Vidéo. Bourita explique comment le Maroc analyse la situation arabe actuelle
ECLAIRAGE. Pourquoi le Roi Mohammed VI ne participe-t-il pas aux sommets arabes malgré ses relations fortes avec les dirigeants de plusieurs pays arabes? Le Chef de l’Etat se démarque en fait par une vision singulière de la situation et de la manière de l’affronter.
Le Roi Mohammed VI s’est une nouvelle fois démarqué de ses pairs arabes. Sa position sur les frappes en Syrie, son absence du sommet arabe de Dhahrane en Arabie saoudite, sont dans la droite ligne d’une politique extérieure marocaine assez singulière dans le monde arabe actuel.
A Dhahrane où se réunissait le 29e sommet arabe, le Roi s’est fait représenter par le Prince Moulay Rachid. En même temps, la Princesse Lalla Hasnaa assistait à l’inauguration de la Bibliothèque nationale du Qatar.
Le Maroc se démarque car il a une vision assez particulière de la situation du monde arabe aujourd’hui. Il s’est désisté de l’organisation du sommet arabe en 2016 et le Chef de l’Etat n’a pas lui-même assisté aux sommets arabes des dernières années dont celui de Amman en 2017.
Dans une déclaration à la presse à l’issue du sommet de Dhahrane, le dimanche 15 avril 2018, Nasser Bourita explicite un peu plus la position marocaine. Vidéo ci-après:
Sur la situation actuelle du monde arabe, il rappelle 4 chiffres frappants. Le monde arabe aujourd’hui, c’est:
-5% de la population mondiale.
-50% des réfugiés.
-45% des opérations terroristes.
-18% des conflits.
Bourita enfonce le clou:
-multiplication et extension géographique des crises et conflits ;
-aggravation de leurs conséquences ;
-ces conflits sont traités en dehors du cadre arabe. L’agenda arabe est souvent traité en dehors du cadre arabe.
Et que dit le Maroc concernant la décision américaine de transférer l’ambassade américaine à Al Qods? Le Maroc reste, ce qui est rare dans la région, sur ses positions. Bourita rappelle:
“La crise palestinienne vit un tournant grave du fait de la décision américaine de transférer l’ambassade US à Al Qods. On constate l’aggravation de la colonisation, les tentatives pour effacer l’identité arabo musulmane Al Qods et des pressions sur les réfugiés et sur l’UNRWA“.
Que dit le Maroc devant ce constat ?
Bourita: “ce contexte impose un ordre nouveau, basé sur des valeurs et une vision commune, des intérêts communs, pas uniquement une vision politique partagée. Elle ne suffit plus. Le Maroc est par principe contre l’utilisation des armes chimiques. Cela étant rappelé, la crise syrienne nécessite seulement une solution politique. La reprise du dialogue est indispensable pour que le pays revienne à la stabilité et que les populations retrouvent une vie digne“.
Surtout: “Les options militaires ne peuvent résoudre des crises politiques, l’histoire le montre, elles complexifies la situation, nourrissent les haines et donnes des résultats contraires aux objectifs annoncés“. On l’a bien vu avec l’Irak.
En conclusion, c’est tout l’ordre international qui doit évoluer, la gestion à deux vitesses des grandes crises n’est plus acceptable. Le Maroc ne peut à lui seul changer l’ordre international, mais il a le mérite de le demander.
Pour ce qui concerne le monde arabe, il ne suffit pas de s’aimer ou de s’apprécier, de se considérer comme frère et de signer de longues déclarations politiques. Il faut agir différemment. Les absences du Roi aux sommets arabes est une critique en creux du fonctionnement actuel et un appel à un fonctionnement différent.
Le Roi: On n'agit pas à coup de réunions et de discours, ni de résolutions toutes prêtes et inapplicables
Quelques extraits de l’allocution du Souverain, prononcée le 20 avril 2016 à Ryad au cours d’un sommet Maroc-CCG, éclairent davantage la position marocaine et sa nouvelle vision géostratégique :
Après les printemps arabes, a ajouté le Souverain, les huit pays restés stables sont le Maroc, la Jordanie et les 6 pays du CCG et ces différents pays font aujourd’hui face à un complot pour les diviser, y provoquer des partitions et mettre la main sur leurs richesses.
