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La consommation de psychotropes devient un problème de santé publique

Disponibles dans toutes les villes du Maroc, les psychotropes vendus à un prix modique sont désormais l’apanage de jeunes désœuvrés qui sont de plus en plus nombreux à verser dans la violence. Hormis la politique répressive menée par les services de la DGSN, l’Etat propose une réponse sanitaire jugée insuffisante par les acteurs associatifs  

La consommation de psychotropes devient un problème de santé publique
Samir El Ouardighi
Le 19 octobre 2017 à 16h54 | Modifié 19 octobre 2017 à 16h54

Malgré la récente saisie de 2,5 tonnes de cocaïne, les éléments en charge de la lutte contre le trafic de stupéfiants sont sur tous les fronts pour éradiquer le déferlement des psychotropes dans les quartiers populaires. De plus en plus visible, ce phénomène est devenu un problème de santé publique qui inquiète les associations impliquées dans le combat contre cette prolifération qui ne se tarit pas.

Quasi-inexistant dans les années 80, l’usage des produits benzodiazépines désinhibe complètement leurs utilisateurs qui sont de plus en plus nombreux à commettre des crimes violents voire mortels.

Si la consommation de drogues dures comme l’héroïne ou la cocaïne entraîne des comportements délictueux quand leurs auteurs sont en manque, celle de psychotropes se distingue par le fait que ses usagers deviennent incontrôlables et constituent un danger pour ceux qui sont en leur présence.

L'Algérie pointée du doigt

Selon une source sécuritaire de haut rang, requérant l’anonymat, ces pilules, dont l’usage initial thérapeutique est détourné, sont en grande majorité importées d’Algérie et plus particulièrement d’une usine pharmaceutique située à Maghnia, localité proche de la ville d’Oujda.

"L’Algérie qui accuse sans cesse le Maroc de pervertir sa jeunesse avec son haschich laisse partir des exportations illégales de cette usine dont environ 20% de la production se retrouve dans nos rues", précise notre source qui dénonce indirectement un laxisme des autorités algériennes.

En dehors du combat de la police pour endiguer le trafic et interpeller les auteurs de violence sous l’effet de cette puissante drogue, les associations qui combattent ce fléau accusent l’Etat de ne pas prendre la mesure du danger en avançant qu’aucune politique sanitaire dédiée n’a été mise en place.

"L'Etat n'a pas encore pris conscience du danger"

«La consommation de karkoubi explose car cette drogue du pauvre qui coûte entre 10 et 40 Dirhams (Rivotril, Valium …) est prisée par un nombre croissant de jeunes désœuvrés voire de lycéens. Elle est à l’origine de la majorité des agressions dans l’espace public et au regard du fort taux de récidive, ces usagers risquent de devenir une génération perdue car l’Etat ne semble pas mesurer l’ampleur du problème.

«Au lieu de créer des structures spécialisées dans les addictions aux benzodiazépines qui nécessitent une prise en charge spécifique, le ministère de la santé continue de privilégier les internements psychiatriques et celui de l’Intérieur des emprisonnements qui ne règlent rien au problème», nous déclare un président d’association qui requiert l’anonymat pour ne pas perdre sa maigre subvention.

Notre source se félicite de la création d’un observatoire des drogues et des addictions mais regrette que faute de moyens, il doive se contenter de recenser les consommateurs sur la base de chiffres de la DGSN sans lancer d’études épidémiologiques pour mettre en place une politique curative efficace.

Un avis que ne partage pas une psychiatre qui traite des patients poly-toxicomanes et qui avance que les structures publiques existantes permettent de traiter les usagers de karkoubi.

"La consommation explose mais c'est gérable"

«Depuis 1994, elles ne cessent de se multiplier partout où le problème devient préoccupant. Ces unités de soins qui sont soit hospitalières soit ambulatoires offrent des traitements aux addictologies observées au Maroc», déclare notre source qui se veut moins pessimiste que les acteurs associatifs.

Interrogée sur le succès thérapeutique des traitements de substitution, la psychiatre affirme qu’il dépend de l’ampleur de l’addiction en précisant que l’arrêt brusque de la consommation de benzodiazépines peut être fatal pour le sujet qui en consomme régulièrement et depuis longtemps.

«Pour les addictions, nous sommes obligés de prescrire des médicaments pour sevrer le patient qui peut mourir de crises de convulsion. Quand il présente des signes de manque qui mettent en danger sa vie ou ses proches, il faut traiter le mal par d’autres médicaments. Il est vrai que ces toxicomanes sont surtout pris en charge par des hôpitaux psychiatriques mais il existe de plus en plus de services externes spécialisés dans le traitement des problèmes addictifs», précise l’addictologue en reconnaissant toutefois qu’ils ne sont pas assez nombreux pour prévenir la consommation galopante.

Si une dizaine de structures ont effectivement ouverts leurs portes depuis 2013, il faut préciser que ces centres de soins gratuits traitent tous les types de toxicomanies (héroïne, cocaïne, psychotropes …) alors que les acteurs associatifs réclament une prise en charge particulière pour cette addiction.

Optimiste, notre interlocutrice réfute le terme d’explosion et avance qu’il faudra réaliser des enquêtes épidémiologiques pour mesurer l’ampleur du phénomène car les rares sondages réalisés en milieu scolaire n’ont, selon elle, pas montré une aggravation de la situation sanitaire.

Une affirmation peu convaincante pour les nombreuses victimes de ces toxicomanes qui deviennent extrêmement dangereux sous l’effet de cette drogue et qui sont à l’origine de la plupart des agressions sauvages et mortelles (matricides, parricides, viols, inceste…).

Malgré nos nombreuses sollicitations, ni le ministre de la santé ni ses collaborateurs en charge de ce dossier n’ont donné suite à nos appels et messages pour expliquer la politique sanitaire publique en la matière. 

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Samir El Ouardighi
Le 19 octobre 2017 à 16h54

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