Comment le Maroc prend le lead sur la question des migrations à l'international
Le premier pacte mondial sur les migrations sera approuvé à Marrakech, les 10 et 11 décembre prochain. Le Maroc prend une sorte de lead sur le dossier des migrations à l’échelle internationale. Round up.
Marrakech avait vu la naissance de l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce. Plus près de nous, elle a accueilli la COP22. En décembre prochain, ce sera une réunion de haut niveau de l’ONU, à l’échelle gouvernementale, pour approuver le “Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières“.
Le projet de pacte a été finalisé vendredi 13 juillet par l’Assemblée générale de l’ONU, non sans émotion car il s’agit d’un document historique, le premier du genre dans le monde.
“C'est la première fois que les États membres des Nations unies négocient un accord couvrant toutes les dimensions des migrations internationales d'une manière globale“, note un communiqué onusien.
Le pacte deviendra en décembre, le premier cadre global sur la migration que le monde ait jamais vu, s’enthousiasme le président de l’Assemblée générale, Miroslav Lajčák. Il s’agira selon lui de trouver un juste équilibre entre les droits des peuples et la souveraineté des États.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, précise que le Pacte reconnaît que “chaque individu a le droit à la sécurité, la dignité et la protection“.
A l’heure où nous mettons en ligne, le texte du projet de pacte tel qu’il a été finalisé, n’a pas encore été diffusé par l’ONU. Le porte-parole adjoint de Guterres estime qu’il “reflète la compréhension commune des gouvernements que les migrations transfrontalières sont par nature même un phénomène international et que la gestion efficace de cette réalité mondiale exige une coopération internationale pour améliorer son impact positif pour tous “. Il démontre aussi tout le potentiel du multilatéralisme.
Pour le Maroc, "aucune solution unilatérale ou bilatérale ne sera productive" face aux migrations. "Cela peut fonctionner quelques semaines ou quelques mois, mais le problème restera le même", a déclaré l'ambassadeur Hilale dans une interview télévisée (ci-dessous).
Le rôle du Maroc
Comment le Maroc a-t-il pu se positionner dans un dossier mondial aussi complexe ?
Une source du ministère marocain des Affaires étrangères nous explique ci-dessous la recette marocaine:
-ce qui fait la force du Maroc, c’est l’existence d’abord d’une position interne qui légitime une action internationale. C’est ce qui donne de la force à l’action diplomatique.
-sur la base de ce postulat, il y a une action régionale. Le Roi Mohammed VI avait été désigné leader de l’UA sur la question de la migration. Sa proposition de créer un observatoire africain des migrations au Maroc a été adoptée début juillet par le sommet panafricain réuni à Nouakchott.
-Le Maroc a fait partie des pays qui ont interpellé les Nations unies, “car seul ce parapluie peut jeter les bases d’un consensus international“. L’acceptation de la proposition marocaine d’accueillir cette réunion de haut niveau en décembre prochain, “est une reconnaissance“ du rôle du Maroc et de son approche équilibrée sur les migrations. “Il y a un esprit Maroc dans les relations internationales, dans des dossiers comme le climat ou la lutte contre le terrorisme“.
Dix-huit mois de discussions et de consultations
Le Pacte mondial est l'aboutissement de 18 mois de discussions thématiques et de consultations entre les États membres de l’ONU et des acteurs tels que des élus locaux, des représentants de la société civile et les migrants eux-mêmes. Un processus qui a permis un dialogue et un apprentissage sans précédent de tous les participants sur les réalités de la migration internationale.
L'accord constitue désormais une base pour améliorer la gouvernance et la compréhension internationale de la migration, pour relever les défis associés à la migration aujourd'hui, et pour renforcer la contribution des migrants et des migrations au développement durable.
“La réalité est que la migration est présente. Elle est présente depuis des siècles. Et elle sera présente pour d’autres siècles à venir“, a dit le Président de l'Assemblée générale.
La représentante spéciale de l'ONU pour les migrations internationales, Louise Arbour s’est fait l’écho des propos du Président de l'Assemblée générale: “la mobilité humaine sera avec nous, comme elle l'a toujours été“.
Mme Arbour a souligné que “la mise en œuvre du Pacte apportera sécurité, ordre et progrès économique au bénéfice de tous“ et permettra d’éviter que les aspects exploiteurs, chaotiques et dangereux des migrations ne “deviennent une nouvelle norme“.
Le texte du Pacte part ainsi du postulat qu’aucun pays ne peut faire face seul à la migration, et met en avant la nécessité d’une "approche globale pour optimiser les avantages de la migration".
Les rounds de négociations autour de ces engagements se sont tenus à raison d’un round par mois, depuis février dernier à New York, et ont été présidés par les co-facilitateurs des négociations, à savoir les ambassadeurs représentants permanant du Mexique et de la Suisse à l’ONU.
L’initiative de négocier ce pacte remonte essentiellement à la crise migratoire en Europe en 2015 et à la Déclaration de New York sur les réfugiés et migrants du 19 septembre 2016.
Le texte souligne ainsi que la migration a toujours fait partie de l'expérience humaine à travers l'histoire, appelant les Etats membres à reconnaître qu'elle peut être une source de prospérité, d'innovation et de développement durable dans notre monde globalisé.
(Avec communiqués de l’ONU et MAP)
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