Carnets de confinement. Le quotidien de la police dans l'état d'urgence
Surcharge de travail, stress, risque d'infection... Le quotidien des agents de police a changé depuis la déclaration de l'état d'urgence sanitaire. Reda Zaireg nous le raconte dans ce nouvel épisode des carnets de confinement.
Même cadenassée et fermée à double tour, la ville reste un terrain aux débordements. A Marrakech, depuis la déclaration de l'état d'urgence sanitaire au 8 avril, 2.197 personnes ont été interpellées, dont plus de 220 mineurs. 1.447 individus ont été placés en garde à vue, 57 poursuivis en état de liberté, et 693 informations judiciaires ouvertes. Par principe de précaution et pour prévenir une éventuelle contamination dans l'enceinte des tribunaux, les comparutions, présidées par un substitut du procureur, se déroulent désormais dans les lieux de détention.
"On maîtrise la situation", affirme Mohammed Mechichou, adjoint au préfet de police de Marrakech. L'expansion des contrôles et le quadrillage serré de l'espace ont permis à la police de boucler la ville et de juguler les violations du confinement, au prix d'arrestations élevées — qui, selon les défenseurs des droits humains, traduisent une aggravation de la coercition, et selon Mechichou, témoignent du peu de sérieux avec lequel "des individus prennent l'état d'urgence"— et de quelques dépassements.
129 points de contrôle fixes parsèment ça et là la ville. Barrages stationnaires dans les axes et dans certains quartiers, patrouilles mobiles dans les zones populaires, notamment la médina et ses voies exiguës, ses ruelles à double-sortie et surtout, la densité de sa vie communautaire.
Des pelotons mixtes constitués d'éléments de la police et de blindés de l'armée sillonnent à toute heure Marrakech. "Du préventif", dit le responsable sécuritaire. Ces rondes inhabituelles et peu discrètes génèrent un jeu du chat et de la souris. "Il arrive qu'après avoir traversé un quartier vide, nous soyons surpris, plus tard, de voir des gens dehors, la cigarette aux lèvres, un café ou une théière sous la main", relève Mechichou. "Mais chacun reste devant chez lui, il n'y a pas de regroupements", rassure-t-il. "C'est un phénomène global qui s'observe à l'échelle de tous les quartiers populaires", relativise le responsable sécuritaire. "Mais il y a de l'inconscience aussi", concède-t-il.
Quand sonne dix-huit heures, c'est la police judiciaire qui prend le relais. Chacun des quatre districts de la ville est couvert par une brigade urbaine de la PJ "qui se retrouve renforcée entre dix-huit heures et huit heures du matin", révèle l'adjoint au préfet de police. Les missions sont différentes: maintenant, il n'est plus question de contrôler la conformité des documents de sortie ni de vérifier le port du masque, mais de traquer tout mouvement qui, à cette heure, relèverait automatiquement de l'illégal: contrevenants au couvre-feu sanitaire en premier lieu, mais aussi trafiquants, dealers et criminels ordinaires.
Interpeller en régime de distanciation sociale
"Je crois que la plupart des citoyens sont conscients de nos efforts et de nos sacrifices", pense Fatima-Zahra Lagmih, brigadière de police à Marrakech. Il n'empêche qu'elle a rencontré des difficultés à faire appliquer la loi au lendemain de la déclaration de l'état d'urgence sanitaire. "Des gens n'obtempéraient pas", se plaint-elle. "J'ai interpellé un homme le tout premier jour, de bon matin. Je lui ai demandé ce qu'il faisait dehors. Vous savez ce qu'il m'a répondu ? Qu'il sort se promener. Je lui ai expliqué la situation. Il ne voulait rien entendre. Il m'a dit que non, ce n'est pas toi qui me priveras de ma promenade ou me diras ce que je dois faire".
"Heureusement", dit la policière, l'insubordination des premiers jours a laissé place à une prise de conscience plus ou moins partagée. "Désormais, la plupart des citoyens suivent les directives", se félicite-t-elle, "mais il y en a encore qui sortent comme ça, sans raison valable. Beaucoup de jeunes surtout", constate notre interlocutrice.
Depuis le début de la pandémie, les effectifs de police mobilisés pour faire appliquer les mesures mises en place pour limiter la propagation du coronavirus ont vu leurs missions étoffées. Aux missions traditionnelles de sécurisation du quotidien, se sont ajoutés le contrôle des axes et des points d'accès aux quartiers, la surveillance de l'activité et l'observation du respect des mesures sanitaires édictées par les autorités. Nuit et jour plantées dans des barrages ou en mouvement constant, ratissant les villes, les forces de l'ordre ne connaissent pas de répit.
Plus de deux semaines après le confinement général, Fatima-Zahra Lagmih ne note pas d'allègement de sa charge de travail. "On bosse toujours autant", dit-elle, "mais on s'est habitué", nuance la policière. Tout au long de la journée, "on établit des barrages, on vérifie les autorisations, on inspecte si tout est en règle, si les citoyens suivent les mesures de précaution, s'ils portent leur masque", énumère la policière. "Ce qui a changé, c'est qu'il y a moins de circulation par rapport à la normale".
Distanciation sociale oblige, les méthodes d'interpellation et d'intervention ont changé. "On maintient nos distances, on ne s'approche pas trop". Approvisionnés en gants, masques, gel hydroalcoolique et continuellement sensibilisés à travers des "directives quotidiennes pour notre sécurité", les policiers restent malgré tout très exposés.
"Métier très, très dur"
"J'ai toujours rêvé de porter l'uniforme", confie la policière. En 2010, elle a déposé un dossier de candidature à la gendarmerie. Deux ans plus tard, c'est à la police qu'elle a été retenue. Après huit ans d'exercice, son regard sur la profession a évolué. "Avant d'intégrer, je voyais ça comme un boulot normal", se souvient-elle. "Maintenant, je sais que c'est un métier très, très dur". La charge de travail est importante, le stress omniprésent, mais la reconnaissance qu'elle en tire lui donne envie de poursuivre. Avec la féminisation progressive des effectifs, le regard que portent les Marocains sur les femmes policières a, selon ses dires, changé. "Jamais personne ne m'a méprisée parce que je suis une femme", se réjouit-elle.
La brigadière veut monter en grade, "pourquoi pas, mais en restant dans la même spécialisation", espère Fatima-Zahra Lagmih. La raison de ce choix tient à une vieille "passion pour les motos. Je suis une motarde", souffle-t-elle. Sa préférence va pour les BMW. "C'est les meilleures", affirme-t-elle sans l'ombre d'un doute. "On a eu des Kawasaki, des Honda, mais les BMW restent les meilleures".
De retour chez elle après un shift de six heures, la policière peut enfin souffler. "Je me lave les mains, je me change et je m'enferme dans ma chambre", dit-elle. "Je m'éloigne le plus possible des membres de ma famille. Nous avons beaucoup de contacts avec les citoyens", rappelle Fatima-Zahra Lagmih, "du coup, nous craignons de contaminer nos proches".
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