Le prix des cigarettes premium risque d'augmenter de 7 DH en 2019
Une disposition du projet de loi de finances 2019 prévoit une augmentation de la taxe intérieure de consommation sur le tabac. Tant qu’elle n’aura pas été votée, la Société marocaine des tabacs (SMT) refuse de révéler ses futurs prix de vente, mais une autre source nous annonce que les paquets augmenteront de 2 DH pour les cigarettes médium et de 7 DH pour les premium.
Depuis la dernière augmentation d'un dirham du prix de certaines cigarettes premium en 2013, le consommateur a été épargné par toutes les lois de finances qui ont pourtant impacté plusieurs produits de grande consommation. Précisons que les premium sont les cigarettes américaines (tabac blond) coûtant plus de 30 DH. Les cigarettes médium sont toutes les autres dont le prix est inférieur ou égal à 22 DH.
Ce ne sera assurément plus le cas à partir du 1er janvier prochain, si aucun amendement n’est adopté par les 2 chambres et si la disposition d’augmentation de la TIC sur le tabac est adoptée en l’état.
La hausse de la pression fiscale fera gagner 1,2 MMDH à l’Etat
Afin de mobiliser davantage de recettes pour le budget général de l’Etat, le gouvernement a, en effet, prévu d’augmenter la pression fiscale sur le tabac en changeant le mode de calcul de la TIC.
Sa formule technique est composée d’une partie spécifique qui devrait passer d’un taux minimum de perception de 567 à 630 DH pour 1.000 cigarettes et d’une deuxième qui verra le taux minimal de pression fiscale augmenter de 53,6 à 58% du PVTTC final (prix de vente toutes taxes comprises).
A moins que les parlementaires ne parviennent à annuler ou faire baisser le taux de la nouvelle imposition, cette mesure devrait apporter au budget de l’Etat une recette supplémentaire de 1,2 MMDH.
En 2017, la taxe intérieure de consommation sur le tabac représentait 10,8 milliards de dirhams de recettes fiscales juste après celle sur le carburant et très loin devant, celle sur les produits alcoolisés.
Dans l’hypothèse probable de son adoption, il parait évident que les opérateurs de tabac n’auront d’autre choix que de répercuter la hausse fiscale sur le prix de vente au consommateur final.
Médias24 en a donc sollicité plusieurs opérateurs pour connaître l’impact de cette mesure sur leurs finances.
Deux des plus importants du marché du tabac ont soit refusé de répondre soit temporisé en nous invitant à attendre l’adoption finale du projet de loi de finances avant de nous livrer des projections.
Malgré notre insistance, le groupe Philip Morris, distributeur des cigarettes premiums les plus vendues au Maroc (Marlboro), a catégoriquement refusé de commenter tandis que Ghassan Khaber, directeur des affaires publiques de la Société marocaine des tabacs (SMT), nous a donné l’explication suivante :
" L’éventuelle augmentation fiscale est une décision régalienne de l’Etat que nous respectons mais il faudra attendre de voir si cette mesure sera adoptée en l’état ou si elle subira des modifications".
"A partir de là, nous refusons donc, pour l’instant, de communiquer sur son impact final sachant que c’est une donnée compétitive confidentielle", résume notre interlocuteur qui appartient au groupe Imperial Tobacco qui distribue la marque médium la plus vendue au Maroc à savoir les cigarettes "Marquise".
Sollicitée à son tour, une autre source proche du dossier, souhaitant rester anonyme, s’est montrée beaucoup plus prolixe en nous révélant les surcoûts que devront débourser les fumeurs.
Quel surcoût pour les fumeurs de produits premium ou medium ?
Notons d’abord que le marché du tabac est ventilé entre cigarettes premium et medium (50%-50%).
90% des ventes de cigarettes au Maroc concernent les marques Marlboro, Winston et Marquise possédées par les groupes américains, japonais et marocains qui sont Philip Morris, Japanese Tobaccos International et la SMT.
«Le taux minimum de perception qui passera de 567 à 630 DH pour 1.000 cigarettes impactera le prix des cigarettes mediums qui devraient enregistrer une hausse moyenne de 2 dirhams par paquet soit 23,5 dirhams contre 21,50 aujourd’hui.
"En passant de 53,6 à 58% du prix de vente au consommateur, l'augmentation de la pression fiscale minimale entraînera une hausse moyenne de 7 dirhams pour les premiums soit un prix compris entre 39 et 40 dirhams contre 32 ou 33 actuellement" affirme notre interlocuteur qui a réalisé une étude d'impact.
Selon lui, la TIC additionnée à la TVA exerce, jusqu'au 1er janvier, une pression fiscale de 70% sur chaque paquet vendu chez les distributeurs de tabac.
Avec la hausse prévue, la fiscalité constituera désormais 78% du prix final.
Structure de la pression fiscale
Jusqu’au 1er janvier prochain, le prix d’un paquet de cigarettes se décompose en effet de la manière suivante :
La TIC représente 53,6% du prix des premium. La taxe pour la Palestine : 10 centimes, les charges de marquage fiscal (timbre apposé sur chaque paquet) : 35 centimes, la TVA : 20%, les droits d’importation : 2,5%, les coûts de distribution : 8% et enfin la marge des distributeurs est de 5%.
Notre interlocuteur juge que la hausse fiscale poussera les fumeurs à acheter des produits de contrebande et impactera automatiquement à la baisse le chiffre d’affaires de tous les opérateurs.
« La hausse du prix final va faire exploser la contrebande »
«Cette hausse brutale risque de ruiner les efforts du gouvernement qui a ramené la part du marché illicite à un taux acceptable de 3,73% du marché total des cigarettes vendues au Maroc.
"Les Marocains se rabattront donc sur des produits de contrebande. Dans le Nord du Maroc, on trouve des cigarettes medium à 12 dirhams le paquet et des premium à seulement 20 dirhams.
"Contrairement à l’idée reçue, l’augmentation du prix du paquet ne fera pas baisser la consommation et hormis les opérateurs, l’Etat récoltera moins de recettes fiscales. En France, par exemple, il n’y a aucune baisse du nombre de fumeurs alors que le prix du paquet avoisine les 70 dirhams», affirme notre source qui espère que les parlementaires atténueront la pression fiscale prévue dans le PLF.
Précisons cependant que toutes les études de l'Organisation mondiale de la santé démentent formellement cet argument souvent utilisé par les vendeurs de tabac.
Ainsi, selon l'OMS, l'augmentation dees taxes sur le prix d'un paquet dissuade les gens de consommer des cigarettes notamment les jeunes et les catégories sociales les plus pauvres. Une augmentation de 10% de taxes ferait reculer de 4% la consommation dans les pays développés à revenu élevé et de 5% dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
En cas d’adoption, cette disposition sera certainement une mauvaise nouvelle pour le portefeuille des fumeurs mais appréciable pour les non-fumeurs qui seront moins pollués si les premiers décident de réduire leur consommation et d’épargner par la même occasion leurs poumons.
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