img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Comment redémarrer l’économie : l’analyse du consultant Abdou Diop

Médias24 consacre une série d’articles à la réflexion autour du redémarrage de l’économie, en prenant l’avis de plusieurs personnalités du monde économique et politique. Après l’économiste Larabi Jaidi, nous donnons la parole à un consultant, très proche de la réalité de l’entreprise : Abdou Diop, managing partner du cabinet Mazars.

Comment redémarrer l’économie : l’analyse du consultant Abdou Diop
M.M.
Le 16 avril 2020 à 14h53 | Modifié 11 avril 2021 à 2h45

Le Managing partner du cabinet Mazars, très proche de la réalité de l’entreprise, nous parle des scénarios de sortie de crise. Le consultant prévoit un boom de la consommation dans certains secteurs de l’économie. Et propose une reconfiguration de la politique industrielle du pays pour capter les opportunités qui s’ouvrent dans le monde.

Plusieurs idées maîtresses ressortent de sa vision de l’après confinement. La première est que le redémarrage ne sera pas le même pour tout le monde. Certains secteurs vont être très lents au démarrage quand d’autres vont pouvoir rebondir rapidement. Abdou Diop prévoit même un boom pour quelques activités qui seront les grandes gagnantes de cette crise.

Consommation, hygiène, santé, digital : un boom est à prévoir

Quatre cas de figure sont dressés, selon les secteurs :

1. Des secteurs qui ne sont pas actuellement à l’arrêt qui vont donc pouvoir reprendre un rythme d’activité normal après le déconfinement. Abdou Diop cite l’exemple des banques, de la grande distribution, des industries alimentaires et des grosses industries comme OCP, la sidérurgie…

2. Les secteurs liés à la demande étrangère où le temps de latence sera plus long, car dépendant des politiques de déconfinement en Europe et du redémarrage de l’industrie mondiale.

Un secteur comme le tourisme en souffrira particulièrement, selon lui. Mais il ne faut pas accepter le fait accompli, soutient-il. Le tourisme peut selon Diop redémarrer rapidement en s’appuyant sur le tourisme interne. Pour cela, il faut concevoir une politique de promotion du tourisme local, lancer une vraie dynamique. C’est le meilleur moyen, propose-t-il, pour faire redémarrer le secteur.

3. Des secteurs qui connaîtront une reconfiguration de leur marché et qui auront du mal à  reprendre. C’est typiquement le cas de l’immobilier, qui va connaître selon Diop, une situation d’abondance de l’offre. Hormis peut être pour le produit « petites villas », qui a montré tout son intérêt en cette période de confinement. Seul espoir de relance dans l’immobilier : un ajustement par les prix.

4. Des secteurs qui vont connaître un véritable boom. C’est le cas du digital, pense Abdou Diop. Son idée est la suivante : dans cette crise, certaines entreprises ont eu du mal à se mettre en phase avec le télétravail, la gestion à distance, la e-vente... Elles vont vouloir désormais se rattraper en accélérant leur digitalisation. De manière générale, c’est tout le process de digitalisation de l’économie qui va s’accélérer, profitant aux acteurs du secteur.

Autres secteurs qui profiteront de la crise : la santé et l’hygiène. Des secteurs où la consommation va en toute logique flamber selon les prévisions de Diop.

Les enseignes de shopping et les secteurs du commerce et de la distribution vont également pouvoir se rattraper rapidement profitant du phénomène de « revenge shopping » observé en Chine après la levée du confinement de la population. La consommation de manière générale connaîtra un boom, prévoit ainsi Diop.

De la commande publique pour maintenir l’économie à flot

Pour soutenir l’économie et aider les entreprises dans la phase de relance, l’Etat aura un rôle central par la voie de la dépense budgétaire. Le sujet fait l’unanimité chez les économistes du monde entier. Abdou Diop n’en pense pas moins. Surtout qu’il faut prévoir selon lui 4 à 5 mois de latence après le confinement. Un moment de flottement où le seul coussin de sécurité pour les entreprises sera la commande publique, explique-t-il.

En période de crise, il faut avancer, estime Abdou Diop. Mais se pose alors la question des ressources. Qui paiera cet effort budgétaire, car c’est finalement le contribuable qui sera appelé à mettre la main à la poche. Faut-il trouver de nouveaux mécanismes fiscaux pour financer la relance et résorber les déficits qui naîtront de la crise actuelle ?

Cette question ne doit pas être à l’ordre du jour, répond Diop, pour qui la priorité n’est pas la recherche de nouvelles recettes fiscales, mais de penser à comment les maintenir à leur niveau d’avant.

Cette crise se répercutera en effet sur les finances publiques : IR, IS, TVA… les principaux pourvoyeurs de recettes de l’Etat vont connaître une forte chute. Pour Diop, la seule solution pour rattraper ce gap après la crise, c’est de soutenir aujourd’hui l’économie et sauver les emplois.

