Gamesa affûte ses armes pour s’imposer dans l’éolien marocain
L’entreprise espagnole déjà bien implantée au Maroc veut remporter le prochain appel d’offres de 850 MW répartis en 5 parcs.
Gamesa, turbinier espagnol depuis 20 ans, 2e fournisseur d’éolien au Maroc avec une capacité installée de 237 MW sur 787 MW, a présenté son offre technique en septembre à l’ONEE pour le plan intégré éolien de 850 MW.
Aujourd’hui, la société tente de faire connaître son offre au plus grand nombre et a organisé pour cela un déplacement dans ses ateliers en Espagne. Objectif : démontrer que son offre ést la plus adaptée aux besoins d’un pays émergent comme le Maroc.
Offrir une énergie propre à prix très compétitif
Le directeur marketing de Gamesa, Juan Diego Diaz, ne s’y est pas trompé : l’enjeu du renouvelable en pays émergent n’est pas celui des pays développés. Un pays comme le Maroc recherche avant tout à acquérir son indépendance énergétique au prix le plus compétitif, quand les pays développés mettent en priorité l’acquisition d’une énergie propre, à fort contenu technologique, et donc plus chère.
C’est pourquoi l’ONEE a choisi de présenter le plan intégré de 850 MW en un bloc afin de retenir l’offre la plus compétitive. La taille très importante des parcs par rapport à ce qui se fait ailleurs dans le monde (15 MW/parc en moyenne en France, 50 MW/parc en Chine) se justifie également par la recherche d’économie d’échelles pour un coût énergétique le plus bas possible. Ce plan éolien d’une très grande envergure qui permettra au Maroc de plus que doubler ses capacités énergétiques dérivées de l’éolien.
Ce projet présente donc pour le consortium qui le remportera l’opportunité de s’implanter comme un fournisseur énergétique de premier plan au Maroc, et ouvre de plus grandes perspectives, puisqu’un nouvel appel d’offres devrait suivre de 1.000 MW avant 2020 qui complètera le plan éolien.
L’appel d’offre en BOT (build, operate, transfer) pour le plan éolien intégré comporte l’installation de 5 parcs éoliens d’une capacité totale de 850 MW répartis comme suit :
-Tanger II (100 MW),
-Boujdour (100 MW),
-Tiskrad (300 MW),
-Midelt (150 MW),
-Jbel Lahdid (200 MW).
Des éoliennes de 2 à 5 MW
Gamesa forme pour la première fois un consortium avec l’opérateur électrique saoudien Acwa Power – l’adjudicateur des premières phases de Noor. Pour répondre aux critères posés par l’appel d’offres (l’adjudicateur sera sélectionné à 85% sur la compétitivité de l’offre, à 15% sur la force du plan industriel), le constructeur espagnol propose d’équiper les parcs d’éoliennes de 2 MW d’un diamètre de 114 m, une technologie élue meilleure éolienne en 2014 par le magazine spécialisé Windpower Monthly.
Pour le parc de Tanger, les conditions topographiques plus complexes exigent une plus grande concentration des fermes éoliennes, c’est pourquoi Gamesa a sélectionné sa turbine qui présente le meilleur rendement par unité, une éolienne de 5 MW pour un diamètre de 128 m.
Au moins 1.000 MW pour installer une usine
La question qui vient en second est la force de la proposition industrielle. Où le constructeur éolien compte localiser sa chaîne d’approvisionnements ? Pour l’ONEE et le constructeur espagnol, cette question est secondaire : le critère de la localisation de l’approvisionnement pèse pour 15% dans le choix final de l’adjudicateur.
Pourtant, cette industrialisation locale est une aubaine pour renforcer le tissu industriel marocain, en termes de création d’emplois et de transfert de savoir-faire. Les responsables de Gamesa le répètent : le volume d’affaires doit être suffisant pour localiser la chaîne d’approvisionnements sur le sol marocain. En dessous de 1.000 MW par an, la construction éolienne ne justifie pas d’installation d’usines de fabrication des composants.
En revanche si la solution la plus compétitive est la localisation, Gamesa est tout disposé à investir, soit en propre, soit en joint-venture avec une société marocaine avec transfert de technologie.
