On attendait Bakkoury, ce fut Ilyass
Bakkoury était le grand absent de la conférence de presse du PAM où Ilyas El Omari a affirmé que la poussée du PJD a été largement contenue.
On attendait avec curiosité la première sortie médiatique du PAM. Selon tous les témoignages, au cours de la soirée du 4 septembre, les dirigeants du parti ont passé un mauvais quart d’heure et ont vécu le raz-de-marée du PJD dans les grandes villes comme une défaite. Ils s’attendaient à de meilleurs résultats de leurs listes dans les centres urbains mais beaucoup d’entre elles ont fait de mauvais scores.
Alors que tout le monde attendait Mustapha Bakkoury pour la conférence de presse du PAM, c’est un Ilyas El Omari guilleret qui s’est présenté aux journalistes, samedi 5 septembre. Officiellement, Mustapha Bakkoury était occupé par une région des leaders de l'opposition.
Pour Ilyass El Omari, “malgré le pessimisme ambiant“, il n’avait jamais douté de la première place de son parti.
«Tout comme en 2009, les résultats finaux nous donnent premier en termes d’élus alors que sur nos 18.000 candidats, 12.000 d’entre eux ne s’étaient jamais présentés à des scrutins électoraux», affirme El Omari.
Selon lui, la raison de la victoire tient au fait que le PAM a renouvelé totalement son offre politique avec un maximum de nouveaux venus en politique, de femmes, de jeunes et de gens éduqués.
«Regardez autour de vous, depuis les élections de 2009, nous avons renouvelé 90% de nos effectifs.»
Ilyas El Omari a ensuite tenu à tempérer les déclarations de victoire et de raz-de-marée du PJD: «Comment peut-on parler de sa victoire alors qu’aux communales, il se classe 3e derrière nous et l’Istiqlal et qu’aux régionales, lui et ses alliés n’ont remporté que 4 régions sur les 12 que compte notre pays?».
Cette lecture n’est pas totalement conforme à la réalité. Pour les régionales, en nombre de sièges, le PJD arrive en tête. Omari ne peut pas retenir le critère du nombre de sièges pour les communales et l’ignorer pour les régionales.
Omari qui était tête de liste à Al Hoceima pour les régionales, est le mieux placé pour devenir président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Mais les listes PAM dans la région n’ont obtenu que 18 sièges sur les 63 du futur conseil.
Par contre, les quatre partis d’opposition réunissent 32 voix sur 63 dans cette région et peuvent décider de la présidence de la région. Le PAM a obtenu 18 sièges, l’Istiqlal 7, l’USFP 5 et l’UC 2.
Par ailleurs, le PAM qui se présente comme une alternative au PJD, a été défait par ce dernier dans les grands centres urbains et même à Marrakech, fief du PAM.
Paroles, paroles,…
Le secrétaire général adjoint a poursuivi que son parti n’avait pas fait l’objet d’un vote sanction:
«Contrairement aux déclarations d’adversaires qui nous prédisent de disparaître du champ politique marocain, nous n’avons pas perdu aucune bataille car en termes de votants, nous n’avons perdu aucune voix depuis 2009. De plus, même si le PAM avait été le grand perdant de ces élections, cela ne m’aurait pas gêné car l’échec doit déboucher sur un électrochoc salutaire».
A la question de savoir si des alliances PAM-PJD pourraient voir le jour d’ici le 19 septembre (date d’élection au suffrage indirect des présidents de communes et de régions), le SG adjoint conclut:
«La seule ligne rouge avec ce parti est l’utilisation de la religion à des fins politiques. Même si nous sommes les gagnants, nous préférons ne pas insulter l’avenir, ma réponse est donc, ni un oui définitif, ni un refus tout aussi définitif».
Le PAM est né dans les conditions que l’on sait, en 2008. En 2009, il a gagné des élections communales qui ne se déroulaient pas selon les mêmes critères de transparence et de liberté qu’aujourd’hui et c’est un euphémisme.
L’enjeu de ces élections de 2015 était essentiel pour le PAM. C’était un test. Pour le moment, le résultat n’est pas totalement probant. Le PAM n’est pas arrivé à réaliser un ancrage dans les villes. Les résultats le montrent, comme le montraient les meetings du parti pendant la campagne.
Comme dans tout parti, la défaite provoque des tensions et met à nu les contradictions. Ici, elle met en évidence le bicéphalisme. Ilyas El Omari a préparé les élections pour le parti. Il est responsable du résultat. Pourquoi a-t-il pris la parole plutôt que Bakkoury? Pourquoi ce dernier était-il absent ? Chercherait-on à lui faire porter un chapeau trop grand pour lui?
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