Industries auto et aéronautique au Maroc après la crise: Avis de professionnels
Lors d’un webinaire organisé par le CMERI, deux experts en industrie automobile et aéronautique ont analysé les éléments nécessaires à la relance et au développement du secteur.
Une conférence en ligne organisée, jeudi 21 mai, par le Club marocain d’études en relations internationales (CMERI), portait sur le futur de l’industrie au Maroc.
C’est avec une note d’optimisme que s’est déroulé cet événement, avec la participation de Hakim Abdelmoumen (Président de la fédération de l’Automobile) et Karim Cheikh (Président du GIMAS : groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales).
Ces derniers ont présenté un état des lieux de leurs domaines respectifs, ainsi qu’une analyse des voies à suivre pour améliorer l'industrie automobile et aéronautique.
Les objectifs brisés par la pandémie
En 2019, le chiffre d’affaires à l’export de l'industrie automobile était d’environ 80 milliards de dirhams. Avant la pandémie, le secteur envisageait de passer, à l’horizon 2021, à 110 voire 120 milliards de dirhams.
A cause de la crise sanitaire, cet objectif a été révisé à la baisse. L’industrie automobile compte désormais atteindre les 100 milliards de dirhams à l’horizon 2022.
Pour l’instant, l'industrie automobile prévoit une baisse de l'activité 2020 à hauteur de 20% à 25%, par rapport à celle de 2019.
Et l'aéronautique? "Aujourd’hui, plus de 140 entreprises opèrent dans l’aéronautique au Maroc. Le secteur emploie 18.000 personnes et le chiffre d’affaire annuel à l’export tourne autour de 18 milliards de dirhams", précise de son côté Karim Cheikh.
Ce secteur a lui aussi subi quelques changements à cause de la crise sanitaire. Notamment en termes de cadence, de production mais aussi de charges qui ont été réduites, même si aucun site n’a fermé ses portes.
"Par exemple, avec Airbus, nous étions arrivés à 60 avions par mois. Désormais, nous ne sommes plus qu'à 30 ou 36. Il s’agit d’un réel ralentissement, mais c’est aussi une occasion pour lancer certains chantiers et renouveler les réflexions, afin de rebondir très rapidement", rajoute-t-il.
Le redémarrage de l’activité aéronautique est tributaire de plusieurs éléments, notamment du transport aérien qui est aujourd’hui à l’arrêt.
Pour Karim Cheikh, il faut éviter la vision pessimiste, selon laquelle il ne faut pas envisager un redémarrage avant 2023 ou 2025 : "Je vois cette crise comme une opportunité. Je ne suis ni inquiet ni pessimiste, mais il faut rester lucide quant à la situation mondiale. Je pense que si l’on arrive à trouver un vaccin, les gens vont voyager. Cela va progressivement relancer le transport aérien ".
Comment relancer et développer l’industrie, à la sortie de la crise ?
"Aujourd’hui, nous avons tous les atouts devant nous. Le discours négatif concernant les risques est à éviter. Par contre, il faut prendre le virage technologique, modestement, sans prétendre au rôle de leadership. Il est nécessaire de s’intégrer dans cette phase où l’automobile traverse une mutation technologique très importante", insiste Hakim Abdelmoumen.
"Nous avons plus de 2.500 ingénieurs à Casablanca qui font la conception et le développement d’ingénierie. Cela était impensable il y a encore quelques années. Nous avons donc plusieurs atouts mis en place. A titre d’exemple, PSA et le ministère de l’Industrie ont récemment créé un centre de recherche à Casablanca qui sera bientôt finalisé ", ajoute-t-il.
L’industrie automobile, qui a réussi à faire ses preuves, peut compter sur ses partenaires satisfaits et sur les talents et compétences développées au fil des ans.
Mais ce n’est pas une raison pour se reposer sur ses acquis, compte tenu des paramètres bouleversés voire créés par la crise sanitaire.
"Nous devons repositionner notre supply chain"
En effet, de nouveaux défis sont à relever, notamment pour le secteur aéronautique.
A cause de la crise sanitaire, "la supply chain sera un peu moins mondialisée. Grâce à notre proximité avec l’Europe, nous aurons un rôle à jouer pour attirer d’autres investisseurs et d’autres marchés. Il y a déjà des pays qui ont commencé à le faire, car nous avons de la concurrence. C’est pourquoi, nous devons dès maintenant commencer à repositionner notre supply chain", déclare Karim Cheikh.
Autre conséquence de la crise : les réactions des écologistes quant à l’impact qu’a eu l’arrêt du transport aérien sur la pollution, largement réduite depuis. L’industrie aéronautique sera donc confrontée aux procédés de production dits "décarbonés".
D’autres défis n’ont rien à voir avec la crise sanitaire. Même si "la plateforme aéronautique marocaine est reconnue dans le monde entier, par sa capacité à produire et par ses compétences, il faut quand même s’améliorer et se développer à travers les nouvelles technologies, l’industrie 4.0 mais aussi au niveau de la production locale. Début 2019, nous étions arrivés à 38% de taux d’intégration. Car plus la production est locale, plus sa valeur ajoutée reste au Maroc", déclare Karim Cheikh.
Le taux d’intégration du secteur automobile est à 55% "bientôt 60%", précise Hakim Abdelmoumen. "Nous visons les 80%, avec une intégration moteur et une intégration en amont allant jusqu’aux matières premières".
Comment attirer et encourager les investisseurs marocains ?
Au vu de cet optimise, ces métiers mondiaux représentent un secteur d’investissement idéal pour le capital marocain, jusqu’à lors récalcitrant.
Karim Cheikh se veut rassurant et protecteur, il promet d’accompagner les investisseurs marocains intéressés et précise qu’ils bénéficieront des mêmes avantages qu’un industriel étranger.
En outre, étant président du GIMAS, il affirme avoir "remonté à plusieurs reprises, le besoin de mise en place d’un fonds d’investissement industriel".
Il s’agit d’un dispositif, que Hakim Abdelmoumen considère comme un élément clé pour donner envie aux investisseurs marocains de rejoindre le secteur industriel.
"Les fonds d’investissements qui existent aujourd’hui exigent des entreprises mûres. Or, elles ne sont pas nombreuses au Maroc. Il faut mettre en place des fonds d’investissements sectoriels avec des critères allégés", explique-t-il.
Par ailleurs, les deux experts s’accordent sur la nécessité de joindre les efforts pour intégrer le capital marocain : "Nous avons compris qu’il est temps de travailler en transverse parce que le modèle qui repose sur le travail sectoriel a atteint ses limites".
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