Casablanca : le tribunal civil débordé, le ministre de la Justice interpellé
Saisie par une députée du PJD, Abdellatif Ouahbi doit répondre aux critiques visant les files d’attente, les retards de paiement des frais judiciaires et les lenteurs dans les dossiers d’exécution, alors que les avocats décrivent une situation de plus en plus tendue sur le terrain.
Longues files d’attente, délais de traitement anormalement longs, procédures alourdies… Décriés depuis plusieurs semaines par les avocats, les dysfonctionnements des tribunaux de Casablanca arrivent désormais jusqu'au Parlement. Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a été saisi d’une question écrite l’interrogeant sur la dégradation des conditions de fonctionnement dans plusieurs juridictions de la capitale économique.
La saisine émane de Hind Rtel Bennani, députée du Parti de la justice et du développement (PJD) à la Chambre des représentants. Elle interpelle le ministre sur une “situation préoccupante” touchant notamment les tribunaux civil et social, marquée par des files d’attente prolongées, des retards dans les paiements des frais de justice, ainsi que des difficultés dans le traitement des dossiers d’exécution.
Dans le détail, la parlementaire évoque également un manque de ressources humaines, des procédures jugées complexes, ainsi que des retards persistants dans l’exécution des décisions, notamment à l’égard des compagnies d’assurance.
Sur le terrain, les témoignages recueillis par Médias24 pointent une situation particulièrement tendue au tribunal de première instance de Casablanca, section civile. Selon plusieurs sources concordantes, ces difficultés ne sont pas nouvelles mais se sont accentuées ces dernières semaines.
Concrètement, certaines démarches de base prennent plusieurs heures. “Il faut parfois attendre plusieurs heures pour une simple formalité”, résume un avocat. Le paiement d’une requête peut ainsi prendre une demi-journée, malgré la mise en place récente d’un système de tickets destiné à réguler l’affluence.
La digitalisation, souvent présentée comme un levier d’amélioration, peine à convaincre. “La plateforme existe, mais elle ne couvre pas toutes les demandes”, explique un praticien. Plus problématique encore, “les dossiers déposés en ligne ne sont pas traités plus rapidement”, certains évoquant même des délais plus longs que pour les dépôts physiques.
Dans les faits, cette organisation impose une double contrainte. “Même lorsqu’une requête est introduite en ligne, il faut souvent se déplacer pour finaliser la procédure ou en assurer le suivi”, indique une source.
Les opérations restent en grande partie manuelles, les documents transmis via la plateforme devant être repris et traités physiquement par les services du greffe.
Autre conséquence directe : une incertitude sur les délais. “Il n’y a pas de garantie réelle sur les délais de traitement, ce qui peut exposer à des risques professionnels”, alerte un avocat.
Parallèlement, des tensions internes ont été observées. “Des mouvements de protestation ont eu lieu récemment parmi les agents du greffe”, confie une source, évoquant une surcharge de travail et un manque de moyens humains
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