LH Aviation en redressement judiciaire: L’usine de Nouaceur ne verra jamais le jour
En 2014 était annoncée la création d’une filiale marocaine de LH Aviation France pour produire au Maroc 48 avions LH-10 Ellipse destinés aux marchés marocain et africain. Une décision de la justice française de mettre en redressement judiciaire la maison-mère enterre définitivement ce projet qui devait faire du Royaume un des seuls pays africains à monter des avions localement.
Fin de parcours pour ce qui devait être le 1er avion 100% produit au Maroc par l’investisseur Mohcine Karim Bennani, qui avait créé la filiale locale dont il détenait 49% des parts contre 51% pour LH France.
Annoncée à grand renfort de publicité au salon de l’aéronautique Marrakech Air Show en 2014, l’usine de Nouaceur qui devait être dédiée à la fabrication d’un avion de reconnaissance et d’observation (agriculture, météo…) ne verra jamais le jour.
Au terme d’une courte idylle qui devait faire du Maroc un pays producteur d’avions, les associés de la joint-venture franco-marocaine s’étaient affrontés devant la justice française en s’accusant mutuellement de manquements aux clauses contractuelles liant maison-mère et filiale marocaine
Après plusieurs plaintes de clients, le 18 avril dernier, la maison-mère LH Aviation est entrée en redressement judiciaire faute de commandes suffisantes pour maintenir son activité industrielle.
Si sa situation financière n’est pas irrémédiablement compromise, il semble, au vu de la décision judiciaire, que sa filiale marocaine ne construira jamais les 48 avions annoncés en 2014.
MohcineBennani dit avoir perdu 4 millions d'euros
Après un premier investissement de 4 millions d’euros qui lui a assuré 10% des parts de LH Aviation, l’homme d’affaires Karim Bennani n’a pas accepté de miser 3 millions supplémentaires correspondant à ses parts 49% dans la filiale marocaine. Quelques mois après avoir signé le contrat de joint-venture, il a dénoncé, auprès de la justice, les conditions de la collaboration et la surévaluation du prix demandé.
Dans un communiqué parvenu à notre rédaction, il s’estime victime «d’une arnaque internationale» en affirmant que la décision de redressement judiciaire confirme ses accusations précédentes.
Selon lui, l’histoire commence en 2014 quand le patron de LH Aviation France propose à Bennani de créer une filiale au Maroc pour produire annuellement 48 appareils LH-10 Ellipse destinés au marché africain.
Alors que ce monomoteur aux matériaux composites avait été présenté en 2014 au salon de Marrakech comme prêt à être commercialisé après son montage dans l’usine de Nouaceur, les livraisons de la maison-mère seront dénoncées par Bennani pour non-conformité aux bons de commande. Selon lui, après avoir reçu un kit de pièces détachées, la filiale a refusé d’honorer le paiement de 2 millions d'euros pour la commande de 3 avions et l’achat des moules (coque, fuselage …) facturés à 700.000 euros l’unité.
Afin de prouver ses allégations, l’investisseur marocain a désigné un expert judiciaire qui a publié un rapport le 26 mars dernier, qui est, selon Bennani, accablant pour la maison-mère.
Plusieurs clauses contractuelles non honorées, selon un rapport d'expertise commandé par MohcineBennani
D’après ce rapport, l’étude du dossier fait apparaître des clauses contractuelles non honorées comme l’absence de certificat de navigabilité pour le LH 10, le transfert à prix négocié du savoir-faire de fabrication, pas d’assemblage et de notice d’emploi, absence de formation du personnel LH Maroc par LH Aviation, absence de fabrication des moules et outillages indispensables …
S’estimant victime d’une escroquerie de son partenaire, Bennani affirme que les manquements relevés par ce rapport versé au dossier a été «déterminante pour mettre LH France en liquidation judiciaire».
La décision de la cour d’appel de Paris confirme les problèmes de la société qui a été incapable de rembourser un prêt de 200.000 euros d’un partenaire de Singapour et de fournir des prestations payées 227.000 euros à un client malaisien. Cependant, LH France n’a pas été mise en liquidation mais en redressement judiciaire.
Contrairement à ce qu’affirme le communiqué de LH Maroc, la situation financière de son ancien partenaire n’a pas été jugée irrémédiablement compromise sachant qu’elle peut encore être redressée.
Au final, ce qui est sûr c'est que le Maroc ne fabriquera pas, dans l’immédiat, d’avions montés à 100% dans une usine casablancaise.
Toutes nos tentatives de joindre les présidents de LH France (Christophe Rémy) et LH Maroc (Mohcine Karim Bennani) n'ont pas abouti.
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