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ECONOMIE

Les entreprises qui préservent emplois et salaires, les grandes oubliées du CVE

Pour limiter les effets de la crise, le Comité de Veille Economique (CVE) a concentré ses efforts sur les entreprises qui se déclarent en difficulté et mettent des employés à l'arrêt et a oublié d'encourager toutes celles qui résistent. Témoignage. 

Les entreprises qui préservent emplois et salaires, les grandes oubliées du CVE
Hayat Gharbaoui
Le 23 avril 2020 à 20h32 | Modifié 11 avril 2021 à 2h45

Le Comité de Veille Economique (CVE) a mis en place un ensemble de mesures pour venir en aide aux entreprises qui se déclarent en difficulté à cause de la crise. Ces mesures ne peuvent qu'être applaudies en ces temps où le tissu économique est en souffrance. 

Quid alors de celles qui, malgré la crise et la baisse drastique du chiffres d'affaires, résistent dans l'ombre et maintiennent les emplois et les salaires ? Ne méritent-elles pas aussi une aide ? Ou faut-il qu'elles cessent toute activité et mettent des employés à l'arrêt pour pouvoir prétendre au soutien du gouvernement ?

C'est le dilemme auquel plusieurs patrons sont confrontés en ce moment même, car ils voient dans les mesures prises par le CVE, notamment l'indemnité versée par le biais de la CNSS pour les salariés et l'exonération de l'IR du complément de l'indemnité versé par l'employeur, des opportunités pour se déclarer en difficulté et réaliser d'importantes économies pour l'entreprise. 

"Nous sommes dans un secteur sinistré. Dès début mars, les commandes ont ralenti, puis se sont arrêtées. Le pire, c'est que les commandes en cours ont été également suspendues. Et le coup de grâce est venu des clients en recouvrement. La plupart des paiements ont été bloqués", témoigne un patron d'une PME de 25 salariés opérant dans un secteur stratégique et prioritaire.

"Notre chiffre d’affaires est très bas. Il n'atteint même pas 25% du CA réalisé à la même période de l’année dernière. Nous avons continué le travail et nous avons basculé vers le télétravail mi mars. Nous continuons notre production car il est impossible de nous arrêter dans notre secteur. Malgré l'effondrement du chiffre d’affaires et des encaissements, la société a décidé de maintenir coûte que coûte les emplois et les salaires, quitte à s’endetter auprès des banques ", poursuit-il. 

"Malgré notre volontarisme, notre volonté de maintenir les emplois et les salaires, nous n’avons aucune aide de l’Etat", regrette-t-il surtout que la tentation de bénéficier des aides du CVE est là. 

"Si nous avions déclaré nos salariés en arrêt temporaire (déclaration sincère ou pas), chacun de nos salarié aurait perçu 2.000 DH par le canal de la CNSS, ce qui fait à la société 50.000 DH d’économie par mois. Nous aurions économisé les cotisations sociales et une partie de l’IR. En tout, une économie de près de 400.000 DH", calcule-t-il. 

Mais les employés auraient été lésés puisqu'ils verront leur rémunération se réduire comme une peau de chagrin. L'entrepreneur n'est pas du même avis. "Nous aurions simplement versé à chacun un complément de salaire dont une partie aurait été passée en complément d’indemnité exonérée d’IR et le reste comptabilisé en avance ou prêt", explique-t-il. 

Mais est-ce légal ? "Faire une déclaration d’arrêt temporaire est légal. Ces mesures nous poussent à faire cette déclaration sans qu'elle ne corresponde à la réalité et ce, même si nous souhaitons maintenir l’activité et la production", nous répond notre témoin. 

Rien ne garantit à l'Etat que plusieurs entreprises, dans ce même cas de figure, n'optent pour la solution la plus simple, celle de déclarer l'arrêt de l'activité au lieu de résister et de maintenir la production.

Des mesures dédiées à ces entreprises seraient donc les bienvenues. "On nous pousse vers les arrêts temporaires qui nous feraient économiser une somme conséquente dans notre cas. Alors qu’il suffirait de décider une exonération d’IR pour les TPME qui maintiennent les salaires et les emplois. L’intérêt pour l’Etat serait de préserver l’emploi et le revenu et d’économiser les indemnités versées par le canal de la CNSS", propose-t-il.

Exonération d'IR ou d'autres mesures, là n'est pas le fond du sujet. Le plus important est qu'il faut éviter à trop vouloir limiter les effets de la crise, avoir l'effet inverse et pousser même les entreprises qui se battent quotidiennement à abandonner. 

Il faut soutenir les entreprises en arrêt et encourager toutes celles qui peuvent continuer à produire, car c'est là tout l'enjeu. Maintenir la production pour amorcer plus facilement la reprise. A bon entendeur. 

Lire aussi : Indemnité CNSS : doute sur 92.000 déclarations au titre du mois de mars

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Tags : coronavirus, covid
Hayat Gharbaoui
Le 23 avril 2020 à 20h32

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