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ECONOMIE

Tourisme: Vers la création d'une CNT-bis?

Les représentants de 5 fédérations métiers sur 6 ont tenu une conférence de presse qui a dénoncé l'irrégularité des 2 assemblées générales tenues le 11 mai dernier par la direction de la CNT. Selon eux, le bilan "désastreux" de l’équipe sortante justifie une réintégration de la confédération dans le giron de la CGEM. Pour arriver à leurs fins, ils comptent solliciter le futur président du patronat et n’excluent pas de s’adresser à la justice, voire de créer une CNT-bis.

Tourisme: Vers la création d'une CNT-bis?
Samir El Ouardighi
Le 16 mai 2018 à 15h58 | Modifié 11 avril 2021 à 2h46

Rien ne va plus au sein de la Confédération, déchirée par une lutte fratricide entre deux clans risquant à terme d’impacter les intérêts de la profession et laisser le champ libre au seul ministère du Tourisme pour élaborer une feuille de route.

Alors que le mandat des dirigeants de la CNT est arrivé à terme le 23 décembre dernier, le président sortant Abdellatif Kabbaj, candidat à un nouveau mandat en juin prochain, est confronté aux critiques d’une partie de ses membres, l’accusant d’avoir failli à sa mission et de verrouiller l’instance pour se faire réélire.

Lors d’une conférence de presse, tenue le mardi 15 mai, les cinq fédérations (FNAVM, ANIT, FNTT, FNR, FLASCAM) se sont livrées à une attaque sans précédent contre le mandat de Abdellatif Kabbaj, qualifié de représentant d’un courant "conservateur" non représentatif de la profession.

Une CNT « moribonde »?

Interrogés sur leur suspension des rangs des instances électives, pour défaut de paiement de cotisations, les participants la jugent infondée et injuste car elle n’existe pas dans les statuts de la CNT et que de nombreux hôteliers qui ne sont pas à jour de leurs dettes n’ont pas été suspendus.

«Une partie de la FNIH (fédération nationale de l’industrie hôtelière) qui n’a pas été suspendue doit 1,85 MDH. Ce "deux poids deux mesures" a pour objectif de nous faire taire notamment lors du vote de l’assemblée générale extraordinaire qui s’est prononcée contre le retour à la CGEM», ont clamé, à l’unisson, les 5 présidents qui ont ajouté que 50 des 100 membres de la CNT n’ont pas payé leur cotisation depuis 5 ans, 20 depuis 3 ans et que seule la vingtaine à jour contrôle de fait cette instance.

Selon eux, l’absence d’adoption en AG du nouveau règlement intérieur (2015), ayant fixé le montant de cotisations annuelles à 50.000 DH (contre 100.000 avant), invalide toutes les AG tenues pendant le mandat de Kabbaj et qu’au final « aucun membre n’est formellement à jour de ses cotisations ».

Interrogé par Médias24, le président de la fédération des restaurateurs, dissoute vendredi 11 mai par la récente AGE rejette son exclusion tout en reconnaissant ne pas payer ses cotisations depuis 2008.

« Ils m’accusent de ne pas être représentatif de la profession alors que ce sont mes pairs des régions qui m’ont désigné à ma place. On me réclame 850.000 DH mais je n’ai pas l’intention de les payer car le binôme sortant n’a jamais rien fait pour nous. Ainsi, malgré mes nombreuses demandes, il ne s’est jamais impliqué auprès du gouvernement pour faire baisser le taux de TVA appliqué à mon secteur », se défend Abbadi qui assure qu’il ne se laissera pas remplacer par « le clan des hôteliers marrakchis ».

Othman Cherif Alami, président du groupe Atlas Voyages, a poursuivi les attaques contre Kabbaj en affirmant que la récente signature par ce dernier de contrats-progrès avec le ministère du Tourisme montrait la faillite d’un homme voulant utiliser l’argent public pour perpétuer un système ayant failli.

La faillite de Kabbaj signe la fin de la CNT et son nécessaire retour à la CGEM

Se défendant d’avoir une inimitié ou un problème d’égo avec le binôme sortant, les présidents ont soutenu que le seul moyen de mettre en avant les intérêts du secteur privé était le retour à la CGEM.

« Le vrai problème se situe au niveau de la gouvernance de cette équipe qui n’a pas été à la hauteur. Les progressistes que nous sommes, réclament donc une vraie rupture pour insuffler une nouvelle dynamique inclusive qui profite à tous les métiers et à toutes les régions qui vivent du tourisme. Pour cela, il est impératif de mettre fin à un système à bout de souffle en réintégrant la CGEM ».

« Si le coup de force se poursuit, nous sommes prêts à tout »

Trois semaines avant la tenue de l’assemblée qui renouvellera les instances de la CNT, le seul candidat déclaré est Abdellatif Kabbaj et son colistier Hamid Bentahar (président du CRT de Marrakech).

Ses détracteurs n’ont pas présenté de concurrent car, selon eux, Kabbaj a fait en sorte de ne faire voter le jour J qu’une vingtaine de membres, disposant chacun de plusieurs voix, qui sont ses obligés.

« Quelle crédibilité et quelle chance de servir les intérêts de la profession aurait ce nouveau binôme mal-élu alors qu’une base représentative doit compter au moins 500 membres de la CNT. En attendant que ces conditions soient réunies pour organiser la succession de l’équipe sortante, nous souhaitons mettre en place un comité ad hoc qui prendra toutes les grandes décisions ».

A la question essentielle de savoir quelle sera leur réaction en cas de réélection de Kabbaj « source de tous leurs problèmes », nos interlocuteurs ont affirmé qu’ils feront intervenir le futur président de la CGEM (Mezouar ou Marrakchi) pour se prononcer sur la légitimité de l’une ou l’autre partie.

Après leur avoir fait remarquer qu’il y avait peu de chances que le futur président de la CGEM excommunie l’une ou l’autre partie, les présidents n’ont pas exclu, après moult insistance, de faire appel au tribunal administratif ou même de créer une nouvelle fédération qui regrouperait les cinq métiers du tourisme qu’ils représentent.

Il est donc de plus en plus probable que le ministère du Tourisme devra gérer à l’avenir les sollicitations d’opérateurs privés qui se regardent en chiens de faïence au lieu de faire équipe pour défendre leurs intérêts…

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Samir El Ouardighi
Le 16 mai 2018 à 15h58

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