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ECONOMIE

Contre la pauvreté et la sous-nutrition, l’aide directe est désormais préconisée

FAO, FIDA et PAM présentent un rapport visant l’objectif “zéro faim“. Le Maroc est cité : 218 M$ par an sont nécessaires pour éradiquer la pauvreté et la sous-nutrition.

Contre la pauvreté et la sous-nutrition, l’aide directe est désormais préconisée
Ariane Salem
Le 20 juillet 2015 à 16h06 | Modifié 20 juillet 2015 à 16h06

La FAO (organisation des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture), la FIDA (Fonds International de Développement Agricole) et le PAM (Programme Alimentaire Mondial) préparent l’agenda post 2015. Les trois agences alimentaires ont présenté leur rapport «Atteindre l’objectif zéro faim» à la 3e conférence internationale sur le financement du développement à Addis Abbeba tenue du 13 au 16 juillet 2015. 

800 millions de personnes souffrent encore de faim à travers le monde. Les agences alimentaires recommandent de façon inédite de résoudre la faim et l’extrême pauvreté endémique à travers des transferts financiers directs en direction des populations affectées.

Les programmes d’aides internationales ont en effet jusqu’à présent plutôt prôné «l’empowerment» (habilitation, développement des capacités) des populations démunies à travers l’aide indirecte, par des programmes de soutien à l’investissement, de formation, etc. 

Selon leur évaluation, il faudra 160 dollars par personne et par an pour éradiquer durablement la faim. Cette somme que doivent engager les Etats, combine des transferts sociaux et des investissements en direction des populations les plus pauvres leur permettant de générer des revenus durables. L’investissement global représente par an 0,3% du PIB mondial.

A l’échelle marocaine où les personnes en état de sous-nutrition représentent moins de 5% de la population, le coût de son éradication est évalué à 0,18% du PIB. 

La sous-alimentation ou sous-nutrition est définie par la FAO comme l'état, se prolongeant au moins un an, durant lequel une personne ne parvient pas à se procurer assez de nourriture pour satisfaire les besoins énergétiques alimentaires quotidiens. La faim est synonyme de sous-alimentation chronique.

Le coût de «Zéro faim dans le monde» d’ici 2030

Cela peut paraître évident, mais pour éliminer la faim dans le monde, il faut sortir les gens de l’extrême pauvreté. C’est en résumé le constat que dégagent les instances onusiennes de lutte contre la faim dans leur rapport. 

Le seuil de pauvreté extrême est fixé à 1,25$ par jour. Au-dessus de ce seuil, les individus sont réputés pouvoir satisfaire leurs besoins élémentaires. On peut raisonnablement penser que l’extrême pauvreté est un bon indicateur de la population en sous-nutrition. Elever la condition financière de ces individus permettra ainsi de les sortir durablement de la sous-nutrition. 

Dans le rapport présenté à Addis Abbeba, les organes onusiens ont estimé les investissements nécessaires pour éliminer la faim dans le monde d’ici 2030. Sortir les individus de l’extrême pauvreté et de la sous-nutrition requiert une combinaison de protection sociale et d’investissements ciblés en direction des populations pauvres. 

L’extrême pauvreté peut être immédiatement éliminée à travers des transferts visant à couvrir le gap de pauvreté. Avec un revenu minimum de 1,25$, les individus peuvent couvrir leurs besoins alimentaires basiques, diversifier leur alimentation, et ainsi lutter contre la «faim cachée», c’est-à-dire  les carences nutritives chroniques. Avec cette somme, les personnes ciblées peuvent durablement augmenter leur capacité productive. 

A moyen terme, les investissements ciblés vers les populations pauvres doivent leur permettre de surmonter la pauvreté et d’améliorer leurs revenus durablement, pour que progressivement les transferts sociaux ne soient plus nécessaires. Parce que 78% des pauvres vivent en zone rurale, les investissements publics doivent cibler en priorité cette zone et le secteur agricole.

