Crise sans précédent dans la filière agrumicole

Les producteurs d'agrumes enchaînent deux campagnes très difficiles et déficitaires dans la plupart des grandes régions de production. Ils estiment leurs pertes à 2 milliards de DH pour la saison précédente et entament la nouvelle saison avec appréhension.

Crise sans précédent dans la filière agrumicole

Le 13 octobre 2019 à 9h51

Modifié 10 avril 2021 à 21h55

Les producteurs d'agrumes enchaînent deux campagnes très difficiles et déficitaires dans la plupart des grandes régions de production. Ils estiment leurs pertes à 2 milliards de DH pour la saison précédente et entament la nouvelle saison avec appréhension.

Jeudi 10 octobre 2019, assemblée générale de Maroc Citrus. Ce n’est pas la joie. La situation est même assez grave. La saison écoulée a été généreuse sur le plan de la production, mais la recette était soit faible, soit nulle et le solde final est une perte globale estimée à 2 milliards de DH.

Le pire, c’est que cette année, ce sera la même chose: la nouvelle campagne qui vient de démarrer connaît une baisse de la production évaluée à 50% en moyenne nationale et à 80% dans certaines régions. Seule la variété Nadorcot échappe à l’hécatombe selon les sources professionnelles.

EN 2018-2019, la production très importante était conjuguée à une sur-offre internationale et à un effondrement des prix. Les recettes n’ont pas couvert les coûts et le gap est de 2 MMDH selon la profession.

Pour 2019-2020, les prix vont remonter mais la production a baissé au moins de moitié. De sorte que les recettes ne seront pas non plus au rendez-vous. La production baisse pour la saison qui démarre pour deux raisons, selon une source professionnelle:

-après une année de forte production, les arbres sont fatigués par la charge trop forte et produisent moins;

-les plantations ont subi trois vagues de chaleur successives.

La Fédération Interprofessionnelle Marocaine des Agrumes (Maroc Citrus) a tenu plusieurs réunions avec le Ministère de l’Agriculture qui ont débouché sur la conclusion entre les deux parties d’une convention qui fixe les mesures urgentes de soutien à mettre en place, nous explique une source professionnelle. Cette convention est en attente d’application par le gouvernement depuis juillet dernier.

>Pourquoi les prix se sont effondrés lors de la campagne précédente.

Le bilan de la campagne agricole 2018-2019 affiche pour les agrumes une progression de la production de 15% , soit 2,62 millions de tonnes contre 2,28 millions pour la campagne 2017-2018. Les exportations d’agrumes avaient donc enregistré d’une campagne à l’autre un accroissement de 4%.

Durant la campagne agricole écoulée, la production d’agrumes a été exceptionnelle certes, mais elle l’a été aussi chez les pays concurrents du pourtour méditerranéen ( Espagne, Turquie, Egypte…) avec en ce qui concerne le Maroc des difficultés  d’écoulement de la récolte à la fois à l’export  et sur le marché domestique, débouchant sur un effondrement de prix.  

Ces difficultés sont dues, selon des sources concordantes, à divers facteurs que les professionnels de la filière regroupés au sein de Maroc Citrus exposent sans ambages :

-Manque de compétitivité logistique.

La dernière campagne a été caractérisée par un retard de maturité des cueillettes de 4 à 5 semaines et a mis en évidence le manque de compétitivité logistique du pays par rapport à la concurrence principalement vers les pays de l’Union Européenne qui demeure le principal débouché du Maroc et où l’Espagne en sa qualité de membre de l’Union dispose d’avantages et de canaux de commercialisation sans pareil.

Hors UE, l’Egypte et la Turquie disposent aussi d’avantages comparatifs incontestables : la main-d’œuvre  est moins chère, les ressources hydriques plus importantes et surtout la parité de leur monnaie par rapport à celle du dirham leur confère un avantage concurrentiel incomparable sur les marchés. Les monnaies égyptienne et turque se sont en effet dépréciées de 70% environ.

>Ce que demande la profession:

Pour Maroc Citrus, la filière  des agrumes est dans une situation très difficile menaçant leurs engagements envers les fournisseurs et d’une manière générale le financement de la campagne en cours.

Pour eux, la crise de leur filière n’est pas une surprise, ils l’ont vue venir depuis des mois. Ainsi dès janvier 2019, ils avaient eu plusieurs réunions avec leur ministère de tutelle, réunions qui avait débouché sur la signature d’une convention avec le gouvernement pour des mesures de soutien et d’accompagnement de toute la filière, en amont, pour les industries de transformation et pour l’export. Mais ces mesures n’ont pas encore été activées à ce jour.

