Quand Pierre Vermeren s’inspire de Driss Benhima
Dans son dernier édito dans Le Figaro, Pierre Vermeren, spécialiste reconnu du Maroc contemporain, s’est inspiré directement du cours de Driss Benhima sur les politiques publiques qu’il enseigne depuis quelques mois au sein de l’Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat.
La similitude entre les idées défendues par l'éditorialiste et l'enseignement Benhima est assez frappante.
Un de ses cases studies préférés est celui de l’agriculture du cannabis. Driss Benhima propose comme Pierre Vermeren que l’on dépasse les aspects illicites de l’activité, qui lui semblent dépassés, au moment où de plus en plus de pays se dirigent vers une légalisation progressive du cannabis "récréatif", et que l’on se concentre sur les deux aspects les plus graves à ses yeux.
Le premier, la désocialisation d’une large part de la population masculine du Rif central. Il s'agit de la population qui fait l’objet de P.V. de recherches de police ou de gendarmerie, ce qui l’empêche de mener une vie sociale décente et contribue à favoriser les facteurs de marginalisation de la région. Il rejoint en cela et approuve l’analyse du président de la région TTAH sur les dégâts sociaux de la criminalisation du cannabis.
En revanche, le second aspect qui consterne Benhima est la désertification accélérée du Rif, sous les coups répétés contre l’environnement que représente la culture du cannabis: 40% de la forêt ont disparu en trente ans et ce sont mille hectares de forêt de plus qui disparaissent chaque année pour laisser place à une plante qui détruit la terre.
Sans parler de l’irrigation exagérée depuis que de nouvelles variétés hybrides sont utilisées, à forte teneur en drogue et haut rendement de production. La terre végétale que le matorral et la forêt protégeaient, disparaît transformant l’espace rifain en surface minérale stérile. Le réseau hydrographique s’ensable. La menace environnementale sur le Rif est sérieuse et urgente.
Pour couronner le tout, le cannabis fixe les populations et la densité de 132 habitants par kilomètre carré, supérieure à celle des Doukkala, fait exercer une pression humaine intolérable qui rend difficile l’accès aux services et renforce les dégâts sur l’environnement.
En conclusion de son cours, très inspiré de son passage à l’Agence de développement du Nord pendant lequel trois rapports sur le cannabis ont été édités et où la division par deux des surfaces de cannabis avait été atteinte, Benhima préconise la décriminalisation des individus couplée à l’interdiction de l’activité, et le subventionnement direct des agriculteurs, sachant que le revenu net agricole pour les exploitants-propriétaires, différents des loueurs de terres que l’on retrouve dans les province périphériques de Larache et Taounate, ne dépasse pas un milliard de DH.
Il évalue le coût annuel d’un programme de reconversion à 1,5 millard de DH entre subvention directe, reconversion agricole progressive et restructuration urbaine du Rif.
L’autre façon radicale de régler le problème environnemental, plaisante-t-il, est évidemment la légalisation complète de l’agriculture du cannabis dans tout le Maroc: sur quelques milliers d’hectares dans le Tadla et dans le Gharb, on produirait plus et beaucoup moins cher que dans le Rif. Il plaisante bien sûr.
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