Marine royale. Ce que cache réellement la piste des sous-marins sud-coréens
Face à la montée des tensions régionales et à l'importance vitale du détroit de Gibraltar, le Maroc prépare-t-il sa mue sous-marine ? Si un document financier sud-coréen évoque l’horizon 2027 pour la vente de trois submersibles, la réalité des contrats de défense impose la prudence.
Depuis plusieurs années, le serpent de mer du "premier sous-marin marocain" refait régulièrement surface dans la presse nationale. Le débat est aujourd'hui relancé par le "2026 Outlook Report" de Mirae Asset Securities. L'institution financière inscrit en effet le Maroc dans son "pipeline" de ventes potentielles pour les chantiers navals de Séoul, avec une projection de vente à la Marine royale de 3 unités du KSS-III Batch-I, un sous-marin d’attaque conventionnel (diesel-électrique) mais très avancé, conçu pour la surveillance maritime, la dissuasion et les frappes à longue distance, avec une livraison potentielle à l'horizon 2027.
Tout d'abord, il est important de rappeler la nature de l'émetteur. Mirae Asset est une banque d'investissement dont la mission consiste à identifier des opportunités de croissance pour les fleurons industriels coréens afin d'orienter les investisseurs boursiers.
Dans ses projections, le rapport estime le prix unitaire du sous-marin d'attaque coréen à environ 900 millions de dollars (1,2 billion de KRW), incluant une marge de 20 % par rapport aux coûts de production domestiques. Il va sans dire que si l’inclusion du Maroc permet de projeter des bénéfices futurs pour les constructeurs sud-coréens, elle est bien loin de constituer une preuve d'un quelconque engagement contractuel de la part du Maroc.
La stratégie de "longue observation" de la Marine royale
Le Royaume est coutumier d'une telle stratégie de "longue observation". Par le passé, des rumeurs similaires ont successivement placé le Royaume en négociation avec la Russie (classe Amour), l'Allemagne (Type 214), la France (Scorpène) ou encore la Grèce pour des unités d'occasion.
Si le rapport de Mirae Asset confirme aujourd'hui le positionnement agressif de la Corée du Sud, il n'engage en rien les FAR. Dans le jeu subtil de la diplomatie de défense, le Maroc pourrait tout aussi bien instrumentaliser l'intérêt coréen pour obtenir de meilleures conditions auprès de ses partenaires traditionnels, tels que les États-Unis, la France ou l'Espagne.
La prudence reste donc de mise. La ligne "Maroc" dans ces rapports financiers est, pour l'heure, davantage un indicateur du dynamisme commercial de Séoul qu'une mise à jour du carnet de commandes réel de la Marine royale.
Pour Abdelhamid Harifi, notre consultant militaire, il est également crucial de ne pas surinterpréter les documents financiers sud-coréens. Selon lui, l’échéance de 2027 ne correspond pas à une livraison, mais plus probablement à l'ouverture d'une phase de consultation officielle.
"On n'achète pas un sous-marin sur un coup de tête. 2027, c'est demain", tempère-t-il. "Ce que l'on comprend de ce document, c'est qu'il s'agit de l'échéancier des soumissions des constructeurs coréens aux appels d'offres de plusieurs pays. Il est plausible que le Maroc ouvre un appel d'offres courant 2027 pour s'équiper, mais il est très prématuré de parler d'une acquisition ferme".
D'autre part, le chiffre de trois sous-marins paraît ambitieux pour une marine qui n'a pas de "noyau submersible" historique. L'intégration d'une telle technologie demande un temps de formation et de structuration que le calendrier suggéré semble sous-estimer.
Si le besoin de la Marine royale est réel, il s'inscrit dans un arbitrage complexe. Le Maroc doit actuellement renforcer sa flotte de patrouille, de combat et ses capacités logistiques. L'investissement dans les sous-marins répondrait avant tout à une logique de dissuasion, devenue prioritaire face à la montée des tensions régionales.
Toutefois, pour Abdelhamid Harifi, l'enjeu dépasse la simple rivalité de voisinage ; il s'agit d'un impératif de souveraineté mondiale lié à la protection des routes maritimes.
Le détroit de Gibraltar : un enjeu de souveraineté mondiale
Notre consultant militaire lie directement cette volonté d'équipement à la situation géopolitique des grands détroits internationaux et cite en exemple les tensions autour du détroit d'Ormuz. "C’est contraire au droit international. Les détroits ne relèvent de la souveraineté d'aucun pays", rappelle Abdelhamid Harifi. "Si cette voie est ouverte, la sécurité du trafic maritime mondial sera remise en cause".
Dans ce contexte, le Maroc, qui possède des intérêts économiques vitaux avec Tanger Med et bientôt Nador West Med, se doit d'être un acteur majeur de la sécurisation du détroit de Gibraltar. Se doter d'une capacité sous-marine permettrait au Royaume de sécuriser le trafic contre toute menace asymétrique ou étatique, s'affirmer comme une puissance maritime incontournable et stabilisatrice dans la zone, et enfin protéger ses infrastructures portuaires stratégiques.
En somme, si le document de Mirae Asset Securities révèle les ambitions commerciales de Séoul, il confirme surtout que le Maroc prépare, en coulisses, une montée en puissance doctrinale. L'horizon 2027 pourrait bien marquer le début officiel d'une nouvelle ère pour la Marine royale, celle où elle devient capable de surveiller non seulement la surface, mais aussi les profondeurs de ses eaux stratégiques.
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