La solution proposée pour le plan de 850MW est l’installation d’une usine de pales avec un partenaire local. Cette installation devient rentable à partir de 500 MW/an. Le volume d’affaires idéal est de 1.000MW.
Une usine pour le marché local et pour l’export
Un calcul simple met en évidence l’appétit du groupe en Afrique. Pour un volume d’affaires rentable de 1.000 MW/an, l’usine de pâles approvisionnera nécessairement plus que les 5 parcs déjà prévus. Peut-être vise-t-elle la deuxième tranche de 1. 000 MW prévue par le plan éolien, ou d’autres marchés ?
Gamesa semble donc confiant pour l’avenir de l’éolien au Maroc, suivant sa stratégie entamée avec DLM. Le Maroc pourrait en effet être un hub de construction pourl’Afrique et le Maghreb. La Tunisie et l’Egypte sont des clients importants, les pâles pourraient désormais être livrées du Maroc. L’exportation vers l’Europe est également envisagée. Encore faut-il soulever les coûts logistiques importants, qui peuvent représenter 20 à 50% du coût d’investissement. Le choix d’une localisation à proximité de Tanger Med intervient évidemment dans ce calcul.
Le transfert de technologie sera limité
Cette offre est-elle suffisante ? Cette localisation devrait créer une centaine d’emplois directs et indirects. Le transfert de technologie sera limité, il s’agit avant tout d’une usine d’assemblage, même si les pales intègrent des matériaux pointus technologiquement. Le cœur technologique de l’éolienne – le système de contrôle et le plan de transmission des charges – est un savoir qui reste préservé par Gamesa. Toutefois, la société espagnole n’exclut pas d’intégrer d’autres composants sourcés localement, dans le câblage ou les générateurs, mais ne peut livrer plus de détail tant que l’appel d’offres est en cours.
Gamesa, premier éolien au Maroc
Gamesa fait valoir également sa grande expérience des marchés émergents et en particulier du marché marocain. Premier équipementier éolien dans les pays émergents, ce fut également le premier à pénétrer le marché marocain.
En 2005, Gamesa noue un partenariat avec Lafarge pour équiper son usine de Tétouan. En 2007, Gamesa signe un accord de fourniture avec l’ONEE pour une capacité installée de 60,4 MW à Essaouira.
Dès 2004, Gamesa prend conscience des opportunités d’un développement industriel au Maroc. Il conclut dès cette date un partenariat technologique avec le spécialiste de la métallurgie lourde DLM (Delattre Levivier Maroc) pour la construction de tour éolienne à Casablanca.
Gamesa transfère sa technologie au constructeur marocain, lequel fournira désormais la société espagnole mais également d’autres constructeurs comme Siemens ou Alsthom.
Aujourd’hui, Gamesa a fourni et opère 5 parcs éoliens au Maroc pour une capacité installée de 238 MW dont 200 MW pour l’ONEE. La maintenance de ces parcs est confiée à des opérateurs locaux formés par la société. Gamesa est le 2e fournisseur éolien après le consortium GDF Suez-Nareva lequel opère le colossal parc de Tarfaya (300 MW).
Un coût de production plus compétitif que le gaz et le solaire
Une fois l’adjudication accordée, la construction des parcs peut se faire entre 6 et 12 mois. L’objectif est d’atteindre les 2 GW de capacité installée d’ici 2020. Les marchés tablent sur une croissance moyenne annuelle de 2% soit 300 MW installés par an jusqu’en 2023. La part de l’éolien dans le mix énergétique, aujourd’hui 7% des capacités installées, devrait ainsi passer à 20%.
Le Maroc ne s’est pas trompé en faisant le pari de l’éolien. Le pays dispose d’excellentes ressources en vent. Le coût moyen de production est très compétitif par rapport au marché européen, avec un coût moyen estimé de 42 à 45 € le MW. Par comparaison, le coût moyen de l’électricité dérivée du gaz est de 50 €/MW. Quant au solaire, Acwa a annoncé un prix moyen de 125 €/MW pour le plan Noor.
Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, le coût nivelé de la production énergétique (LCOE) de l’éolien devrait baisser de 35% en terme réel entre 2012 et 2030, alors que pour d’autres combustibles, comme le charbon et le gaz, ce coût devrait augmenter.
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