Maghreb Steel conclut un accord de restructuration de sa dette
EXCLUSIF. Un plan de restructuration de la dette globale de Maghreb Steel a été signé mardi avec l’accord de tous les créanciers. Il est l’aboutissement d’un long processus de reprise en main de la société. Premiers détails.
Tous les partenaires financiers de Maghreb Steel, une vingtaine,ont signé mardi 1er décembre l’accord final de restructuration de la dette globale de l’entreprise, apprend Médias 24 de source sûre. Cette information nous a été confirmée auprès de l'entreprise.
Toutes les créances, y compris la tombée à venir de billets de trésorerie, sont incluses dans cet accord. Le volume global de dettes est de 6 milliards de DH environ.
Les créanciers, tout comme le management et l’Etat, espèrent sauver l’entreprise grâce à cet accord, ainsi qu'au nouveau mode de gouvernance et aux mesures de sauvegarde et anti-dumping adoptées par l’Etat.
En septembre 2014, un premier accord tripartite Etat-propriétaires (famille Sekkat)-partenaires financiers, avait été conclu. Le 1er octobre 2014, le nouveau DG, Aamar Drissi, prenait les commandes et la famille Sekkat se retirait de la gestion, dans la foulée.
Le nouveau mode de gouvernance s’appuie sur une direction générale qui gère et applique le plan de sauvetage. Elle est composée de Aamar Drissi, DG et de Amine Louali, DG délégué. Le conseil d’administration se réunit mensuellement. Mais c’est surtout le comité stratégique trimestriel, où siègent les banques créancières, qui contrôle les grandes lignes et prend connaissance des tableaux de bord de gestion.
La famille propriétaire a depuis cette date respecté son engagement d’injecter de nouveaux fonds dans l’entreprise et a apporté des garanties aux créanciers, telles que des hypothèques ou un nantissement sur fonds de commerce.
En avril dernier, la société a réellement commencé à respirer sur le plan de la trésorerie avec la signature d’un protocole inter créanciers qui a permis de débloquer des crédits.
En août dernier, l’Etat a annoncé des mesures de sauvegarde et anti-dumping.
L’accord signé mardi 1er décembre vient couronner ce processus en octroyant plus de marge de manœuvre et de souplesse à la société. Il porte à la fois sur un rééchelonnement des échéances à venir et sur un allègement des intérêts. La prochaine étape sera le visa du CDVM pour la note d'information relative à la transformation des billets de trésorerie en obligations.
Le nouveau management est très optimiste concernant l’avenir de l’entreprise.
Réserves au niveau de la profession
Les perspectives de sauvetage de Maghreb Steel laissent sceptiques plusieurs professionnels contactés par nos soins. Voici une sélection d'arguments avancés par les professionnels pour justifier leur scepticisme:
1-le marché marocain est trop petit. Pour chaque type de produits, il y a une multitude de nuances. Par nuance, on entend une composition chimique particulière (additifs, quantité de carbone, dosages...). Et pour chaque nuance, il y a une multitude de dimensions. Aucune nuance ne peut être mise en production s'il n'y a pas une quantité minimale commandée. Maghreb Steel ne pourra jamais produire la totalité des besoins du marché marocain. Chaque industrie a des besoins spécifiques en nuances et en dimensions.
Selon nos interlocuteurs, si l'on estime le marché à 500.000 tonnes par an, Maghreb Steel ne pourra jamais fournir que 60% soit 300.000 T.
2- Maghreb Steel a une capacité de production de 1,5 million de tonnes et affirme qu'il a une capacité d'export contrariée par la conjoncture. Si l'entreprise est capable d'exporter, pourquoi demande-t-elle des mesures de sauvegarde sur le marché local?
3- L'essentiel de la compétitivité dans la sidérurgie, ce sont les intrants (électricité et fer que le Maroc importe) et la taille. Maghreb Steel ne peut être compétitif dans aucun de ces critères.
4- La protection demandée et obtenue par Maghreb Steel se fait au détriment de l'industrie nationale qui paie désormais plus cher un produit qu'elle peut importer moins cher.
5- L'investissement de Maghreb Steel consiste en gros en une aciérie électrique et deux laminoirs à chaud (un pour les tôles fortes et un pour les bobines). L'aciérié a été arrêtée en 2011 après le démarage. Aujourd'hui, l'entreprise importe des brames et des slabs, au cours international de l'acier et le revend sur le marché local après passage dans l'un de ses deux laminoirs, au prix de l'acier protégé.
L'avenir nous dira ce qu'il en est.
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