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IDEES

Asmaa Lamrabet: “Il faut décoloniser le code pénal marocain”

Asmae Lamrabet, bien connue pour ses travaux sur l'islam, est revenue dans l’émission "Confidences de presse" diffusée sur 2M sur le ramadan et l’article 222 du code pénal, les inégalités homme/femme ou encore sur la notion de "féminisme islamique". Verbatim. 

Asmaa Lamrabet: “Il faut décoloniser le code pénal marocain”
Mohammed Berrahou
Le 30 juin 2016 à 15h39 | Modifié 30 juin 2016 à 15h39

Ce mercredi 29 juin, Abdellah Tourabi, recevait sur le plateau de son émission "Confidences de presse" Asma Lamrabet. Chercheur et membre de la Rabita Mohammadia des oulémas, Mme Lamrabet a eu des propos d'une certaine audace et tout cela d'un ton réfléchi, posé, éloquent. Elle a fait part de sa perception d’un islam ouvert, pendant plus d’une heure.

"Ramadan est dévoyé de son sens"

Alors que ce mois de ramadan touche à sa fin, Asmae Lamrabet affiche sa déception. Le gaspillage atteint cumule à des sommets inégalés et la consommation devient sans limite dans la société:

"Ramadan est un mois de spiritualité, de retour sur soi, d'empathie envers les pauvres. Or, on constate un consumérisme incroyable et beaucoup de contradictions autour de nous dans la société. Ce mois est dévoyé de son sens. Il faut évidemment être dans la joie, mais aussi dans la décence".

L’article 222, en contradiction avec la Constitution

Source de beaucoup de débats lors ce mois, l’article 222 du code pénal qui sanctionne ceux qui, réputés musulmans, rompent ostensiblement le jeûne en public et sans raison licite, est en contradiction totale avec la Constitution, selon Mme Lamrabet:

"Cet article est en contradiction avec la Constitution, qui stipule qu’il y a liberté de croyance et de conviction. Il est même en contradiction avec l’islam. Je ne pense pas qu’un code pénal a le droit de légiférer en ce qui concerne les convictions intimes et personnelles". Asma Lamrabet oppose donc le droit positif à un coee pénal qui dit s'inspirer de la religion musulmane.

"En islam, il n y a pas d’emprisonnement ou de châtiment corporel pour celui qui ne veut pas jeûner. Il faut donner à manger à 60 personnes, ce qui est très civilisé".

"La majorité des gens croient aujourd’hui que c’est l’islam et le Coran qui dit qu’il faut sanctionner les dé-jeûneurs. Il faut décoloniser notre code pénal".

Les interprétations des hommes sont les sources des inégalités

"C’est au niveau des interprétations que le problème se pose. L’inégalité est inhérente aux interprétations faites par des hommes. La misogynie est universelle au sein du monothéisme, mais elle touche surtout aux interprétations".

"Ces inégalités sont basées sur 5 ou 6 versets, alors que le Coran compte plus de 6.000 versets. Ils ont réduit la relation homme/femme à 5 ou 6 versets".

"La lecture traditionnaliste littéraliste est majoritaire et elle a duré des siècles à partir des 9e et 10e siècles. Ils se sont basés sur les coutumes et les contextes sociaux culturels qu’ils ont projetés sur les versets coraniques ambigus. Ils les ont extirpés de leur contexte et ont réduit toute la question des femmes à quelques versets".

Egalité en héritage

"On ne pourra pas régler les questions de l’héritage en extirpant les versets de leur contexte. Ce n’est pas possible. Il faut changer tout le paradigme, toute notre approche du religieux doit changer".

"La lecture d’aujourd’hui est fragmentée. Il faut une lecture holistique (globale, des versets coraniques expliquent d’autres), une lecture finaliste et une contextualité de l’ijtihad".

"En matière d'héritage, quand on donnait une demi-part à la femme, c’est parce que le frère était obligé de prendre en charge sa sœur. Il prend le double, non pas parce que c’est un homme et que c’est une valorisation divine, mais parce qu’il est responsable de sa sœur".

"Le verset sur l’héritage était inégalitaire dans sa répartition mais équitable dans ses finalités pour le contexte de l’époque. Aujourd’hui, il est inégalitaire dans sa répartition et inéquitable et la finalité n’est plus la justice dans son application. On a 18% de foyers au Maroc pris en charge par des femmes".

Evolution de la société

"Il y a une évolution, car même les gens les plus fermés par rapport à ces questions, dès qu’on commence à argumenter, expliquer cette question des finalités, croyez-moi il y a une certaine remise en question. Il y a un déclic qui se fait".

"Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est la raison critique. Il faut essayer de faire renaître cette question de la raison critique. Oui, le texte est sacré, mais c’est l’interprétation qui est importante".

Féminisme islamique, une relecture du féminisme 

"Le féminisme islamique est né dans le début des années 90, entre l’Iran et la Malaisie et dans certaines communautés musulmanes, des femmes théologiennes, académiciennes".

"Cette question de discriminalité n’était pas inhérente aux textes, mais aux interprétations. Ce n’est pas l’islam qui nous opprime mais les interprétations patriarcales faites par des hommes pendant des siècles, donc on va lutter. On a décidé de faire une relecture féminine ou féministe".

"La théorie fondamentale chez ce genre de femmes est que la justice et l’égalité sont au centre des revendications."

"Je suis contre une certaine hégémonie féministe qui veut parler au nom de toutes les femmes du monde, c’est pour cela que je m’inscris dans cette perspective déonisatriceale".  

Le voile en Islam

"Tout se cristallise sur le corps des femmes.  Aujourd’hui, la civilisation ne vit plus l’islam en tant que spiritualité, mais en tant qu’identité. Les femmes sont le dernier bastion identitaire à défendre. Leurs corps, depuis l’idéologie politique de l’islam, une réduction du corps des femmes à leurs voiles. Ce n’est pas une priorité au niveau des textes. La liberté des choix doit primer ici".

"Il y a des femmes qui portent le voile par spiritualité, par liberté de choix, mais la majorité, c’est parce qu’on leur a dit que c’est la seule manière d’être une bonne musulmane".

 

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Mohammed Berrahou
Le 30 juin 2016 à 15h39

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