Ville industrielle chinoise dans le Nord: les premiers détails
EXCLUSIF. Médias 24 confirme, après recoupements et accès aux meilleures sources: le projet industriel chinois dans le Nord est bien un projet gigantesque, au double plan des investissements et des emplois.
Il aura fallu un mois pour que l’on passe aux choses concrètes. Le 11 mai 2016, des conventions avaient été signées à Pékin, en présence du Roi Mohammed VI, dont celle relative au parc industriel chinois au Maroc.
Le dimanche 12 juin, le président du groupe chinois Haite (lire Haïteu) était dans la région de Tanger et, accompagné de son équipe, il a passé une semaine au Maroc, pour jeter les premiers jalons concrets du projet.
Le projet fait rêver. Sa taille est très importante. Et pour tout dire, inédite. Une ville industrielle et un parc, dimensionnés dans une première étape pour accueillir 300.000 habitants. Ce sont plusieurs dizaines de milliers d’emplois à la clé, probablement 100.000. Ces chiffres ont suscité un certain scepticisme, une partie de l’opinion se demandant s’ils ne sont pas gonflés pour des raisons politiques ou autres.
Médias 24 a pris connaissance des premiers détails du projet et est en mesure de confirmer les chiffres ci-dessus. Il s'agit bien d'un projet industriel sérieux et ambitieux, conduit d’une manière qui à ce stade est crédible.
Coaching royal
Dimanche 12 juin: lorsque Li Biao, président du Groupe Haite arrive dans la région, accompagné de ses collaborateurs, les autorités régionales sont presque au garde-à-vous. Le projet est suivi par la plus haute autorité de l’Etat. Les élus de la région TTAH conduits par le président Ilyas El Omari, le wali, le maire de Tanger, le ministre de l’Industrie, sont là… Des hélicos sont mis à la disposition de la délégation. On a mis les petits plats dans les grands.
Le groupe Haite est un grand groupe privé chinois. Les sources sûres contactées par Médias 24 sont catégoriques: "c’est un groupe sérieux, puissant, crédible, très connecté, capable de ramener et de fédérer les plus grandes entreprises chinoises".
A l’origine, Haite s’est créé dans l’aéronautique. Aujourd’hui, il est en phase de diversification.
Le Maroc l’intéresse parce que c’est à la fois l’Afrique et l’Europe, avec les connexions qu’il faut et, sur les principaux marchés étrangers, des accords de libre-échange.
Haite s’engage donc à construire, avec ses partenaires marocains, un parc et une ville industriels. Il s’engage également à ramener dans ce parc, quelques centaines d’entreprises chinoises, qui vont s’y implanter.
Nos sources, qui ne sont pas portées à l’exagération, évoquent dans une première phase, plusieurs dizaines de milliers d’emplois, peut-être 100.000.
Le projet consiste, sur plusieurs centaines d’hectares (voire 1.000 hectares), à construire les infrastructures, pour livrer des terrains industriels clés en mains aux entreprises chinoises. A côté, ils construiront une ville pour ceux qui travailleront dans ce parc industriel. Une ville d’environ 300.000 habitants.
Pour ce qui est du lieu d’implantation, nos sources évoquent Chrafate ou Melloussa, près de Tanger.
Tout dans ce projet n’est pas bouclé. Les négociations sont complexes, mais elles vont vite, car le dossier est suivi en haut lieu. Le Maroc doit faire sa part de boulot, notamment la région et l’Etat. Il faut connecter les terrains choisis, penser à tout, de l’eau potable aux liaisons aériennes, au train.
A partir de là, trois questions se posent:
1-Quid du résidentiel dans le projet?
2-Combien d’emplois seront réservés aux Marocains?
3-Quels sont les partenaires de Haite dans ce projet?
Sur le premier point, le résidentiel est “l’un des principaux drivers de ce type de projets“, estime l’une de nos sources. Il va sans dire que le Maroc est vigilant sur le résidentiel: il ne faut pas que Haite lance un projet immobilier, alors que l’objectif est un parc industriel. Il y a donc une négociation en cours, probablement pour que les deux objectifs, résidentiel et industriel, aillent de pair.
Sur le second point, le Maroc souhaite “évidemment“ réserver la totalité des emplois ou presque aux Marocains. Cela a été dit aux partenaires chinois. Cela sera certainement négocié, mais ce n’est pas encore finalisé.
Sur le troisième point, nous avons découvert que la BMCE joue un rôle essentiel. La BMCE a en effet signé avec Haite pour être partenaire dans la création de ce parc industriel et également pour un Fonds tourné vers les investissements au Maroc, en Afrique et en Chine. De combien sera doté ce fonds? Dans les opérations de ce genre, il faut raisonner par paliers. Selon des chiffres non officiels qui circulent, les premiers montants évoqués vont de 2 MMDH à 10 MMDH. L’une des opérations prioritaires sera le fameux parc industriel chinois de Tanger.
La BMCE sera un partenaire privilégié de ce parc. Elle jouera son rôle de grande banque, consortialisera des crédits, financera, réalisera des montages financiers. Othmane Benjelloun est arrivé à placer la BMCE comme la banque privilégiée des partenaires chinois.
O.B. réussit encore une fois à monter une opération apparemment prometteuse, qui confirme que sur la Chine aussi, il a été visionnaire. Depuis 1999, il a la Chine dans ses tablettes. Pour ce qui concerne l’avenir, on peut penser aussi à sa banque chinoise à Shangai, dont l’agrément sera plus facile à obtenir après le mémorandum d’entente entre les deux régulateurs marocain et chinois, signé le 10 juin à Rabat. Ce mémorandum d’entente prévoit notamment une double supervision des établissements transfrontaliers.
On pense également aux assurances, puisqu’un des mémorandums d’entente signés à Pékin le 11 mai portait sur le secteur de l’assurance. BMCE à travers RMA Al Wataniya s’implantera-t-elle en Chine? Et si elle le fait, sera-ce à travers l’entrée dans le capital d’un assureur chinois ou en demandant un agrément? L’avenir nous le dira.
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