Le PLF 2017, un cadrage macro-économique réaliste
PAR LARABI JAIDI. Le projet de Loi de finances 2017 a la particularité des projets établis en fin de législature gouvernementale. L’équipe ministérielle qui aura à mettre en œuvre les programmes et actions prévus ne sera pas nécessairement celle qui a conçu les orientations et les grandes lignes du projet.
Le budget de l’Etat est aujourd’hui le cadre financier déterminant de la vie économique et sociale. Ses enjeux sont l’objet de compromis laborieux entre diverses contraintes, les unes politiques, les autres financières.
Mais au-delà des spécificités de la conjoncture de cette année, il ne faut pas perdre de vue qu’avant même qu'un gouvernement commence à esquisser le prochain budget, plus des deux-tiers de ses dépenses sont en effet déjà fixées.
Le poids des dépenses de fonctionnement des différents ministères est considérable. Côté investissements publics, la logique des projets en cours induit également une forte inertie dans la structure des dépenses. Nombreuses sont les décisions dont les implications financières courent sur plusieurs années.
Les charges de la dette à moyen et long terme mobilisent une partie des ressources disponibles. A l’image d’un paquebot conservant son cap un long moment après que le gouvernail a été actionné, les phénomènes budgétaires sont affectés d’une grande inertie, tant sur les stocks (la masse salariale, les intérêts de la dette font longtemps peser sur les budgets actuels futurs le poids des choix du passé) que sur les flux (les coûts permanents des dépenses d’équipement).
La nouvelle équipe gouvernementale, les parlementaires sont évidemment souverains et peuvent modifier à leur guise le projet qui leur sera proposé sous réserve, cependant, que toute dépense nouvelle soit gagée par une recette nouvelle, au moins correspondante.
Comme l'alourdissement des impôts n'est pas vraiment populaire, il est à parier la loi de finances qui sera finalement votée ne s’éloignera pas trop de celle proposée par l’actuel gouvernement.
Les principaux choix de cette PLF ne seront pas contestés par la nouvelle majorité
C'est sans doute pourquoi les choix du budget de 2017 ne soulèveront pas de contestation ni des critiques de fond de la future alliance gouvernementale.
Par ailleurs, la note de cadrage du projet de budget laisse entendre, à juste titre, que la situation économique et financière appelle non seulement la poursuite de l’assainissement des comptes de l’Etat, mais aussi des arbitrages qui favorisent un contrôle et une meilleure productivité des dépenses publiques, ainsi que le maintien de mesures de cohésion sociale.
Il est impensable de contester des choix qui s’imposent comme ceux de la transformation des structures de l’économie nationale, du renforcement de sa compétitivité pour garantir la pérennité d’une croissance élevée, de la qualification du capital humain, en vue de réduire des disparités sociales et spatiales…
Tout réside dans la cohérence des programmes, la pertinence des mesures d’application, l’efficacité de la coordination des décisions.
La configuration du projet de budget révèle que les choix du gouvernement sont déterminés par un double objectif: d’une part maintenir une préférence pour un faible déficit public et d’autre part une volonté de relance de la croissance.
Les enjeux du nouveau budget sont donc clairs. Comment soutenir la croissance et maîtriser ses coûts en déficit et en endettement? Comment procéder pour que les dépenses publiques boostent la croissance, avec des conséquences positives sur les recettes fiscales, les exportations et l’emploi?
En fait, les choix budgétaires de 2017 s’inscrivent dans la démarche d’un assainissement financier progressif, pour lisser dans le temps ses effets négatifs sur la croissance et prendre parallèlement des mesures structurelles, dont les effets positifs sur la croissance se répercuteront sur les finances publiques.
Les prévisions pour l’année 2017 sont basées sur un ensemble d’hypothèses, notamment la réalisation d’une production céréalière moyenne durant la campagne agricole.
