Mohand Laenser ou la volonté d'être Zaïm à tout prix...
COMMENTAIRE. 32 ans après avoir pris le contrôle du parti qui fête ses 60 ans, Mohand Laenser a été réélu à la tête du Mouvement populaire pour un «dernier» mandat de 4 ans. En gardant le leadership aussi longtemps, il est devenu le plus ancien chef de parti du Maroc. Selon son malheureux concurrent et un de ses anciens proches, la énième reconduction du secrétaire général s’explique par une volonté clanique de ne pas perdre les avantages liés à son pouvoir.
Au delà des noms des uns et des péripéties, la réélection de Mohand Laenser pour un mandat de 4 ans à la tête du Mouvement Populaire est très significative. Elle témoigne des maux qui rongent la vie partisane marocaine.
Comment peut-on, à l'âge de 76 ans, prétendre à un nouveau mandat et en même temps déplorer la désaffection des jeunes pour la politique et le faible taux de participation aux élections?
Comment peut-on prétendre faire de la politique et étouffer à ce point toute démocratie interne?
Un parti politique n'existe que par ses militants. Comment peut-on recruter des militants sans démocratie interne, donc sans autre possibilité de promotion interne que le clanisme et le clientélisme?
Un parti politique n'existe pas sans les ingrédients de base, qu'on enseigne dans n'importe quel cours élémentaire de science politique: un chef charismatique, une démocratie interne, un socle idéologique ou programme...
Voici ce que dit la réélection de Laenser. Ce qu'elle dit de lui, du Mouvement Populaire et de plusieurs autres partis marocains.
Laenser: ma réélection est un parachèvement de la démocratie interne
Indéboulonnable leader, depuis son putsch en 1986 contre Mahjoubi Aherdane, l’actuel président de la région Fès-Meknès qui a été 6 fois ministre (Postes et télécommunications, Agriculture, Intérieur, Aménagement du territoire, ministre d’État, Jeunesse et Sports) donne l’impression d’appartenir à une époque révolue où le pouvoir partisan pouvait être confisqué ad vitam aeternam.
En faisant coïncider sa 9ème désignation de secrétaire général du Mouvement populaire avec le 60ème anniversaire du parti, Mohand Laenser a réussi le tour de force de faire du neuf avec du vieux.
Tout juste réélu, le nouveau SG de 76 ans a déclaré (sans rire) que le 13ème congrès l’ayant reconduit dans ses fonctions signait «le parachèvement de la démocratie interne» et surtout «une remise en question sur la manière avec laquelle on devrait se comporter avec (…) et les jeunes en particulier».
Dans une déclaration à Médias24, il avait expliqué qu’il se représentait pour «ne pas décevoir ses militants qui lui avaient forcé la main» avant de préciser que «c’était son tout dernier mandat».
Pour son unique concurrent, Mustapha Slalou, le nouveau mandat du secrétaire général est de trop.
«Je me suis présenté contre le 9ème mandat de Laenser et contre les 32 années passées et les 4 à venir. Il faut rappeler qu’il nous a habitués à annoncer son retrait de la course au leadership du MP.
«Après 3 annonces de retrait en 2010, 2014, 2018, Laenser est capable de rempiler en 2022»
«Déjà lors du congrès de 2010, il avait affirmé qu’il ne serait pas candidat en 2014 et que son mandat 2010-2014 consisterait à préparer la relève. Il se représentera pourtant en 2014 en affirmant encore une fois que c’était son dernier mandat. Sachant qu’il y a quelques mois, il a annoncé son retrait de la vie politique en 2018, il n’est donc pas exclu qu’il se représente en 2022 pour un 10ème mandat.
«Pour moi, il n'a pas décidé seul de se représenter. Il y a au sein de l’équipe dirigeante 4 personnes qui profitent du parti et considèrent que s’il quitte, ils perdront tous leurs avantages liés à son titre de SG.
«Notre parti est en train de devenir la risée des réseaux sociaux car si Laenser est devenu le plus ancien secrétaire général des partis politiques marocains, il a aussi rejoint le club des plus anciens du monde.
«Je tiens à dénoncer l’organisation du scrutin qui a été entachée par de nombreuses fraudes. Il y a eu bourrage des urnes et certains ont pu voter plusieurs fois sans même présenter leur carte d’identité.
«Le but était d’agrandir l’écart avec ma candidature et de lui donner une vraie légitimité électorale. En fait, si le scrutin avait été transparent, le secrétaire général sortant n’aurait pas été réélu. Non pas à cause de ma modeste candidature mais à cause du vote-sanction car une majorité de votants ont rejeté son maintien à la tête du parti. Il est significatif que sur 2.500 votants, 1.000 ont préféré s’abstenir», conclut Slalou qui ajoute que le mandat de 4 années de Laenser se fera sans lui.
Interrogé à son tour, un de ses anciens proches au bureau politique qui nous avait assuré, bien avant son dépôt de candidature, que Laenser se représenterait malgré ses promesses publiques de ne pas rempiler à la tête du parti, le décrit comme un homme incapable de se passer du pouvoir.
«Le MP est devenu un parti de rentiers»
«Tout le monde l’a cru quand il a déclaré aux médias qu’il passerait le flambeau à un jeune, mais c’est très mal le connaître. Pour l’avoir longtemps côtoyé, je peux vous assurer qu’il ne risque pas de prendre sa retraite politique de sitôt.
«En fait, ce n’est pas la politique au sens noble du terme qui le pousse à continuer comme leader de parti mais plutôt son goût pour le pouvoir», avance l’ancien dirigeant.
Selon lui, en 30 ans, Laenser a eu le temps de verrouiller son parti avec un groupe d’obligés profitant de la rente procurée par son influence de patron d’un des 5 plus grands partis politiques du Maroc.
«Ce parti n’a plus d’âme car tout le monde l’a quitté et ceux qui restent attendent des jours meilleurs ou profitent de la situation". Un parti au pouvoir, ce sont en effet de nombreux avantages, à commencer par le nombre de postes à distribuer.
Quelles que soient ses motivations, le secrétaire général est en contradiction avec la marche du monde et avec les orientations royales sur un nécessaire renouvellement des élites partisanes.
Cette énième candidature risque en effet de contribuer à amplifier la désaffection des électeurs lassés de voir les mêmes personnes pendant des décennies à la tête de partis censés les représenter.
On ne devient pas "zaïm" (leader) par l'ancienneté mais par le leadership, le charisme et le projet politique.
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