Ils rappellent que depuis 2008 l’investissement pour dans les branches d’activité des agrumes s’est élevé à 10 milliards de dirhams dont le tiers émanant de l’Etat par le biais du Fonds de Développement Agricole ( FDA). Pour eux, le gouvernement doit réagir au plus vite pour préserver cette filière créatrice d’emplois, de valeur et exportatrice.

>Voici le texte intégral du communiqué de Maroc Citrus:

« La crise sans précédent que traverse la filière agrumicole nationale a constitué l’un des points prioritaires de l’ordre du jour de l’Assemblée Générale de la Fédération Interprofessionnelle Marocaine des Agrumes (Maroc Citrus) tenue le 10 Octobre 2019 à Casablanca.

« Lors de cette Assemblée, les membres de la Fédération ont longuement débattu des causes de cette crise et de ses retombées économiques et sociales sur la filière tout en identifiant les mesures à mettre en place pour en limiter les conséquences désastreuses.

« Le débat a été axé sur le déficit énorme subi par la filière au cours de la campagne écoulée, qui en l’absence de mesures urgentes, est appelé à s’aggraver au cours des années à venir. Les premières estimations laissent apparaître que les pertes ont dépassé les deux milliards de Dirhams.

« Cette situation est la conjugaison de plusieurs facteurs, à savoir une production exceptionnelle d’agrumes au niveau de tout le bassin méditerranéen, un retard de maturité de 4 à 5 semaines et des difficultés d’écoulement commercial tant à l’export qu’au niveau du marché local.

« Dans ce contexte, les opérateurs de la filière ont subi un effondrement des prix et l’abandon sur arbre d’une part importante de la production.

« Par ailleurs les principaux marchés à l’international sont de plus en plus inondés de différentes origines en provenance de pays concurrents bénéficiant de divers avantages :

– L’Espagne bénéficie de sa proximité logistique du marché européen qui reste le plus gros importateur d’agrumes au monde au moment où le Maroc souffre de manque de compétitivité logistique sur le même marché.

– L’Egypte et la Turquie profitent du faible coût de la main d’œuvre et des ressources hydriques et de la forte dévaluation de leur monnaie ayant dépassé les 70% au cours des dernières années (par rapport au Dirham), grevant ainsi la compétitivité des agrumes marocains.

« L’ensemble des opérateurs de la filière se trouvent donc actuellement dans une situation conjoncturelle difficile ne leur permettant ni d’honorer leurs engagements vis-à-vis des fournisseurs ni de financer les charges de l’actuelle campagne qui s’annonce d’ores et déjà difficile en raison notamment de la baisse inquiétante de la production attendue qui atteindrait -50% au niveau national et près de 80% dans les grands bassins de production de petits fruits et qui risque d’affecter lourdement la recette des producteurs.

« Il est important de rappeler que depuis le mois de Janvier dernier, la Fédération a tenu une série de rencontres et de concertations avec le Ministère de l’Agriculture, tout au long desquelles ce département a fait preuve de son entière disposition à soutenir la filière en vue de lui permettre de surmonter la crise qu’elle traverse. A l’issue de ces rencontres, des mesures de soutien touchant l’amont, l’export et la transformation ont été convenues avec ce département et ont même fait l’objet d’une convention signée par les deux parties en Juillet dernier.

« Il y a lieu également de signaler que les professionnels du secteur ont investi depuis le lancement du Plan Maroc Vert en 2008 plus de 10 milliards de Dirhams dont un tiers a été financé par les autorités de tutelle sous forme de subventions dans le cadre du Fonds de Développement Agricole.

« Au vu du contexte actuel, cet investissement ainsi que son apport sur l’économie marocaine sont aujourd’hui compromis sous réserve d’une intervention urgente des pouvoirs publics sous forme de mesures d’accompagnement et de soutien permettant aux acteurs de ce secteur de résister à cette crise internationale et de préserver ainsi les milliers d’emplois générés par cette filière et maintenir la position historique du Maroc en tant que pays exportateur d’agrumes.

« Eu égard au rôle socio économique prépondérant de la filière agrumicole au sein de l’économie nationale (source importante d’emplois et de devises) et de l’importance des investissements réalisés au cours de la dernière décennie dans le cadre du Plan Maroc Vert, les participants à l’Assemblée Générale ont interpelé le gouvernement pour activer, dans les meilleurs délais, la signature de la convention instituant les mesures urgentes de redressement de la filière conclue en Juillet dernier entre la Fédération et le Ministère de l’Agriculture ».

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