L'assainissement des finances publiques se poursuivra
Elles tiennent compte de l’impact des perspectives d’évolution de l’économie internationale, à travers la hausse de la demande mondiale adressée au Maroc de 4,3% et d’un cours du pétrole à 44 dollars le baril, ainsi qu’une parité de change stable.
Cet environnement favorable aurait un impact positif sur la croissance de notre économie. Le projet de loi de finances a fait le choix de la reconduction, durant l’année 2017, des orientations précédentes de la politique budgétaire de l’Etat, aussi bien en ce qui concerne la maîtrise des dépenses publiques d’investissement et de fonctionnement qu’en matière de fiscalité.
Ainsi, le cap vertueux d’assainissement des finances publiques, qui a été tracé dans le programme pluriannuel de ces trois dernières années, semble en mesure d’être tenu, au vu des engagements de dépenses et des prévisions de recettes.
Sous ces conditions, la prévision de croissance est revue en hausse, passant de 1,8 % à 4,5 %. Le scénario macroéconomique sous-jacent au projet est conforme au consensus des prévisionnistes de Bank al Maghrib ou du HCP.
La prévision suppose un redémarrage de l’activité économique. La valeur ajoutée agricole devrait connaître une nette amélioration de 11,9% après la baisse de 8% en 2016. La valeur ajoutée non agricole, quant à elle, verrait son rythme de progression s’accélérer, pour atteindre 3,5% en 2017, après 3% en 2016.
Hausse probable de la consommation des ménages
Ce sont les éléments de la demande intérieure qui constitueraient le vecteur porteur de ce surplus de croissance. Il est prévu que la consommation des ménages se montre plus dynamique qu’au cours de cette année 2016. Elle sera vraisemblablement tirée par une amélioration des revenus ruraux.
L’investissement global contribuerait également à la prévision en hausse. Il devrait progresser en volume de 2,9%, après 1,9% en 2016.
Les enquêtes de conjoncture annoncent une accélération de l’activité sous l’effet du redressement des secteurs de la construction et du logement, qui induirait un investissement des ménages plus élevé, et d’un investissement des entreprises qui redémarrerait sous l’effet multiplicateur des dépenses publiques, de conditions de financement plus favorables et d’un regain de confiance du secteur privé.
Toutefois, Il faut se montrer relativement prudent sur l’hypothèse d’une reprise franche de l’investissement des entreprises: les marges des entreprises restent faibles; le taux d’utilisation des capacités de production est toujours inférieur à sa moyenne de long terme. Ce qui ne laisse pas prévoir une augmentation rapide de l’investissement privé.
La demande mondiale connaîtrait un redémarrage, en lien avec les meilleures performances de nos partenaires.
Hypothèses de croissance plausibles
En 2017, l’environnement international contribuerait positivement à l’amélioration de la prévision de croissance. En effet, la demande mondiale serait plus tonique. Un contexte économique plus favorable, marqué par un redémarrage progressif de la croissance en Europe, se traduirait par une plus vive demande adressée au Maroc.
Si le contexte économique est effectivement marqué par un redémarrage progressif de la croissance en Europe et une faible inflation, il n’en reste pas moins fragile. La reprise de l’activité risque d’être moins prononcée que prévu dans la zone euro et l’accélération de l’activité moins rapide dans les pays émergents. En conséquence, la demande mondiale peut s’avérer moins dynamique qu’anticipé.
Toutefois, revenir à une croissance aux alentours de 4-5 % paraît plausible, si le profil de la conjoncture internationale se confirme, soutenant ainsi les perspectives d’une année agricole qui serait moins pénalisante que la précédente.
Cette performance ne signifie pas pour autant que le potentiel de croissance de l’économie nationale est pleinement atteint. Le Maroc peut certes se rapprocher ou passer au-dessus de sa croissance potentielle mais encore faut-il que l’économie consolide ses ressorts: une marge de manœuvre budgétaire plus large, un policy mix optimal et une accélération des réformes structurelles de l’économie.
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