Les patrons vont-ils participer au financement de la relance ?
La relance économique ne doit pas reposer uniquement sur le soutien public et le crédit bancaire. La recapitalisation des entreprises par leurs actionnaires est nécessaire. L'Etat peut les inciter par des mesures fiscales.
Les entreprises marocaines sont sous-capitalisées. Ce n’est pas nouveau, mais si l’économie du pays s’en accommodait en temps normal, dans ce contexte de crise la faiblesse des fonds propres peut freiner la relance.
Dans la majorité des cas, la sous-capitalisation des entreprises s’explique par la situation financière limitée de leurs propriétaires qui ne peuvent faire des apports suffisants. Elle peut aussi s’expliquer par une faiblesse structurelle de leur rentabilité. C’est le cas des TPE et de certaines PME.
Mais dans d’autres cas, les associés/actionnaires sont fortunés et rechignent malgré tout, pour diverses raisons qu’on ne développera pas ici, à injecter de l’argent dans leurs sociétés. Ils en pompent même les bénéfices au fur et à mesure au détriment de leur développement, et n’hésitent pas à couper dans les charges y compris les emplois et les salaires à la moindre tension comme celle causée par la crise du Covid.
La CGEM a proposé un plan de relance de l’économie qui nécessiterait entre 80 et 100 milliards de DH. Il repose essentiellement sur le crédit bancaire et le soutien public. Il propose certes la création de fonds d’investissements pour recapitaliser les entreprises à hauteur de 10 à 20 milliards de DH. Mais ces instruments mobiliseraient surtout les ressources publiques et institutionnelles.
Mohamed Benchaâboun a confirmé que le gouvernement, outre le soutien à travers la dépense publique et les mesures fiscales de relance, s’oriente vers la création de fonds public/privé de recapitalisation des entreprises.
Des dizaines de milliards bloqués dans les dépôts à terme
Qu’en est-il des ressources personnelles des patrons ? Seront-elles mobilisées pour la relance ? Ou reposera-t-on uniquement sur l’argent public et celui des banques ?
S’il est difficile de chiffrer les fonds qui peuvent potentiellement être mobilisés, une lecture des statistiques de Bank Al-Maghrib montre qu’ils peuvent s’élever à des dizaines de milliards de DH.
Le secteur bancaire comptait 925 milliards de DH de dépôts à fin avril. Sur cet encours, 700 milliards de DH appartiennent à des personnes physiques. On peut éliminer 165 milliards de DH des comptes sur carnet qui représentent la petite épargne des ménages. On peut également enlever une bonne partie des 430 milliards de DH dans les comptes à vue qui accueillent les salaires et les disponibilités de millions d’employés.
Il restera une partie de cet argent déposé à vue ainsi qu’une bonne partie des sommes bloquées dans les dépôts à terme et bons de caisse, qui s’élèvent à 96 milliards de DH. Hormis les MRE, ce sont des milliers de fortunés de ce pays qui placent leur argent dans les dépôts à termes.
OPV de Maroc Telecom : 34 milliards de DH mobilisés en quelques jours en 2019
Ceci sans parler de tout le patrimoine en dehors du système bancaire : cash, immeubles, valeurs mobilières…
Preuve que beaucoup d’argent peut être mobilisé si la volonté est là : l’offre publique de vente de 2% du capital de Maroc Telecom, opérée fin juin 2019, qui a mobilisé 34 milliards de DH de demande pour seulement 2,2 milliards de DH d’actions offerts.
Sur les 34 milliards, plus de 10 milliards de DH ont été apportés par les personnes physiques, selon les résultats techniques de l'opération. Hormis les salariés, fonctionnaires et retraités, il y avait beaucoup de patrons qui ont souscrit directement et à travers leurs enfants et conjoints par procuration.
C’est dire quand il y a une opportunité de gain rapide avec un risque minime, l’argent est facilement et rapidement mobilisé.
Encourager la recapitalisation
Le gouvernement peut encourager les patrons à recapitaliser leurs entreprises en adoptant des mesures incitatives dans le cadre de la loi de finances rectificative. Dans une interview accordée à Médias24, Mohamed Hdid a proposé d’accorder une réduction d’impôt et la non prise en compte dans les indicateurs de dépenses en cas de contrôle fiscal, des sommes versées dans l’entreprise sous formes d’augmentations de capital ou d’apports en comptes courants d’associés.
Mais qu’il y ait package incitatif ou non, il est du devoir de secteur privé de financer la relance au même titre que l’Etat, les banques et les institutionnels. L’argent doit tourner pour redémarrer la machine et créer des emplois et de la richesse pour tous.
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