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Affaire Samir: des parties prenantes déplorent la “démission de l’Etat“

Certains parlent de discrétion, d’autres de confidentialité et les derniers n’hésitent pas à évoquer une opacité. Personne aujourd’hui, hormis le syndic de la Samir et le juge commissaire, n’est capable de dire où en est la procédure de liquidation.

Affaire Samir: des parties prenantes déplorent la “démission de l’Etat“
R. B.
Le 18 juillet 2016 à 9h15 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Le Front syndical de la Samir a convoqué une assemblée générale pour le vendredi 22 juillet à Mohammédia. Il dénonce les “tergiversations et l’opacité“ qui entourent la gestion du dossier. Il  liste une série de“reculs“ tels que la suspension des prestations de couverture santé et des primes (du ramadan et des congés), le non versement des cotisations CIMR ou les retards dans les paiements des salaires.

Dans quelques jours, le processus lancé par la liquidation bouclera son quatrième mois, le jugement ayant été prononcé le 21 mars 2016. Mais il n’y a ni planning ni calendrier publics.

Des sources syndicales accusent le Syndic de marginaliser toutes les parties prenantes, y compris les trois contrôleurs (représentants des salariés, de la douane et de la Banque populaire). Ces derniers sont censés être associés ou informés de près de toutes les décisions ou procédures.

Plusieurs acteurs du dossier auraient préféré que le dossier soit géré différemment, avec davantage de communication par exemple. Et moins de flou. Voire que les décisions soient contrôlées ou validées au niveau de l’Etat.

Le dossier est certes entre les mains de la justice. Mais le Maroc peut-il laisser un dossier aussi sensible, qui engage l’avenir d’un secteur et de plusieurs milliers de familles, entre les mains de deux personnes, le juge-commissaire et le syndic, quelles que soient leur bonne volonté et leurs bonnes intentions?

“Le syndic n’est pas un surhomme“, commente une source concernée. “Ce n’est pas une simple affaire de justice, c’est une affaire d’ordre public“, estime un juriste.

Le dossier est lourd, les enjeux décisifs.

Prenons un exemple: parmi les repreneurs qui pourraient être intéressés, il y a la Socar, compagnie nationale azerbaïdjanaise, qui gère la production de pétrole et de gaz, ainsi que deux raffineries en Azerbaïdjan. Cette société est très ambitieuse et une raffinerie comme la Samir peut l’intéresser, dans la mesure où elle garantirait un débouché captif pour une partie de sa propre production de pétrole brut.

Mais l’intérêt du Maroc est-il d’accueillir comme repreneur un producteur comme Socar? Un négociant comme Glencore? ou un raffineur indépendant?

L’intérêt du Maroc, c’est de faire jouer la concurrence entre producteurs pour acheter le brut au prix le plus bas et produire le pétrole raffiné au plus faible coût.

Le syndic a annoncé à plusieurs de ses interlocuteurs sa volonté d’élaborer et de publier un cahier des charges pour les éventuels repreneurs. Mais un cahier des charges peut orienter la décision finale. Cette action peut-elle être laissée entre les mains d’un seul homme?

Seconde remarque: sur le marché international, il existe désormais plusieurs raffineries à vendre. En cherchant bien, on peut arriver à en lister une dizaine. Les éventuels repreneurs de la Samir [il y en a] pourraient être découragés par l’absence de visibilité et porter leur intérêt ailleurs.

Troisième remarque: l’un des scénarios envisagés par le syndic consiste en la reprise par un tour de table très large, “composé de Marocains et d’étrangers, d’au moins une institution financière locale, d’une institution de référence comme OCP, ainsi que d’un groupement constitué par des clients marocains tels que les distributeurs de pétrole et enfin un opérateur du domaine“. L’idée est séduisante, mais inapplicable. OCP ne sortira pas de son cœur de métier, sauf décision politique. La CDG non plus. Et les distributeurs contactés par Médias 24 écartent l’éventualité de s’impliquer dans un tour de table.

Quatrième remarque: la priorité du syndic aurait dû être l’inventaire des actifs et l’audit de la société. Quatre mois après le jugement, ce n’est pas fait. Selon des informations obtenues de sources internes, un cabinet marocain a été chargé d’un inventaire physique des actifs. Cette information n’a pas pu être confirmée auprès du syndic, qui n’a pas répondu à nos appels.

Les autres priorités sont connues: évaluation de la société par un cabinet indépendant ayant l’expertise nécessaire pour évaluer une raffinerie; publication d’un cahier des charges; vérification des créances déclarées. Ces différents objectifs ont peu avancé ou alors dans le plus grand secret.

Cinquième remarque: le syndic a fait du redémarrage du raffinage une priorité, qui figure d’ailleurs dans le jugement de liquidation. C’est logique, dans la mesure où une raffinerie en marche a plus de valeur sur le marché qu’une raffinerie à l’arrêt. Mais les consultations lancées pour l’approvisionnement en pétrole brut ont échoué.

D’éventuels repreneurs commencent à se demander s’ils vont continuer à attendre ou réorienter leurs efforts vers d’autres raffineries à vendre dans d’autres pays.

Ce qui est en cause, c’est l’absence d’interlocuteur dans un dossier sensible, dont la portée est nationale et stratégique. Dans les conversations, les expressions “démission de l’Etat“ ou “absence de l’Etat“ reviennent souvent.

L’Etat peut-il intervenir dans un dossier qui est entre les mains de la justice? Et les mécanismes prévus par la justice elle-même sont-ils tous appliqués?

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R. B.
Le 18 juillet 2016 à 9h15

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