“8% des élèves marocains ont le Sida”: le faux chiffre qui a alarmé les parents
Au cours des derniers jours, des chiffres alarmants ont fait irruption sur la place publique concernant la santé des élèves.
Une partie de ces chiffres sont totalement faux. Voici les vrais chiffres.
"8% des élèves et étudiants marocains, âgés de 10 à 24 ans, sont atteints de Sida".
"11,5% des élèves marocains boivent de l'alcool".
Cela fait des titres accrocheurs. Mais c'est faux.
Ces chiffres ont beaucoup circulé au cours des dernières 48 heures et ont fait de gros titres dans la presse marocaine. De nombreux parents se sont alarmés.
En fait, voici ce qu'il faut retenir:
-8% des personnes atteintes de Sida au Maroc sont âgées de moins de 25 ans. Information extraite d'un dépliant et qui n'a rien à voir avec la campagne de dépistage lancée par le ministère de la Santé auprès des jeunes élèves.
-3% des jeunes filles de plus de 15 ans et 8,5% des garçons de plus de 15 ans boivent de l'alcool. Cela ne fait pas 11,5% en global, mais un peu plus de 5% et cela ne concerne pas seulement les élèves.
-La drogue apparaît et semble se développer dans l'environnement des établissements scolaires et les trois ministères, Santé, Intérieur et Education nationale, collaborent pour la contrecarrer.
-Il est important de connaître les grandes tendances de la santé de l'enfant et d'avoir des programmes de prévention.
La campagne nationale de dépistage et de prise en charge des problèmes de santé des élèves a donc été lancée jeudi 19 novembre par Lahoussine Louardi et Rachid Benmokhtar, ministres de la Santé et de l'Education nationale.
Organisée en coopération avec le ministère de l'Education nationale et de la Formation professionnelle durant la période allant du 16 novembre au 26 février 2016, cette campagne qui s'inscrit dans le cadre du Programme national de santé scolaire et universitaire cible un effectif d'environ un million et demi d'enfants représentant les élèves du préscolaire, de la première année du primaire et ceux de la première année de l'enseignement collégial.
"Investir dans la santé des élèves et des étudiants est un investissement dans l'avenir du pays et est un outil efficace pour une bonne santé pour la société tout entière", a affirmé M. Louardi dans une allocution prononcée lors de la cérémonie de lancement de cette campagne.
Objectifs de la campagne:
-Garantir un examen médical systématique global pour les élèves,
-assurer le dépistage des troubles sensoriels (auditifs ou oculaires) et neuropsychiatriques ( épilepsie, trouble de l'activité et de l'attention, trouble de développement, autisme..),
-prendre en charge les différents problèmes de santé dépistés
-et amorcer des actions de sensibilisation des élèves et des enseignants sur l'intérêt d'adopter un mode de vie sain.
Ressources humaines et matérielle mobilisées: plus de 3.200 médecins généralistes, 810 spécialistes, 460 médecins dentistes, près de 9.700 infirmiers œuvrant dans les différents niveaux de l'offre de soins, 260 unités sanitaires mobiles et 20 cliniques mobiles.
Ci-dessous, Dr Najat Gharbi, Chef de la division de la santé scolaire et universitaire au ministère de la Santé publique, expose aux lecteurs de Médias24, les vrais chiffres concernant la santé des élèves:
"Au Maroc, la population scolaire est estimée à près de 7 millions d’individus. En plus de son poids démographique, cette tranche d’âge est caractérisée, comme partout dans le monde, par sa vulnérabilité face à un certain nombre de défis et de menaces.
"L’Organisation Mondiale de la Santé estime que les deux tiers des décès prématurés et le tiers de la charge de morbidité globale chez l’adulte sont liés à des états pathologiques ou à des comportements ayant débuté pendant la jeunesse.
"Dans notre pays, selon les rapports des activités de santé scolaire émanant des différentes provinces et préfectures et les résultats des différentes enquêtes réalisées chez les élèves:
-61 % des élèves souffrent d’affections bucco-dentaires,
-9 % présentent une déficience de l’acuité visuelle,
-29 % ont eu des maladies infectieuses telles les angines, ou la grippe,
-2% sont touchés par des maladies non transmissibles comme l’asthme ou le rhumatisme articulaire aigu.
"Ces mêmes sources ont fait ressortir aussi que:
-15,5 % des élèves fument,
-3% ont touché aux substances psychoactives,
-14,6% sont en surpoids, 26% sont sédentaires,
-29,7% ont été victimes de violences en milieu scolaire
-et 16 % ont fait des tentatives de suicide.
"D’un autre côté, les jeunes marocains d’aujourd’hui sont de plus en plus exposés à des changements socio-économiques et culturels, ce qui impose un encadrement institutionnel et multidimensionnel.
"Considérant l’importance de la prévention et de l’adoption d’un mode de vie sain et après un diagnostic de la situation qui a permis d’identifier les besoins des adolescents et des jeunes dans le domaine de la santé, le Ministère de la Santé a développé avec ses partenaires une Stratégie Nationale multisectorielle et intégrée de Santé Scolaire et Universitaire et une Stratégie de Promotion de la Santé des Jeunes.
"Sept domaines d’intervention visant à entreprendre une action compréhensive, globale et intégrée répondant aux divers besoins exprimés par cette population ont été identifiés, il s’agit du:
-Renforcement du cadre organisationnel et partenarial,
-Amélioration de la prise en charge des cas dépistés en milieu scolaire
-Développement de programmes de promotion du mode de vie sain et de prévention des affections buccodentaires,
-Contribution à l’amélioration des conditions d’hygiène et de sécurité dans les établissements scolaires et universitaires,
-Développement et renforcement des prestations et services d’information, d’écoute et d’orientation
-Renforcement des compétences des professionnels de santé
-Développement d'approches institutionnelles, intersectorielles et communautaires garantissant le droit des jeunes à l'information et à la participation en matière de la santé,
-Renforcement du suivi évaluation et de la recherche
"Par ailleurs, vu que le développement des jeunes reste fortement influencé par leur environnement (logement, voisinage, revenus de la famille, niveau d'instruction des parents, accès à des aliments nutritifs et à la pratique d’activité physique, patrimoine génétique et accès aux soins de santé), la préservation de leur capital santé n’est pas une responsabilité qui incombe au seul secteur de la santé.
"A cet égard, le Ministère de la Santé a conclu en 2012 une convention cadre, de partenariat avec les départements de l’Intérieur, de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Jeunesse et Sports. Cette convention vise le renforcement de la collaboration et de la coordination, le partage de connaissances, d'expertise et de compétences, entre les différents secteurs en vue d’une mutualisation des ressources matérielles et humaines.
"Pour allier les différentes formes de collaboration et afin d’assurer la pérennité et la continuité des interventions, un plan d’action intersectoriel 2013-2016 concrétisant le but fédérateur sur lequel les partenaires s’entendent a été élaboré et signé par les cinq ministres partenaires en février 2013".
*Dr Najat Gharbi est chef de la division de la santé scolaire et universitaire. Ministère de la Santé publique.
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