Débat. Comment concilier croissance touristique et développement durable?
Le tourisme est certes essentiel à l’économie du Maroc. Mais c’est aussi un secteur polluant, gros consommateur d’énergie et d’eau. Comment résoudre ce dilemme?
C’était l’enjeu du débat organisé vendredi 6 mai à Marrakech par la CGEM, dans le cadre de la Green Growth Academy, créée en partenariat avec le Centre marocain de production propre (CMPP).
Pour Miriem Bensalah-Chaqroun, à qui il revenait d’entamer le débat, il est clair que le tourisme est un secteur central du PIB mondial: un emploi sur 11 dans le monde vient directement du secteur du tourisme. Et le Maroc ne pourrait se passer de la manne que représente le tourisme, premier contributeur à la balance des paiements, deuxième contributeur au PIB national et deuxième créateur d’emplois, avec 500.000 emplois directs.
Seulement, comme l’a rappelé la présidente de la CGEM, le tourisme, même si on le dit peu, est aussi polluant que l’industrie, qu’il s’agisse de l’air, des énergies, des nuisances sonores ou de l’eau: un touriste consomme, en moyenne 140 litres d’eau par jour!
«Quand on sait, a précisé Miriem Bensalah-Chaqroun, que 40% des touristes qui viennent au Maroc, vont à Marrakech, on voit le problème qui va se poser à la ville ocre à moins d’une prise de conscience générale». Et dans ce domaine, Marrakech peut se targuer d’être en pointe: c’est la première ville à avoir mis en place un vrai système de recyclage des eaux usées.
«Mais il faut aller plus loin, a conclu Miriem Bensalah-Chaqroun: une démarche citoyenne est nécessaire et toutes les initiatives pour moins polluer seront les bienvenues. Il faut aller vers un tourisme responsable, qui doit protéger l’environnement pour préserver son avenir. Le Maroc doit être durable pour durer et le pays doit être l’ambassadeur dans le monde du tourisme responsable».
C'est une conclusion que Lahcen Haddad, ministre du Tourisme, ne pouvait qu’approuver. «L’économie verte, c’est demain certes, mais c’est déjà aujourd’hui!». Le ministre insiste sur un point: le tourisme devrait être beaucoup plus présent dans les discussions qui ont lieu lors des COP.
«Il faut pousser à ce que le tourisme occupe toute sa place à la COP 22, d’autant plus que celle-ci sera l’occasion idéale pour mettre en avant tout ce que fait le Royaume dans ce domaine et pour présenter sa stratégie tournée vers le durable. Nous aurons aussi une belle vitrine pour 2017, qui sera l’année du tourisme durable dans le monde.»
Mais le tourisme durable ne se décrète pas… Comme l’a souligné Mohammed Moufakir, wali de la Région Marrakech-Safi, il y a un principe fondamental à respecter: impliquer les populations locales à tous les niveaux. «C’est un processus lent, mais le Maroc a heureusement commencé il y a longtemps à centrer ses actions sur le développement durable: Marrakech sera bientôt considéré, partout dans le monde, comme une destination golfique durable, car l’arrosage se fait de plus en plus avec des eaux recyclées: 8 golfs sur les 13 que compte la ville utilisent déjà de l’eau recyclée.»
Et Mohammed Moufakir insiste sur un autre point: «Le tourisme durable, c’est une culture, un mode de consommation. Le tourisme se doit d’être pionnier, car le consommateur devient de plus en plus un vrai défenseur de la nature. Demain, le choix d’une destination se fera selon la capacité locale à gérer l’environnement. C’est sans doute le secteur où la prise de conscience est la plus forte, que ce soit pour les transports, l’énergie ou la préservation du patrimoine».
Cela amène le wali à émettre un souhait: «Certes, dans une ville comme Marrakech, les efforts ont commencé dès les années 90, mais pour aller encore plus loin, il faudrait créer une filière développement durable dans les écoles hôtelières.» C'est un souhait que Lahcen Haddad ne devrait pas manquer de transmettre à son collègue de l’Education ationale….
Le Maroc en effet ne revoit pas ses ambitions à la baisse, malgré les crises successives et la situation géopolitique mondiale : « Nous voulons hisser le Maroc en 2020 parmi les 20 premières destinations mondiales, a assuré Nadia Roudes, secrétaire générale du ministère du Tourisme. Et nous voulons imposer le pays comme destination de référence en matière de développement durable».
Mais pour cela, il y a des choix à faire et à assumer, a insisté Nadia Roudes, notamment assurer la préservation des ressources, répondre à la sensibilisation des touristes à l’environnement ou faire de la durabilité une «marque» pour le Maroc.
L’Etat a les moyens d’agir, par la réglementation. Ainsi, désormais, pour le classement obligatoire des hôtels, la notion de développement durable va être introduite dans les critères d’appréciation. Et une haute autorité du Tourisme va voir prochainement le jour, avec, en son sein, un département développement durable. Conclusion de Nadia Roudes: «Il nous faut inviter le touriste à adopter des règles et des comportements destinés à faire de son voyage une expérience enrichissante et citoyenne. Nous voulons un tourisme centré sur l’humain, créateur de richesses et préservant notre identité nationale. »
Cela fait dire à Imad Barrakad, président du directoire de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT), que les mentalités ont fortement évolué: «On est passé, de 2000 à 2015, d’une logique de développement économique à une logique de durabilité.»
Il faut donc faire bouger les touristes: Marrakech ne pourra pas recevoir de plus en plus de monde, sans mettre en péril ses ressources, en eau notamment, qui ne sont pas illimitées.
Imad Barrakad insiste donc sur le nécessaire développement d’un autre tourisme, plus axé sur la durabilité, comme des circuits pittoresques thématisés: culturels, artistiques, littéraires, historiques etc… Le Maroc ne manque pas d’attraits, y compris au niveau des produits du terroir, de l’artisanat et donc du savoir-faire local. Et la conclusion d’Iman Barrakad est claire: «Dans certaines régions, il ne faut pas hésiter à limiter le nombre de touristes, pour ne pas mettre en danger la faune et la flore.»
Cet avis est totalement partagé par Hassan Aboutayeb, consultant en tourisme durable et fondateur de l’écolodge Atlas Kasbah: «Le tourisme ne peut durer que si les réserves naturelles sont protégées, ce qui constitue un véritable dilemme entre conservation et développement socio-économique. Mais pourrait-on imaginer Agadir sans sa superbe plage ou Marrakech sans sa palmeraie? Non, bien sûr et les touristes eux-mêmes sont prêts à payer davantage pour une nature préservée. Mais à condition que l’on communique sur cet aspect.»
Et c’est doute le point faible du Maroc: les initiatives en matière de développement durable sont très nombreuses, mais elles se font souvent à un niveau local, sans que personne ou presque ne le sache: pas évident pour un propriétaire d'une maison d’hôte, au fin fond d’un village de l’Atlas, de communiquer sur ce qu’il a fait en matière de développement durable. Le ministère du Tourisme en est bien conscient: «Il faut valoriser les initiatives, explique Nadia Roudes. On a commencé à le faire avec les trophées du tourisme responsable ou les journées du tourisme durable.»
Mais il y a encore beaucoup à faire pour montrer à quel point le Maroc est précurseur dans le domaine du tourisme durable. Espérons que la COP 22 servira aussi à cela…
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