Le RNI, simple challenger ou futur numéro 1?
Structuré et plus proche d’un vrai parti que d’un rassemblement de notables: au final, c’est de cela qu’il s’agit. Tel est le bilan des 18 mois précédents, décliné par un meeting à Agadir. Mais encore?
En 18 mois, Akhannouch a conduit le changement comme on le ferait pour une entreprise. Il y a la modernisation, les cabinets conseils, la structuration, l’audit, le diagnostic, et enfin le marketing mix pour conquérir le marché.
Les électeurs, c’est cela le marché. Il ne voit pas seulement les très nombreux citoyens qui ont voté pour le PJD, environ1,6 million, au cours de la dernière élection. Il voit surtout ceux qui n’ont pas voté ou ne votent pas. Ce sont ces derniers à qui il veut vendre son offre politique. Ces derniers représentent plus de 90% des électeurs: 22 millions de Marocains en âge de voter. Dont environ 17 millions inscrits sur les listes électorales, 1,6 million au maximum ayant voté pour le PJD, seulement 560.00 pour le RNI (chiffres du 7 octobre 2016).
Pour lui, il y a de la marge. Mais il évite soigneusement ce qu’il appelle le “registre des incantations“ pour aller vers “l’amélioration de la vie quotidienne des Marocains“. Ce sera son produit. Celui qu’il décline dans ses différentes sorties. Une promesse à l'électeur d'améliorer sa vie et celle de ses enfants.
Le positionnement choisi est celui de la démocratie sociale. Un concept suffisamment large pour ratisser là où il faut, chez les libéraux ou le centre-gauche. On met dedans du libéralisme économique, de la solidarité sociale avec un gros zeste de réputation d’expertise chez les cadres RNI.
Une nouvelle séquence
Samedi 24 février, Akhannouch tenait donc meeting à Agadir pour annoncer la fin d’une séquence et en démarrer une nouvelle. En 18 mois, la communication officielle du parti fait état de 100.000 nouvelles adhésions. Les structures régionales ont toutes été renouvelées. Une plateforme programmatique a été élaborée, elle sera disponible le 2 mars.
En principe, le parti est prêt à aller vers son marché. L’application permet d’adhérer, de soutenir ou… de postuler pour faire acte de candidature au nom du RNI. Déjà. La campagne ou la pré-campagne n’est plus très loin. Une commission électorale a été élue vendredi par le Conseil national.
Le parti fait peur à son principal concurrent, comme le montrent les attaques parfois en dessous de la ceinture. Le RNI est-il l’instrument destiné à contenir le PJD comme a échoué à le faire le PAM? Ou bien est-il l’instrument qui permettra d’imposer dans le débat public, de nouvelles priorités telles que l’amélioration de la vie quotidienne des Marocains? Ce sont les électeurs qui jugeront.
L’attractivité du parti tient autant à la personnalité de son chef, à la puissance qu’on lui prête, à la promesse qu’il fait. Comment ne pas être sensible à la création d’emplois, à la formation, à la réforme de l’école, à l’amélioration des prestations de santé?
La nouvelle identité
Samedi, Akhannouch a décliné les nouveaux termes de l’identité RNI:
- Positionnement: “le Centre alternatif“.
-Référentiel: “démocratie sociale basée sur la justice sociale et l’émancipation citoyenne. Emancipation signifie ici l’amélioration des compétences de chaque individu, de sa capacité à devenir autonome, à s’intégrer dans la vie économique“.
-Les valeurs: “l’égalité, la responsabilité, la communauté (cohésion sociale), chacun d’entre nous est responsable“.
Le programme, les valeurs, le positionnement, les priorités ont été disons choisies par la base au cours d’une tournée des 13 régions. Comme dans une entreprise, il est essentiel que les membres de l’organisation s’approprient la stratégie. Même si elle est parfois plutôt suscitée que choisie.
Alliés et adversaires
Le RNI dispose donc d’une offre politique soumise à l’appréciation du public. Il prend de nombreux engagements, notamment pour ce qui concerne l’école, la santé, l’emploi, ses trois priorités.
Certaines propositions sont totalement inédites et pour tout dire séduisantes. D’autres font rêver comme la formation d’un million de jeunes ne disposant ni de diplômes ni de qualification. Ou encore la création de 2 millions d’emplois à l’horizon 2025.
Ici, se situe une situation de léger flou impossible à éviter au vu du contexte. Probablement à dessein, Akhannouch n’a pas été toujours précis: parfois il promettait de “plaider“ en faveur de telles ou telles mesures. Ce fut le cas pour la santé et l’école. D’autres fois, il a pris des engagements sans bien préciser s’il s’agit d’engagements au cas où le parti gagnait les élections de 2021. Ou s’il s’agit d’engagements absolus.
Quoi qu’il en soit, le parti dispose de suffisamment de leviers pour concrétiser d’ores et déjà certains de ces engagements: le ministère de l’Economie et des Finances, le ministère du Commerce et de l’industrie, le Tourisme et l’artisanat où Lamia Boutaleb prépare une stratégie que l’on dit volontariste et audacieuse ; la pêche et l’agriculture…
Toute l’ambiguïté qui entoure forcément l’alliance au sein d’une coalition gouvernementale tout en sachant que l’on sera adversaires à la prochaine échéance électorale…
Des synthèses des propositions sectorielles prioritaires sont disponibles en cliquant sur Education, Santé, Emploi.
Vidéo ci-dessous (à partir de 23'00, le passage concernant la création de 2 millions d'emplois):
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