On pourra ensuite penser à de nouveaux mécanismes pour relever le niveau de recettes. Diop pense particulièrement à l’informel et estime que le mécanisme de soutien aux travailleurs non déclarés à la CNSS devra aider les pouvoirs publics à identifier les acteurs de cette économie et préparer leur intégration dans 2 à 3 ans.

Profiter de la recomposition des chaînes mondiales de valeur

La relance ne doit pas se jouer selon notre intervenant que sur l’existant. Le Maroc devra pouvoir profiter des opportunités qui s’ouvriront après la crise. Diop appelle même à une reconfiguration de la politique économique du pays, qui devrait désormais prendre en compte la nouvelle donne mondiale.

Les acteurs industriels ont compris que tout miser sur la Chine était une erreur. Et que le coût de production n’est finalement pas l’essentiel. Le Maroc doit en profiter selon Diop, en identifiant les chaînes de valeur qui seront touchées et se positionner dessus.

Le coût n’est plus aujourd’hui un enjeu. C’est la sécurité qui comptera dans l’avenir. Et le Maroc, même s’il est cher par rapport à la Chine, peut apporter cette sécurité.

Cette crise a montré aussi que le Maroc peut être un grand acteur dans l’approvisionnement du continent, notamment dans le secteur médical et pharmaceutique. Beaucoup de pays africains cherchent aujourd’hui à se procureur les médicaments, les équipements et les masques made in Morocco, même s’ils sont chers par rapport à ce qui se produit en Chine, confie Abdou Diop.

Cette logique de substitution à l’Asie ouvre selon lui de grandes opportunités pour le Maroc.

>>Lire aussi :

Comment redémarrer l’économie : voici ce que propose le député Omar Balafrej

Comment redémarrer l’économie: l’avis de l’économiste Larabi Jaidi

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Tags : coronavirus, covid
M.M.
Le 16 avril 2020 à 14h53

à lire aussi

OCP prépare une émission obligataire perpétuelle de 5 MMDH
Actus

Article : OCP prépare une émission obligataire perpétuelle de 5 MMDH

OCP lance une émission obligataire subordonnée perpétuelle de 5 milliards de dirhams, structurée en quatre tranches à taux révisables. L’opération est réservée aux investisseurs qualifiés et sera ouverte du 11 au 15 juin 2026.

AI Made in Morocco : un partenariat pour développer des cas d’usage dans l’e-gouvernement
Communication d'entreprise

Article : AI Made in Morocco : un partenariat pour développer des cas d’usage dans l’e-gouvernement

Le ministère de la Transition numérique et Orange Maroc entendent renforcer la coopération autour de l’expérimentation de solutions d’intelligence artificielle, en particulier dans le domaine de l’e-gouvernement (e-Gov). L’objectif est de développer des cas d’usage concrets, alignés sur les priorités nationales de transformation numérique et de modernisation de l’action publique.

Le Maroc élu au Conseil économique et social de l'ONU pour le mandat 2027-2029
Quoi de neuf

Article : Le Maroc élu au Conseil économique et social de l'ONU pour le mandat 2027-2029

Le Maroc a été élu membre du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) avec 178 voix sur 187 États membres présents et votants, pour le mandat 2027-2029.

Entrepreneur individuel décédé : sa succession peut-elle être placée en liquidation judiciaire ?
DROIT

Article : Entrepreneur individuel décédé : sa succession peut-elle être placée en liquidation judiciaire ?

Lorsqu’un entrepreneur individuel décède avant d’avoir exécuté les engagements prévus par son plan de continuation, quel sort réserver à la procédure collective en cours ? Une récente décision du tribunal de commerce de Marrakech apporte des éléments de réponse.

G7, énergie, agriculture : ce qu’il faut retenir du Forum de Paris sur la paix à Rabat
Géopolitique

Article : G7, énergie, agriculture : ce qu’il faut retenir du Forum de Paris sur la paix à Rabat

Alors que les tensions au Moyen-Orient ont fragilisé la sécurité énergétique et alimentaire mondiale, cette édition veut ériger les bonnes réflexions pour redynamiser la résilience des transitions alimentaire, énergétique et minière face aux chocs. Les conclusions du Forum pourraient influencer les futures décisions du G7 sur l’énergie, l’agriculture et la sécurité alimentaire.

TGCC annonce l’acquisition de 51% de Safettras pour renforcer son expertise géotechnique
Actus

Article : TGCC annonce l’acquisition de 51% de Safettras pour renforcer son expertise géotechnique

TGCC poursuit sa stratégie de verticalisation avec l’acquisition de 51% de Safettras, spécialiste des fondations profondes et des travaux géotechniques.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité