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ECONOMIE

Dumping sur les cahiers tunisiens: Les fabricants marocains réagissent à la plainte devant l'OMC

L'association des fabricants marocains des cahiers réagit à la plainte déposée par la Tunisie auprès de l'OMC.

Dumping sur les cahiers tunisiens: Les fabricants marocains réagissent à la plainte devant l'OMC
Abdelali El Hourri
Le 18 juillet 2018 à 16h28 | Modifié 11 avril 2021 à 2h47

"Surprenante et contestable". L’AFCM qualifie en ces termes la demande de consultations présentée à l’OMC par le gouvernement tunisien, qui remet en cause la mesure antidumping  provisoire imposée par le Maroc sur les importations de cahiers scolaires originaires de Tunisie.


Enclenchée en mai 2018 par le ministère de l’Industrie, "l’enquête antidumping est toujours en cours". Elle n’est donc qu’à "son stade provisoire". Partant, l’initiative tunisienne "semble avoir uniquement pour but d’entraver le bon déroulement de l’enquête", et "politise un problème purement technique", estime l’association qui regroupe des producteurs marocains de cahiers (MAPAF, Promograph, Med Paper et Imprimerie moderne).


"Nous étions une dizaine il y a une dix ans. Nous sommes les derniers rescapés de la branche nationale", affirme Jalil Benddane, président de l’association et DG de la MAPAF. "Nous avons des sociétés qui ont fermé à cause des prix pratiqués par les opérateurs tunisiens". 

Car pour l’intéressé, il n’y a pas de doute: "Les producteurs tunisiens vendent sur le marché de l’export moins cher que sur leur marché local". Une pratique qui correspond, selon lui, à la définition du dumping telle que reconnue par l’OMC.

MAPAF, Med Paper et Promograph sont derrière la requête d’ouverture d’une enquête sur le dumping. Ces opérateurs demandent que la marge de dumping existant entre le produit local et celui importé soit compensée au niveau de la Douane.

Reste à déterminer l’existence d’un dommage sur l’industrie marocaine, et d’une corrélation entre ce dommage et le présumé dumping. Il faudra donc attendre les résultats de l’enquête, qui devraient "intervenir dans deux ou trois mois", annonce Jalil Benddane, qui avance tout de même quelques conclusions:

"Sur les six dernières années, nous [tous les producteurs] avons investi autour de 270 MDH qui ont permis de répondre largement aux besoins du marché. C’est un marché destiné à 21.000 et nous avons une capacité de production de 26.000 tonnes. Malgré cela, nous n’arrivons pas à nous placer. Il va falloir qu’on cherche l’erreur", s’interroge-t-il.

Un problème de production?

L’homme d’affaires se plaint de la concurrence des importateurs, qu’il accuse d’importer des produits tunisiens subventionnés. "On ne demande pas à ce que nous soyons subventionnés, mais de supprimer des produits qui sont subventionnés. Aujourd’hui, la concurrence n’est pas loyale. On ne peut pas concurrencer un produit qui est subventionné".

"C’est archi-faux! Nous n’avons jamais importé un seul cahier subventionné. C’est un pur mensonge", rétorque Slim Kaddachi, un des principaux importateurs de cahiers tunisiens. "Il est strictement interdit de faire sortir du papier subventionné de Tunisie. Le papier subventionné exclusivement fabriqué en Tunisie et il contient un filigrane, ce qui les rend facilement détectables", argumente le DG d’OFISCO.

Selon l’AFCM, les importations tunisiennes de cahiers "s’accaparent près de 90% des importations totales de cahiers au Maroc, empêchant tout développement des autres importations, même de proximité géographique". M. Kaddachi relativise: "Ce chiffre est alarmant en lui-même, mais il n’est pas significatif eu égard à la consommation marocaine", estimée à 21.000 tonnes. Or, "les importations de Tunisie représentent à peine 30% de cette consommation, tandis que les deux tiers sont produits au Maroc".

De plus, "les importations sont quasiment stables depuis 2011. On est toujours dans la fourchette des 7.000 tonnes". Selon les chiffres officiels, le volume des importations de cahiers originaires de Tunisie est passé de 6.798 T. en 2016 à 7.866 T. en 2017.

A en croire les opérateurs marocains, "depuis l’ouverture de l’enquête le 11 mai 2017, les producteurs tunisiens ont exporté une quantité très importante de cahiers pour constituer des stocks en perspective de l’imposition d’une mesure antidumping provisoire".

Commentant l'enquête en cours, notre source se montre dubitative: "Pour ouvrir une enquête antidumping, il faut avoir beaucoup de preuves, notamment des factures. Ils n’ont fourni au ministère qu’une seule facture. Et les produits auxquels ils font référence sont des produits de haut de gamme destinés exclusivement au marché tunisien".

Pour M. Kaddachi, les fabricants marocains se cacheraient derrière "des problèmes de gestions" et plus précisément "de productivité". Pourtant, ces mêmes fabricants font valoir une capacité de production de 26.000 tonnes et disent qu’ils n’en produisent "que 15.000" à cause des importations provenant de Tunisie.

"Nous avons exactement les mêmes structures que les sociétés tunisiennes, que ce soit en terme de taille, de processus de production, de matières premières", a même fait valoir le président de l’AFCM. Réponse M. Kaddachi: "En Tunisie, une seule usine produit à elle seule la quantité que produisent l’ensemble des opérateurs marocains".

"Même s’ils avaient la capacité de produire plus, ils ne pourraient pas le faire. Le ministère de l’industrie a imposé un quota d’importation du papier destiné au cahier pour chaque producteur, suite à la demande de Med Paper", rappelle l’homme d’affaires.

Pour l’année 2018, le contingent d’importation du papier en rame et papier en bobine est fixé à 13.500 tonnes pour les fabricants de cahiers (Prompgraph 4.297 T, MAPAF 4.016 T, Imprimerie Moderne 4.186 T et SOPALEMB 1.000 t). Au-delà des quantités accordées, ces opérateurs doivent payer une valeur additionnelle de 22,5%.

"Ils ont un problème de production technique, plus un problème de quota. Mais nous, Il nous manque 7.000 tonnes. Que doit-on faire? Passer chez eux et payer 22,5% en valeur additionnelle ou importer de Tunisie et bénéficier de la convention d’Agadir?", s’interroge M. Kaddachi.

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Abdelali El Hourri
Le 18 juillet 2018 à 16h28

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