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Angus Deaton: comment la mondialisation mal gérée alimente le discours de Trump

Le prix Nobel d'économie 2015, l'Ecossais Angus Deaton, n'y va pas par quatre chemins: la mondialisation "mal gérée" exaspère les populations, accroît les inégalités et alimente le discours de politiciens comme Donald Trump.

Angus Deaton: comment la mondialisation mal gérée alimente le discours de Trump
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Le 10 septembre 2016 à 6h48 | Modifié 10 septembre 2016 à 6h48

Le phénomène Trump ou encore le Brexit "sont le résultat d'une mauvaise gestion de la mondialisation", qui laisse de plus en plus d'habitants de pays riches sur le carreau, prévient M. Deaton, lors d'un entretien accordé à l'AFP, à l'occasion de la sortie en France de son livre "La grande évasion", publié aux édition PUF.

"Ceux qui ne s'inquiètent pas de la situation (des exclus de la mondialisation) commenceront à s'en préoccuper si Donald Trump est élu", prévient le professeur à l'université américaine de Princeton, âgé de 71 ans, habillé dans un style très classique, avec un grand noeud papillon rouge.

Son livre s'inspire du film de John Sturges "La grande évasion", de 1963, qui relate comment des prisonniers d'un camp allemand tentent de s'échapper. Seuls quelques uns y parviennent.

Au yeux de l'Ecossais, il en va de même depuis 250 ans sur le plan économique, avec les personnes qui parviennent à échapper à la pauvreté pour une vie meilleure, "le récit du progrès étant donc aussi un récit d'inégalités".

Or, les inégalités se renforcent depuis les années 70 et se sont accentuées avec une mondialisation qui "frappe certaines catégories de personnes, principalement dans les pays riches", constate l'économiste.

"Si nous ne faisons pas face à cette situation, si nous ne parvenons pas d'une manière ou d'une autre à rendre la mondialisation bénéfique aussi pour ces personnes-là ou si nous n'en partageons pas la prospérité avec elles, alors le danger est considérable", prévient-il.

Ceux qui restent en marge de la mondialisation "ne parviennent manifestement plus à s'évader", alerte le prix Nobel. Et le danger, à ses yeux, ce sont les candidats populistes ou des votes contraires à la mondialisation.

Donald Trump, le candidat républicain à la Maison Blanche, pourfendeur du commerce mondial effréné, "n'est pas une bonne voix" pour ces délaissés de la mondialisation, pas plus que le Brexit "n'aidera" les Britanniques qui ont soutenu la sortie de l'UE, assure-t-il.

Des citoyens en colère

"Mais ce n'est pas uniquement la faute de la mondialisation. Beaucoup de gens aux Etats-Unis et en Europe ont le sentiment que leurs gouvernements ne les représentent plus", estime le prix Nobel, critiquant le comportement de la classe politique en place.

Aux Etats-Unis, les politiciens sont financés d'une manière "complètement folle". "Les membres du Congrès ou du Sénat passent environ 8 heures par jour pour récolter des fonds afin d'être élus ou réélus. Avec comme conséquence qu'ils passent plus de temps à se préoccuper des intérêts de ceux qui les financent", précise-t-il.

Et la crise économique renforce le sentiment de défiance dans la population. "Avec une croissance plus faible, les problèmes deviennent plus exacerbés". Au point que les classes moyennes doutent aujourd'hui que la prochaine génération parvienne à vivre mieux que la précédente.

Et le renflouement des banques après la crise de 2008 a laissé des traces profondes dans l'opinion publique. "Quand on pense à ces sauvetages, le gouvernement a donné à nos dépens d'énormes quantités d'argent aux personnes les plus riches au monde de l'histoire!", rappelle M. Deaton.

"Je pense que beaucoup d'Américains sont toujours très en colère" après ces renflouements, dit-il.

"Non pas qu'ils aient souhaité que toute l'économie s'effondre, mais ils ont le sentiment que ces gens se sont mal comportés et qu'ils ont été abondamment récompensés, alors qu'eux n'ont rien eu, si ce n'est du chômage", souligne M. Deaton.

Pour lui, "ce qui s'est passé en 2008 est dû en partie à une régulation inadaptée des institutions financières, qui ont elles-mêmes fait du lobbying pour obtenir des règles moins élevées". "Il s'agit d'un cycle qui rend ces gens plus riches aux dépens de la population".

M. Deaton est toutefois optimiste. "Les gens veulent vivre mieux. Ils veulent que leurs enfants vivent mieux et l'humanité saura faire preuve d'ingéniosité pour y parvenir à long terme". (AFP)

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Le 10 septembre 2016 à 6h48

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