Les entreprises marocaines bien placées pour la transition digitale
Augmentation des investissements en large bande «haut-débit», consommation privée accrue: les entreprises marocaines profitent de la transition digitale du marché.
Les dépenses IT engagées par les entreprises marocaines ne cessent de croître. En effet, ces dépenses ont globalement augmenté de 12% en 2015, dont 31% concernent exclusivement l’infrastructure de Big Data et 36% correspondent aux dépenses en cyber-sécurité.
A l’origine de cet engouement, la volonté des acteurs économiques de profiter de la transition digitale généralisée sur le marché.
Selon Ouafa Kathir, DG d’International Data Corporation (IDC) Afrique du Nord et Afrique Francophone, le Maroc, parmi les pays africains les plus avancés en matière de digital, est fin prêt à cette transition.
Le royaume est classé 2e, après l’Afrique du Sud, en matière d’e-readiness, qui signifie l’aptitude d’une économie à assurer sa transition vers le digital.
La tendance s’illustre également à travers l’évolution de certains métiers au fil des années.
Par exemple, la fonction de directeur marketing, auparavant axée sur la capacité à générer la bonne formule, le bon packaging, ou la bonne publicité, évolue actuellement vers une connaissance accrue des TIC.
Aujourd’hui, le directeur marketing se doit non seulement de connaître, mais aussi de maîtriser tous les outils qui peuvent le renseigner sur le consommateur et ses préférences.
Le mode d’expression du consommateur a changé. Celui-ci communique essentiellement à travers sa présence sur les réseaux sociaux. Toute entreprise, à travers son service marketing, a donc intérêt à être présente et active sur ces plateformes, pour pouvoir exploiter des données aussi pertinentes, car communiquées par le consommateur lui-même.
Cette évolution est palpable au niveau des entreprises marocaines, qui voient la naissance de nouveaux métiers, comme le Community Management, ou la gestion de l’e-réputation.
Le rôle du directeur des systèmes d’information en a également été impacté, puisque, au lieu de ne gérer que les systèmes internes de l’entreprise, il doit maintenant configurer toute une base de données relative à la présence digitale de l’entreprise, en plus de prévoir la numérisation de tous ses processus, y compris la passation de commande et la facturation.
En effet, le consommateur contemporain n’a plus ni le temps ni la patience de passer par les chemins traditionnels.
La digitalisation ne concerne donc pas que l’étude du comportement du consommateur, mais aussi le mode de consommation effective, les modes de paiement, le conseil en achat, le service après-vente ou toute autre interaction avec le client et les parties prenantes.
D’un autre côté, il faut savoir que si les entreprises marocaines s’intéressent au digital et sont prêtes à faire le pas, c’est aussi parce qu’elles sont conscientes du retour potentiel sur investissement.
Car le digital, en plus de faciliter la prospection, accélère l’inclusion économique et sociale et renforce la compétitivité des entreprises.
Les challenges du digital au Maroc
Cependant, si la volonté de bien faire est là, des challenges restent à relever.
D’une part, l’accès au business digital est très difficile, surtout si l’on se retrouve face à des compétiteurs qui y sont déjà initiés depuis longtemps.
Ensuite, bien que les choses commencent à changer, il ne faut pas oublier que toute la population n’a pas forcément accès à Internet ou du moins pas tout le temps.
Les réseaux 3G et 4G, quoique développés, sont encore hors de portée pour une grande partie de la population, ce qui fait que le marché «connecté» est plus limité que le marché réel.
Le coût de cet investissement peut aussi être un frein. L’exemple le plus commun est l’acquisition d’une large bande, qui coûte encore aujourd’hui très cher, surtout pour les petites et moyennes entreprises, dont le budget est généralement plus restreint.
Ces PME ne profitent donc pas de la transition digitale de la même façon que les grandes entreprises.
Par ailleurs, ce sont les connaissances qui posent problème.
Car aujourd’hui au Maroc, les compétences IT sont rares, puisque les spécialisations en clouding, en Big Data, ou en community management sont quasiment inexistantes.
En somme, les entreprises marocaines doivent pouvoir relever ces défis, en respectant 5 étapes importantes :
-Investir dans la compréhension du consommateur (ses réactions, ses achats, ses choix…)
-Connaître le profil digital du client (ses besoins, ses exigences et surtout comment l’atteindre pour l’influencer)
-Développer obligatoirement une application pour smartphones (qu’on se le dise: personne ne s’en sépare)
-Respecter l’éthique digitale (confidentialité des données, sécurité)
-Investir dans le réseau et pas dans la technologie.
Enfin, le seul moyen pour que le Maroc digital se développe, ce sont les partenariats public/privé, qui mutualisent les efforts pour atteindre les objectifs de façon plus efficiente et durable.
Les priorités de ces partenariats doivent être en premier lieu la réglementation du secteur, aujourd’hui très faible, car l’e-sécurité est le souci majeur des utilisateurs, surtout quand il s’agit de moyens de paiement.
La bienveillance de ces partenariats doit également porter sur la mise à niveau des infrastructures technologiques des PME pour leur permettre de suivre la tendance.
Finalement, les initiatives du secteur privé doivent se tourner vers la reconversion des réseaux sociaux en vrais outils business, car ce sont là les plus grandes bases de données dans lesquelles le tissu économique peut puiser.
Notons qu’en une journée sur Internet, 8,8 milliards de vue Youtube sont enregistrées, 207 milliards d’emails sont envoyés, 803 milliards de tweets sont postés, et 438 milliards de recherches Google sont effectuées, sans compter les partages, les likes et les commentaires.
Notons également que 90% de la Data du Monde entier n’a été générée qu’entre 2013 et 2015, dont 68% créée par les individus.
Cela confirme l’effervescence que connaît le monde digital en Afrique (4.390 % de croissance en 5 ans) et dont les entreprises doivent profiter.
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