800 associations se mobilisent au sujet de l’officialisation de la langue amazighe
800 associations ont adressé un mémorandum à toutes les instances politiques pour mettre en œuvre le statut officiel de la langue amazighe et des lois organiques afférentes.
Meryam Demnati, militante du mouvement amazigh salue cette grande première et nous fait part de la détermination de cette coalition.
Lors d’une conférence de presse tenue ce mardi 3 novembre à Rabat, 800 associations de droits humains, de droits des femmes et de défense de la cause amazighe ont adressé leurs revendications aux partis politiques, aux institutions gouvernementales et nationales ainsi qu’aux parlementaires.
Contenu du mémorandum
Après avoir longuement constaté et illustré le retard pris depuis 2011 dans la mise en œuvre effective du statut officiel de la langue amazighe, le mémorandum fait part de plusieurs exigences:
-Mettre fin à la discrimination entre les deux langues officielles, arabe et amazighe;
-Faire bénéficier les Marocains de l’apport scientifique, littéraire, artistique et philosophique de la langue amazighe en institutionnalisant celle-ci;
-Fournir les conditions nécessaires pour en faire un point de passage obligé dans l'exercice de fonctions professionnelles (plaidoiries en amazighe...);
-L’inclure dans tous les secteurs de la vie publique (éducation, médias…);
-Rendre indissociable l’amazigh du système des valeurs culturelles pour la justice, l’égalité et la dignité (levier pour le succès de la transition vers la démocratie du Maroc).
Pour y parvenir, le mémorandum propose les solutions suivantes:
-Donner la priorité au niveau des lois organiques à la mise en œuvre de son statut officiel de langue;
-Reconnaître que la langue amazighe et la langue arabe sont égales dans toutes les institutions de l'Etat et les différentes sphères de la vie publique;
-Renforcer le bilinguisme officiel dans les divers secteurs et domaines de la vie publique;
-Faire bénéficier les langues arabe et amazighe des mêmes ressources financières et humaines dans tous les secteurs
-Créer des institutions pour accompagner la mise en œuvre des étapes des lois organiques relatives à l’amazighité dans les différents ministères et secteurs gouvernementaux;
-Renforcer les acquis éducatifs et didactiques et standardiser la langue amazighe en la transcrivant dans son alphabet originel "tifinagh";
-Délimiter des échéances précises et prévoir une planification, dans un délai raisonnable.
Au final, ce qui mobilise cette coalition, c'est la mise en oeuvre effective du caractère officiel de la langue amazighe. Cela inclut les conditions de cette mise en oeuvre et en particulier l'égalité parfaite entre le statut, l'usage et les moyens mis à la dispositon de chacune des deux langues officielles.
Jointe par notre rédaction, la militante Meryam Demnati déclare que cette initiative civile est une grande première au Maroc par son contenu et par le nombre élevé de ses initiateurs (800).
Meryam Demnati: le combat continue
"Ce mémorandum n’est cependant qu’une première étape pour faire aboutir l’officialisation effective de la langue amazighe dans la vie des Marocains. Dans les jours à venir, nous allons mener d’autres actions partout au Maroc pour alimenter la pression autour de ce mémorandum."
La coalition des 800 associations se livrera à un travail de lobbying en ciblant les politiques jugés responsables du retard de l’officialisation (PJD) ainsi que ceux pouvant appuyer la cause amazighe (MP et PPS).
A la question de savoir ce qui retarde la mise en œuvre effective de la langue amazighe, notre interlocutrice répond que le gouvernement et le PJD à sa tête n’ont pas fait preuve de bonne volonté.
"Le chef de file de la majorité bloque les choses comme il le fait avec le dossier des femmes. Ils n’ont même pas mis sur pied une commission pour ébaucher des discussions sur l’adoption des lois organiques afférentes à ce sujet. Le PJD a toujours montré une opposition farouche à l’officialisation de cette langue. Ils ne veulent pas comprendre ou admettre son statut officiel consacré par la Constitution."
