Tourisme: Le secteur privé dénonce un nouvel appel d’offres ministériel “sans intérêt”
Le ministère du Tourisme vient de lancer un appel d’offres pour une étude censée relancer le secteur à l’horizon 2021. Une annonce étonnante sachant que la feuille de route est, selon le binôme ministériel, prête et devrait être dévoilée lors des assises du tourisme de septembre prochain. Les opérateurs dénoncent à l’unisson une initiative coûteuse qui va faire perdre du temps au secteur.
A l’instar de leurs prédécesseurs, Mohamed Sajid et Lamia Boutaleb veulent s’appuyer sur des recommandations de cabinets d’audit internationaux pour mener à bien leur mandat jusqu’en 2021.
Après un 1er appel d’offres annulé officiellement pour défaut d’offre adaptée, le ministre a lancé un nouvel appel d’offres le 12 juin dernier pour réaliser une étude de mise en place d’un plan d’impulsion du secteur.
Quasi-identique à celui lancé en octobre 2017, il devra proposer des recommandations stratégiques et chiffrées basées sur une analyse critique du secteur pour la somme de 3 millions de DH. Ses conclusions permettront d’établir les priorités de la feuille de route ministérielle en ajustant à la baisse les prétentions dépassées de la vision 20-20.
Si son coût est moins cher que le précédent appel annulé (8 MDH), il n’en demeure pas moins que son timing interpelle sachant que cette nouvelle étude censée insuffler une nouvelle dynamique au secteur pour les 3 prochaines année coïncide avec le fait que la feuille de route est, selon le ministre, prête.
La secrétaire d’Etat nous avait en effet confirmé que le contenu de la stratégie ministérielle serait présentée officiellement en septembre prochain lors de «grandes assises du tourisme».
Interrogés par Médias24, plusieurs professionnels, préférant rester anonymes «pour ne pas s’attirer les foudres d’un ministre qui fait cavalier seul depuis le début de sa nomination», ne comprennent pas l’intérêt de cette énième étude.
"Dans ce nouvel appel d’offres, on parle de mise en place d’un dispositif d’accompagnement pour l’implémentation et le pilotage de la feuille de route du tourisme et dans le même temps, on affirme que cette même feuille de route est prête.
"Sachant que les recommandations de la précédente étude de Boston Consulting Group (7 MDH), commandée en 2016 par l’ancien ministre Lahcen Haddad, ne nous ont été d’aucune utilité, on va donc encore jeter de l’argent par les fenêtres et nous faire perdre du temps", dénoncent deux opérateurs du comité des experts censés transmettre au ministère les priorités du secteur privé.
Selon une autre source très impliquée dans le développement du secteur, le vrai problème pour l’avenir du tourisme est le cafouillage qui règne entre le ministre Sajid et sa secrétaire d’Etat Lamia Boutaleb.
"On ne sait plus qui fait quoi au ministère mais on est sûr que chacun avance en ordre dispersé. Ainsi, dans la communication de l’appel d’offres, on ne parle que du ministère et pas du secrétariat d’Etat.
"Honnêtement, toute la profession est dépitée car nous sommes tenus dans l’ignorance. Nous ne connaissons même pas le contenu de l’appel d’offres dont nous avons appris l’existence dans la presse.
"Chronologiquement, le ministère devait présenter la feuille de route en avril, puis en mai avant de reporter la présentation à septembre. Le retard est peut-être dû à un énième recadrage de la vision 20-20 mais nous n’en savons rien. Si elle est prête, comme le prétendent Sajid et Boutaleb, pourquoi lancer une nouvelle étude dont personne n’a été informé et dont il n’a jamais été question avec le secteur privé ?
"Au regard du maigre budget alloué (3 MDH), il ne faut pas s’attendre à une étude de haut niveau car si celle de BCG (7 MDH) avait été utile, ses conclusions auraient été appliquées immédiatement.
"Sans l’accuser de rétention d’informations, Sajid, ne nous a, jusqu’à preuve du contraire, ni sollicités ni associés à l’élaboration de sa feuille de route alors que le temps passe et qu’il est presque à mi-mandat.
Sachant que l’ouverture des plis de l’appel d’offres aura lieu le 24 juillet, que le délai de réalisation de l’étude est de 80 jours et qu’il faudra au moins 1 mois pour valider son contenu, on est parti pour avoir une feuille de route finalisée en décembre prochain, soit 18 mois après le début du mandat ministériel.
"A moins qu’il n’y ait des instructions pour réorienter le secteur avec des budgets plus importants pour les 3 prochaines années, nous sommes dans le flou total pour l’avenir", conclut notre source qui pense qu’il ne faut plus compter sur un secteur public trop politisé et décalé par rapport aux attentes des professionnels.
Si le Maroc a accueilli 11,35 millions de touristes en 2017 (+10% qu’en 2016), et que la dynamique de croissance se poursuit en 2018, il ne le doit en effet qu’à sa stabilité et pas à une politique publique.
Un grand gâchis sachant que Sajid reconnaît dans son appel d’offres que «si notre destination a pu relativement résister aux contextes économiques et géopolitiques difficiles vécus par la zone euro-méditerranéenne, les réalisations et performances sont restées en retrait par rapport aux objectifs initialement fixés».
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