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Morocco 2026: l'échec et le coup de poignard

De toutes les péripéties de la candidature Morocco 2026, c’est l’attitude saoudienne qui a suscité le plus d’incompréhension, d’indignation et qui laissera des traces durables dans les relations bilatérales.

Morocco 2026: l'échec et le coup de poignard
Reda Berrada
Le 13 juin 2018 à 21h04 | Modifié 11 avril 2021 à 2h47

Les membres de la délégation marocaine à Moscou ont pu constater de visu, l’activisme saoudien, déjà cité par le New York Times. Mardi, ils ont appris, sidérés, que même la Jordanie avait cédé à une pression de Riyad pour voter contre le Maroc.

Les Saoudiens conduits par Turki Al Sheikh, twitto volubile et arrogant, ont été chefs de file d’un bloc arabe qui a voté contre la candidature marocaine: Emirats, Koweït, Jordanie, Liban, Bahreïn, Irak et Arabie saoudite. Dans cette région, l’Egypte, le Yémen, la Syrie, le Qatar et Oman, ont résisté aux pressions et n’en ont que plus de mérite.

Le coup de poignard

Turki Al Sheikh a-t-il agi seul, comme on dit dans les romans policiers ou les récits de la lutte anti-terroriste ? Etait-il un simple exécutant ? Ses multiples casquettes officielles, y compris au cabinet royal saoudien, sa proximité avec MbS, ne laissent aucun doute. L’homme n’est pas un loup solitaire.  Il savait ce qu’il faisait. Il y a mis du zèle, de la constance, de la provocation, de l’arrogance, n’hésitant pas devant les piqûres de rappel dès que la polémique retombait.

Il l’a d’ailleurs avoué au détour d’un tweet: “le Maroc n’aurait jamais dû s’adresser au micro-Etat (le Qatar). Il fallait demander d’abord le soutien de l’Arabie saoudite“.

En réalité, le Maroc paye le prix de sa neutralité. Neutralité dans le conflit entre l’Arabie et les Emirats d’un côté, le Qatar de l’autre. Le Maroc a refusé de s’aligner. Il a exprimé publiquement sa neutralité, l’a expliquée, l’a assumée. Il ne l’a pas annoncée en rasant les murs, ou en chargeant un second couteau de le faire sur les réseaux sociaux.

L’attitude saoudienne, perçue au Maroc comme un coup de poignard, risque de laisser des traces durables comme on le voit dans la majorité écrasante des commentaires sur les réseaux sociaux. On peut comprendre qu’un supposé pays “frère“ vote pour les concurrents, mais dans le cas d’espèce, la manière n’y était pas.

Ainsi donc, contrairement à ce qu’a affirmé Poutine ce mercredi, la politique est plus forte que le sport.

Les enjeux du Mondial de football sont tels que les candidatures, quelles qu’elles soient, se font rattraper par la géopolitique.

Deux puissances ont voté pour le Maroc: la France et la Chine. Deux autres pour United 2026 (Angleterre comme d’habitude et … la Russie). Le vote russe, et celui de la zone d’influence de la Russie, est évidemment politique. Un cadeau de Poutine à Trump.

L'échec

Finalement, les deux gros couacs sont venus: de l’Arabie saoudite qui a entraîné avec elle au moins une vingtaine de voix arabes et asiatiques ; et de l’UEFA, la confédération de cette Europe supposée être une amie proche du Royaume et dont une forte majorité s’est alignée sur l’Amérique du Nord, contre l’intérêt de leurs propres supporters.

S’il y a un échec, c’est celui de l’UEFA. S’il y a un coup de poignard, c’est celui de l’Arabie saoudite.

Cela étant dit, le coup saoudien ne doit pas exonérer le Maroc de faire son autocritique.

En 2004 déjà

Le 15 mai 2004, le comité exécutif de la FIFA se réunissait à Zurich et attribuait l’organisation du Mondial 2010 à l’Afrique du Sud. On saura à partir de 2015 qu’il y a probablement eu trafic du vote, paiement d’un gros montant par le vainqueur alors que le Maroc avait remporté le vrai vote.

A l’époque, le comité marocain de candidature était présidé par Saâd Kettani. La délégation marocaine est informée du résultat avant son annonce officielle. Kettani contacte le Roi Mohammed VI au téléphone. Celui-ci est déçu mais très calme. C’est lui qui remonte le moral à la délégation fortement déçue et la félicite pour son travail en lui demandant de regarder l’avenir.

Ensuite, le gouvernement avait promis de réaliser les stades promis, malgré tout. Il ne l’a fait qu’en (petite) partie et pas au bon rythme. Idem pour les infrastructures. Refera-t-on la même erreur cette fois-ci ?

Ce mercredi 13 juin, le comité Morocco 2026 a annoncé que le programme annoncé sera réalisé malgré tout.

Et d’abord, il faut soit réaliser les stades, soit s’abstenir de présenter une nouvelle candidature.

Le comité marocain de candidature avait avancé en mars dernier que “la trajectoire normale du développement au Maroc a fait programmer 128 milliards de dépenses d’infrastructures d’ici 2026, hôpitaux, stades, routes, etc.“. Eh bien, soyons sérieux: le gouvernement doit non seulement les réaliser mais également informer au sujet de l’état d’avancement. Et s’il décide de s’abstenir, il devra l’annoncer dans la plus grande transparence.

Records

Le Maroc tient désormais un premier record: celui du nombre de candidatures (aux éditions 1994, 1998, 2006, 2010 et 2026). Cela montre de la ténacité et aussi, du dessein, de l’ambition. Ce sont des qualités si elles sont bien canalisées.

Le second record consiste à obtenir autant de voix (65 ou le tiers des voix exprimées) pour un dossier où il y a des maquettes de stades, des projets de stades, des chantiers de stades et de vieux stades nécessitant une mise à niveau. Et aucun stade immédiatement éligible.

Le troisième record, c’est que malgré ces handicaps, les Marocains y ont vraiment cru. Cela montre à quel point ils retrouvent leur union sacrée dès qu’il y a un enjeu. C’est une bouffée d’air frais dans cette ambiance économique délétère.

Intérêts, amitiés, politique et sport de haut niveau

Le sport international de haut niveau n’a pas son pareil comme levier de cohésion sociale. A tel point que l’on est étonné du peu d’intérêt qu’il suscite chez les politiques au Maroc. Il devrait être un objectif à part entière et être doté des stratégies et des budgets.

Concernant la notion d’amitié, elle n’existe pas en politique, ou si rarement. Il y a les intérêts d’abord. Le Maroc a raison dans ses politiques internationales, de privilégier le concret, les projets, l’économie et le social, aux grandes déclarations et aux envolées lyriques.

Enfin, le processus de désignation du pays hôte du Mondial 2026 comporte trois enseignements:

         - Le poids financier d'une édition, ce qu'elle peut rapporter à la FIFA pèse lourd dans le choix final. La FIFA tire 90% de ses recettes de la Coupe du monde.

         - L'administration de la FIFA, son conseil, sa présidence, exercent une influence considérable sur le vote.

         - Les candidatures conjointes auront à l'avenir plus de poids que les candidatures individuelles.

Telles sont les leçons à chaud de cette élimination de Morocco 2026, un projet qui nous fait quand même rêver.

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Reda Berrada
Le 13 juin 2018 à 21h04

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