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Freedom House passe au crible la liberté d’internet au Maroc

Sur l’année 2014/2015, l’ONG considère que la liberté d’internet a stagné au Maroc et dresse un tableau assez sombre de la situation.  

Freedom House passe au crible la liberté d’internet au Maroc
Ariane Salem
Le 30 octobre 2015 à 10h41 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Lakome, Ali Lmrabet, Hacking team, Goud… Ces événements qui ont agité le monde de la presse entre juin 2014 et mai 2015 sont tous présents dans le rapport mondial sur internet de Freedom house, ONG traquant la situation des droits civils et politiques dans le monde. 

Si l’ONG constate certaines avancées, dans l’ensemble le tableau dressé est très sombre. 

L’ONG s’alarme des limitations de contenu sur internet, et tout particulièrement du contenu de la presse. Si le site de presse digitale Lakome a été réactivé, pèse toujours sur son directeur de publication Ali Anouzla les charges de terrorisme. Depuis, aucune publication n’a été bloquée. Toutefois, l’ONG estime que si les autorités ne bloquent pas directement les contenus en ligne, une atmosphère générale de peur a permis de généraliser l’autocensure.

Cette culture de la peur se matérialise par des attaques personnelles et des critiques outrancières contre les activistes et les faiseurs d’opinion sur internet en provenance de "trolls" des médias sociaux. L’ONG soupçonne que ces commentateurs ont accès aux outils de surveillance, et sont dirigés par le gouvernement. 

De l’avis de l’ONG, l’instrument le plus dangereux dans les mains du régime est la surveillance digitale des activistes. La révélation par des whistleblowers de l’acquisition de logiciels malware par l’Etat marocain a confirmé les accusations d’activistes qui se disaient espionnés.

D’après les investigations de revues étrangères, le Maroc est le client de sociétés comme Hacking team ou Amesys bull, concepteurs de logiciels capables de surveiller conversations mails, vidéos et divers contenus cryptés d’une adresse IP ciblée. 

Celle-ci accuse également le gouvernement d’user de pressions financières, à travers les revenus de la publicité, pour pousser les publications de presse écrite les plus franches vers la fermeture ou la faillite. Elle salue toutefois la possibilité qu’ont les médias digitaux d’accepter de la publicité et des investissements d’origine étrangère, cruciale pour maintenir une diversité des sources des revenus. 

Sur le plan légal, Freedom house estime que certaines lois pèsent comme une épée de Damoclès sur la tête des journalistes, comme l’article 38 du code de la presse qui proscrit l’incitation à commettre un crime, ou les articles 41, 45, 46 et 47 sur les offenses et diffamations faites aux institutions.

Elle reconnaît toutefois l’effort de modernisation du code de la presse, en projet chez le ministère de la Communication, qui élimine les sentences de prison pour les journalistes. Elle remarque que certaines publications, comme Goud ou Badil, ont récemment fait les frais d’une condamnation pour diffamation, résultant en de très lourdes sanctions financières. 

Côté positif, l’accès à internet s’est continuellement amélioré à travers l’équipement en téléphones mobiles et la pénétration des abonnements internet. Toutefois, l’accès demeure limité aux segments urbains et éduqués de la population marocaine. L’ONG déplore dès lors que les télécoms n’assument par leur rôle de service public. 

Freedom house note également le fort appétit des Marocains pour les médias sociaux et les portails d’information domestiques. Elle rappelle qu’en 2015, trois portails d’information figuraient parmi le top 10 des sites les plus visités.

L'ONG constate la relative importance de l’activisme digital au Maroc, qui a pu conduire notamment à la démission du ministre des Sports, en créant un tollé autour des inondations du stade de Rabat.

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Ariane Salem
Le 30 octobre 2015 à 10h41

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