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Violences faites aux femmes: l'Algérie l'a fait

Le Parlement algérien vient d'adopter une loi en la matière. Au Maroc, le projet de loi croupit depuis deux ans dans les tiroirs de l'Exécutif.

Violences faites aux femmes: l'Algérie l'a fait
Amine Belghazi
Le 16 décembre 2015 à 10h18 | Modifié 16 décembre 2015 à 10h18

Les sénateurs algériens ont adopté, le 10 décembre, un projet de loi contre la violence faite aux femmes. Une victoire, selon le ministre de la Justice algérien Tayeb Louh, qui a déclaré aux médias: "Nous avons fait aujourd’hui un pas supplémentaire vers la préservation des droits de la femme en Algérie."

Son homologue marocain, Mustapha Ramid, peut-il en dire autant?

Les chiffres alarmants se heurtent au laxisme du gouvernement

Plusieurs rapports d'ONG soulignent la gravité et l'ampleur du phénomène au niveau national. Le dernier en date, publié par "Oyoune nissaiya", fait état de près de 40.000 cas de violences constatées en 2014, selon des données récoltées auprès des différentes cellules d'écoutes des associations féminines au Maroc.

"La posture adoptée par le gouvernement marocain s'oppose aux recommandations royales émises à l'occasion de la tenue du forum mondial des droits humains à Marrakech et aux orientations de la Constitution marocaine", nous déclare d'emblée Fouzia Assouli, membre de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes. En effet, dans son article 19, la Constitution a officialisé la création de l'autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination.

"Cette instance devrait avoir des représentations au niveau régional. Il est nécessaire de veiller à son autonomie politique, budgétaire et administrative, pour que son efficacité soit effective. Ce qui à ce stade n'est pas garanti, car le Chef du gouvernement détient les larges pouvoirs de nomination au sein de cette instance", ajoute la militante.

Fatima El Maghnaoui, directrice du centre Annajda d’aide pour femmes victimes de violence, se désole de constater que la loi contre la violence faite aux femmes est bloquée dans le circuit. "Le projet de loi qui devait garantir le soutien juridique, la prise en charge, la protection et l'accompagnement des femmes victimes de violences est actuellement enterré. D'ailleurs, le projet de loi 103.13 que la plupart des organisations féminines rejettent, ne comportait pas de préambule."

"On ne sait pas de quel référentiel il s'inspire. De plus, le texte ne considère pas la violence selon la définition universelle, mais se contente de la traiter sous son aspect lié aux mœurs et à la famille, sans prendre en considération les violences inhérentes au genre", nous a déclaré Fatima El Maghanoui.

Les ONG mises à l'écart

A ce stade, on ignore tout de l'issue du projet de loi, soumis précédemment par la ministre de la Solidarité, de la femme et des Affaires sociales Bassima Hakkaoui en Conseil de gouvernement et retiré par le chef de gouvernement pour être amendé. Là encore, les ONG dénoncent un monopole gouvernemental dans la gestion du dossier.

"Abdelilah Benkirane avait nommé une commission composée des ministres de la Justice, et de la Solidarité et de personnes relevant d'autres départements, en excluant les associations féminines du débat, celles-là même qui ont tiré la sonnette d'alarme sur l'urgence de l'adoption d'un texte", dénonce Saida Drissi, militante féministe et vice-présidente de l'Association démocratique des femmes du Maroc, qui s'inquiète également de la prolongation d'une durée de cinq ans l'échéance d'homologation des mariages coutumiers.

"Cette décision est la porte ouverte qui risquera d'aggraver les phénomènes des mariages des mineurs et de la polygamie. Les chiffres continueront d'augmenter l'année prochaine", ajoute notre source.

Le référentiel du PJD est foncièrement liberticide

Le retard accusé par le Maroc dans la lutte contre les différentes formes de violences à l'égard des femmes est intimement lié au projet de société prôné par le PJD. Le militant Ahmed Assid estime que "le référentiel traditionaliste et conservateur du parti au pouvoir conforte la vision archaïque envers la femme".

Il décortique, pour Médias 24, les raisons qui selon lui, poussent le parti au pouvoir à camper sur ses positions: "Le parti au gouvernement considère que la violence est un acquis, que le maintien des valeurs archaïques leur assure un électorat certain, aidé en cela par l'ignorance et l'analphabétisme répandus dans la société marocaine."

Et d'ajouter: "Le PJD essaye d'élargir son pouvoir au sein d'une institution, en maintenant ou en encourageant les formes de violences à l'égard des femmes. Le conservatisme et la vision traditionaliste les arrangent politiquement."

Dans ce bras-de-fer animé qui oppose les associations féminines au gouvernement, il est certain que le rapport de force penche davantage en faveur de l'Exécutif. Toutefois, si nos voisins algériens, avec qui nous partageons les mêmes valeurs, ont réussi le pari d'opter pour une approche orientée vers les droits humains et la dignité, rien ne nous empêche d'espérer en faire autant. Encore faut-il que le parti au pouvoir prenne conscience qu'il n'est pas plus musulman que les autres.

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Amine Belghazi
Le 16 décembre 2015 à 10h18

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