Al Omrane: un logement à 140.000 DH peut-il être de qualité?
La convention signée ce mercredi 8 juillet entre Al Omrane, le ministère de l’Habitat, et l’Union nationale des petits promoteurs immobiliers pour la construction de logements à 140.000 DH, suscite des interrogations quant à la qualité de ces appartements.
Ce programme gouvernemental vise la construction de 130.000 logements de 50 à 65 m² à faible coût au prix de 140.000 DH l’unité, destinés aux ménages à faibles revenus. L’objectif de ce programme est essentiellement la lutte contre les bidonvilles dans les villes et centres urbains.
Bien que l’initiative soit louable, le prix de ces logements est étrangement bas comparé aux prix des logements sociaux sur le marché immobilier qui coûtent officiellement 250.000 DH et dans la réalité 290.000 DH à 300.000 DH. Ces derniers font déjà l’objet de nombreuses critiques quant à leur qualité.
Comment le groupe Al Omrane parviendra t-il à assurer un logement de qualité à ce prix?
Selon Ahmed Bouhmid, président de l’Union nationale des petits promoteurs immobiliers, partenaire de cette convention, il y a 4 raisons à cela:
1- Le coût du foncier: La convention signée est un partenariat public-privé. Pour encourager ce partenariat et réaliser ce programme, Al Omrane mettra à la disposition des petits promoteurs immobiliers des fonciers à prix coûtant. L’immobilière étatique ne fera aucun bénéfice sur ces terrains. En effet, le groupe focalise 85% de son activité sur la réalisation des programmes de l’Etat.
2- La péréquation: «Lorsque nous faisons le calcul, nous nous trouvons perdants dans la construction de ces logements à 140.000 DH», avance M. Bouhmid dans un entretien avec Médias 24.
Comment Al Omrane arrive alors à persuader les promoteurs immobiliers? La réponse est la logique de la péréquation. Le groupe cèdera aux promoteurs privés des terrains pour y développer des programmes mixtes comprenant 60 à 70% de logements à 140.000 DH, mais également des logements sociaux et de moyen standing. C’est grâce à ces derniers que les promoteurs pourront dégager des bénéfices.
«La marge bénéficiaire se situe entre 8 et 10%» d’après M. Bouhmid. Une marge dont la modicité qui explique l’indifférence des grands promoteurs immobiliers de ce programme.
3- Une exonération totale des impôts: Pour inciter davantage les promoteurs immobiliers à s’inscrire dans ce programme, le gouvernement accorde une exonération totale des impôts et taxes en faveur de ces promoteurs, sur ces programmes.
4- Un défi social: La rentabilité minime dégagée par ce programme pour les promoteurs immobiliers est loin d’être suffisante pour se lancer dans ce projet selon Ahmed Bouhmid «Vu la rentabilité dégagée par ce projet, il faut vraiment avoir de l’envie et se soucier de garantir un logement respectable aux personnes défavorisées. C’est un challenge social avant tout.»
Offrir un logement respectable est l’objectif. «Nous sommes réalistes. Nous savons qu’avec 140.000 DH, nous n’allons pas offrir le luxe. Mais nous allons garantir un logement de qualité respectable.»
Sur le papier, la convention ne présente que des avantages, mais M. Bouhmid craint des procédures administratives compliquées. «Sur le terrain, nous rencontrons un vrai problème dans les procédures administratives et les autorisations de construction. Il faudra les simplifier, sinon les promoteurs finiront par baisser les bras.»
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