210 M$ nécessaires pour le Maroc

 Le coût global de ces transferts et des investissements accélérateurs de croissance en direction des pauvres est estimé pour chaque pays. Au Maroc, le coût des transferts sociaux et des investissements nécessaires est évalué à près de 210 M$ par an, soit 0,18% du PIB:

- Les transferts sociaux nécessaires pour éradiquer l’extrême pauvreté compteront pour 202 M$ par an jusqu’en 2030 soit 0,17% du PIB. Le coût de ce filet social universel assurant à tous un revenu minimum de 1,25$ est équivalent à 0,59% des dépenses publiques. Pour une politique sociale plus audacieuse qui élève le revenu de tous à un minimum de 2$ par jour, au-dessus du seuil de pauvreté, 746 M$ de transferts sociaux sont nécessaires au Maroc soit 0,64% du PIB. 

A l’échelle mondiale, les mesures de protection sociale auraient un coût supplémentaire de 116 milliards de dollars par an (75 milliards pour les zones rurales et 41 milliards pour les zones urbaines).  A quoi il faut ajouter 151 milliards de dollars pour les allouer aux investissements en faveur des plus pauvres (105 milliards pour le développement rural et l'agriculture et 46 milliards pour les zones urbaines).

La combinaison protection sociale et investissements porte le prix total de l’éradication de la faim et de l’extrême pauvreté à 267 milliards de dollars par an, soit 0,3% du PIB mondial, ou 160 dollars par an par personne. Ce prix peut paraître dérisoire, et pourtant si l’on maintient le statu quo, il y’aura encore 650 Millions de personnes qui souffriront de faim en 2030, contre 795 millions aujourd’hui. 

Des investissements pour briser le cercle vicieux de la pauvreté

Les investissements nécessaires sont destinés à stimuler la génération de revenus parmi les personnes dans le besoin et prendre le relais des filets sociaux.

Selon les auteurs du rapport, le gros des investissements devrait normalement provenir du secteur privé, en particulier les agriculteurs. La mise en place de transferts sociaux doit permettre de dégager à terme une meilleure capacité productive puis de l’épargne et des investissements productifs. 

Toutefois, les investissements privés doivent être complétés par des investissements supplémentaires du secteur public dans les infrastructures rurales, le transport, la santé et l'éducation.

Dans les zones rurales, les investissements publics en faveur des plus pauvres devraient cibler l'irrigation à petite échelle et d'autres infrastructures bénéficiant aux petits paysans.

Ils pourraient inclure des mesures telles que la transformation des aliments pour réduire les déchets et les pertes après récolte, ainsi que des dispositifs institutionnels plus vigoureux pour la terre et la propriété de l'eau, les facilités de crédit, la législation du travail et d'autres domaines. Ces investissements doivent cibler en priorité les groupes marginalisés, en particulier les femmes et les enfants. 

Dans les zones urbaines, les investissements pourraient, par exemple, cibler les compétences entrepreneuriales et autres, notamment l'artisanat, et garantir des contrats de travail équitables, des facilités de crédit, des logements ainsi que des services liés à la nutrition.

Où en sommes-nous en 2015?

Les dernières estimations indiquent que 795 millions d’individus dans le monde - près d’une personne sur neuf - sont victimes de sous-nutrition.

Depuis la période 1990-92, 216 millions de personnes sont sorties de la sous-nutrition. 

Au Maroc, le fléau de la sous-nutrition est moins rude, puisque moins de 5% de la population en est victime. Toutefois, le Maroc n'a pas atteint l'ensemble de ses engagements en matière de lutte contre la faim.

Le Royaume a réussi à réduire de moitié la proportion de personnes en état de sous-nutrition en 2015 (cible de l'OMD). Mais en valeur absolue, c’est-à-dire en nombre, il n'est pas parvenu à en réduire le nombre de moitié et n'y parviendra pas d'ici 2020 (cible du WFS). 

L’année 2015 marque en effet l’échéance de deux programmes internationaux ciblés de réduction de la faim dans le monde. Au sommet mondial de l’alimentation (WFS) de 1996, les Etats se sont engagés à éradiquer la faim, avec un premier objectif de réduire de moitié le nombre présent de personnes en sous-nutrition d’ici 2015.

En 2001, les 189 Etats membres de l’ONU ont formulé 8 objectifs millénaires du développement (OMD), parmi lesquels l’éradication de la faim. Les Etats se sont assignés comme cible la division par deux de la proportion du nombre de personnes sous-nourries en 1990 d’ici 2015. En prenant en compte la croissance de la population sur 25 ans, la cible de l’OMD est donc moins-disante par rapport à celle du WFS.

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Ariane Salem
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