford et spécialiste de la croissance des entreprises, intitulé ''De la performance à l’excellence'' (''Good To Great'', 2001, Ed. Random House Business). ''Le livre a été écrit il y a longtemps, mais les qualités qui y sont décrites seront toujours valables dans les années à venir'', a souligné Ahmed Reda Chami.
Ces qualités, le président du CESE les résume en un acronyme laconique : les ''6C''. Traduction : la communication, la collaboration, la créativité, le critical thinking (l’esprit critique), le ''complex problem solving'' (la capacité à résoudre des problèmes) et, en anglais, le ''connection'' (la mise en relation entre les différents acteurs et les différents enjeux d’une entreprise).
L’enjeu est aussi d’inciter les futurs entrepreneurs à rester au Maroc et, pour ceux qui ont quitté le navire, à les faire revenir. Ahmed Reda Chami tient pour argument la célèbre phrase de John F. Kennedy, ''Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays''. ''L’Etat a investi pour créer ces compétences ; il est donc normal qu’elles rendent au pays ce qu’il leur a donné. Pour ça, il faut les encourager à (re)venir au Maroc, mais pas sous n’importe quelles conditions. La première des choses, c’est d’être conscient que ces générations ont une toute autre appréhension du monde ; elles sont en quête de sens dans leur travail. Les organisations doivent aussi se moderniser ; elles doivent absolument miser sur le digital'', a soutenu celui qui fut aussi ministre de l’Industrie.
Des compétences humaines et pas seulement techniques
Moderniser une entreprise, c’est aussi y accueillir des femmes et leur laisser la possibilité d’occuper le terrain. ''Sans une hausse du taux d’activité des femmes, le Maroc ne deviendra jamais un pays développé. Un modèle qui fait émerger plus d’hommes que de femmes est de toute évidence un modèle défaillant'', a encore déclaré Ahmed Reda Chami.
Il a été rejoint dans ce sens par Samira Khamlichi, PDG de Wafacash, qui a appelé à ce que l’école marocaine ''joue un rôle prépondérant dans la formation des citoyens et des citoyennes de demain''.
Loin d’entretenir le mythe selon lequel certaines professions seraient davantage réservées aux hommes, Samira Khamlichi a souligné l’importance d’insérer les femmes dans tous les corps de métier. ''Chez Wafacash, ma responsable sécurité IT c’est une femme, pas un homme. Tout ça pour dire que nous devons mettre nos egos de côté : il est important que les gens de demain ne soient pas formés à développer leur ego, mais à développer des soft skills'', ces compétences qui ne s’apprennent pas sur les bancs des grandes écoles (ni des petites), mais qui sont pourtant essentielles au bon fonctionnement et à la croissance d’une entreprise. ''Moi je ne recrute pas un diplôme ; je recrute une personnalité, une personne qui va assurer la relève. Je ne vois pas uniquement le quotient intellectuel ; il n’est pas suffisant aujourd’hui et le sera encore moins demain. Nous avons besoin avant tout de quotient émotionnel et social.''
Comment voit-elle le jeune Marocain de 2035 ? ''Si je devais robotiser le leader de demain, je parlerais de ses compétences humaines plus que de ses compétences techniques. Je le vois dans l’agilité, la collaboration, l’innovation, la créativité, le partage. Nous avons besoin de managers qui soient aussi dans un registre émotionnel, et pas seulement technique ou intellectuel.'' Comme une alternative aux ''6C'' d’Ahmed Reda Chami, Samira Khamlichi propose les ''6E''. Comprendre : éducation, équité, environnement, engagement, ego et émotion.
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