Grâce à la mobilisation des associations de droits humains et des femmes au mouvement amazigh, Meryam Demnati espère cependant que la loi organique sera adoptée avant fin 2016 soit au terme du mandat du gouvernement Benkirane.
"Si ce n’est pas le cas, il aura des comptes à rendre car nous mettrons en œuvre tous les moyens de pression dont nous disposons. Nous avons désormais de nombreux partenaires pour nous aider. Nous sommes un mouvement de pression mais aussi une force de proposition exigeant d’être impliquée dans le processus de l’officialisation."
Malgré la mobilisation quantitative de 800 associations pour faire avancer la cause amazighe, notre interlocutrice reconnait que le chemin sera long et parsemé de nombreuses résistances sur le terrain.
"Nous continuerons notre combat pour faire en sorte qu'il y ait un plan et des délais raisonnables. Une fois adoptée, la loi organique devra stipuler un échéancier précis de mise en œuvre. Nous pensons que la concrétisation de notre cause commune sera effective dans les années à venir pour que l’amazigh soit traité comme une langue officielle et pas comme une langue qui dérange."
à lire aussi
Article : Libre-échange. Pourquoi le Maroc doit bien négocier ses prochains accords
ROUND-UP. Le Maroc a déjà largement ouvert son économie à travers plusieurs accords de libre-échange. De nouveaux dossiers sont aujourd’hui sur la table, notamment avec le Chili, le Pérou, la Chine ou la République de Corée. L’enjeu est désormais de mieux négocier ces partenariats, afin d’en tirer le maximum sans fragiliser le tissu productif national.
Article : Mont Tropic : une étude confirme le potentiel des phosphates sous-marins au cœur du bras de fer Maroc-Espagne
Situé dans l’Atlantique nord-est, au sud des Canaries et à l’ouest des côtes du Sahara, le mont Tropic fait l’objet d’une nouvelle étude européenne qui confirme la qualité de ses phosphates sous-marins, comparables à des gisements exploités à terre. Mais l’intérêt du site ne s’arrête pas à la roche phosphatée : ces dépôts semblent avoir favorisé l’accumulation de cobalt, de manganèse, de terres rares et d’yttrium, dans une zone encore suspendue à la délimitation maritime entre Rabat et Madrid.
Article : Streaming sportif : comment TOD veut révolutionner le visionnage des matchs au Maroc face à l'IPTV
Dans un entretien accordé à Médias24, Peter Mrkic, directeur général de TOD by beIN, détaille la feuille de route de la plateforme de streaming au Maroc. Alors que le service bénéficie désormais d'un cadre réglementaire stabilisé par l'autorisation de la HACA, le dirigeant revient sur les enjeux de pénétration du marché, la concurrence de l'informel et les défis techniques liés à la diffusion en direct du streaming.
Article : Hydraulique : Amiblu Maroc inaugure à Nouaceur une nouvelle ligne de production de 160 MDH
Cette extension doit porter la capacité annuelle de l’usine à environ 650 km de conduites et permettre la création de 58 emplois directs et plus de 200 emplois indirects.
Article : Coupe du monde 2026. Analyse de la formidable qualification du Maroc contre les Pays-Bas
Enthousiastes, parfois fragiles en profondeur et épatants à la fois, les Lions de l’Atlas ont renversé les Néerlandais en seizième de finale, dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 juin à Monterrey, au Mexique. Combatifs, les hommes de Mohamed Ouahbi ont réussi à éteindre leurs adversaires grâce à un plan de jeu où la prudence a laissé place à l’ambition au fil des minutes.
Article : Nutrition : le HCP et la FAO lancent la première Table marocaine de composition des aliments
Ce référentiel recense 1.001 aliments consommés au Maroc, dont des plats traditionnels, et les décrit à travers 43 constituants. Il doit permettre de convertir les quantités déclarées par les ménages en apports énergétiques fiables, afin de mieux suivre les carences, les excès et les disparités alimentaires.