“(…) L’action arabe commune ne se réalise pas à coups de réunions et de discours, ni au moyen de sommets périodiques de forme ou de résolutions toutes prêtes, mais inapplicables.
“En revanche, elle requiert des efforts soutenus et une coopération tangible, ainsi que le renforcement et l’exploitation judicieuse des expériences réussies (…).“.
“(…) La région arabe vit, en effet, au rythme de tentatives de changement de régimes et de partition des Etats, comme c’est le cas en Syrie, en Irak et en Libye, avec tout ce que cela comporte comme tueries, exodes et expulsions d’enfants de la patrie arabe“.
(…)
“Le Maroc est libre dans ses décisions et ses choix et n’est la chasse gardée d’aucun pays. Il restera fidèle à ses engagements à l’égard de ses partenaires, qui ne devraient y voir aucune atteinte à leurs intérêts.
(…)
“La situation est grave, surtout au regard de la confusion patente dans les prises de position et du double langage dans l’expression de l’amitié et de l’alliance, parallèlement aux tentatives de coups de poignard dans le dos.
“Que veulent-ils de nous? Nous faisons face à des complots visant à porter atteinte à notre sécurité collective. Ceci est clair et n’a pas besoin d’analyse. Ils en veulent à ce qui reste de nos pays, qui ont pu préserver leur sécurité, leur stabilité et la pérennité de leurs régimes politiques.
“J’entends par là, les Etats du Golfe arabe, le Maroc et la Jordanie, qui constituent un havre de paix et de sécurité pour leurs citoyens et un élément de stabilité dans leur environnement“.
Depuis cette date, le Maroc a diversifié ses relations stratégiques, avec notamment des ouvertures vers la Russie et la Chine.
LIRE EGALEMENT
Le Roi Mohammed VI se rend aux Emirats et au Qatar
à lire aussi
Article : Sahara. Pourquoi le ralliement du Canada est plus disruptif qu’il n’y paraît
Le ralliement d’Ottawa au plan d’autonomie marocain intervient au moment où il était peut-être le moins attendu. Ni porté par ses intérêts économiques dans la région, ni dicté par sa culture politique interne, ce choix rompt avec l’attentisme canadien et devrait, par ricochet, faire évoluer davantage le rapport de force diplomatique au Sahara en faveur du Maroc.
Article : Batteries : le Chinois BTR accélère ses projets industriels au Maroc après un solide début d’année 2026
Le spécialiste des matériaux pour batteries lithium-ion prévoit dans le Royaume 60.000 tonnes de capacités d’anodes et 50.000 tonnes de cathodes, alors que son chiffre d’affaires trimestriel a progressé de 27 %, à 4,31 milliards de yuans.
Article : Tomate : après une chute brutale des prix, les exportations reprennent et soulagent les producteurs
Après plusieurs semaines de flambée des prix, le marché de la tomate connaît une chute brutale des cours, passant de 300 DH à 100 dirhams la caisse chez les producteurs. Face à cette situation, les exportations ont repris afin de rééquilibrer le marché et limiter les pertes des agriculteurs.
Article : Les prévisions météo de ce jeudi 30 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le jeudi 30 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie: - Pluies ou averses orageuses avec risque […]
Article : Grands barrages : 16 en cours de réalisation, 7 autres programmés
Le programme de construction des barrages se poursuit à travers plusieurs régions du Royaume, avec des niveaux d’avancement globalement élevés. Malgré des rythmes d’exécution différenciés, la majorité des projets a franchi le cap des 60 % de réalisation. L’investissement total mobilisé s’élève à 29,5 milliards de dirhams pour une capacité d'au moins 5 milliards de m³ supplémentaires.
Article : Valeurs. Après un rebond de plus de 16% depuis mars 2026, quel potentiel pour Label Vie en Bourse ?
Après un point bas atteint mi-mars 2026, le titre Label Vie a rebondi de plus de 16% pour revenir autour de 4.189 DH au 29 avril 2026. Malgré ce mouvement, les analystes continuent d’identifier un potentiel de revalorisation, avec des lectures qui varient selon les hypothèses retenues sur la croissance et les équilibres du modèle.