Desertec, c’est fini !

L’exode des actionnaires sonne le glas du projet Desertec dans sa dimension industrielle, après cinq ans de lobbying pour le compte de la région Mena. Desertec Industrial Initiative (DII) disparaîtra fin 2014 pour se reconvertir dans le consulting.  

Desertec, c’est fini !

Le 14 octobre 2014 à 16h24

Modifié 14 octobre 2014 à 16h24

L’exode des actionnaires sonne le glas du projet Desertec dans sa dimension industrielle, après cinq ans de lobbying pour le compte de la région Mena. Desertec Industrial Initiative (DII) disparaîtra fin 2014 pour se reconvertir dans le consulting.  

ROME (envoyé spécial). Terne, ratée, superflue, ce sont les adjectifs qui reviennent assez souvent pour qualifier la 5e édition de DII Desertec Energy Conference, qui s'est tenue le 14 octobre à Rome. Terne, car les thèmes discutés sont quasiment identiques à ceux des éditions passées: enjeux, faisabilité, financements… Rien de nouveau sous le soleil.

Ratée, parce que les ministres des pays concernés – Le Maroc, l’Algérie, l’Egypte… – ont tous boudé l’événement, préférant envoyer des fonctionnaires pour faire acte de présence. Hakima El Haité, ministre déléguée en charge de l’Environnement, s’est rétractée à quelques jours du rendez-vous pour céder la place à Zohra Ettaik, chef de division des Energies renouvelables et de la maitrise de l'énergie. "Le Maroc dispose d’un potentiel important qu’il faut développer. Je suis optimiste quant à l’avenir de DII", déclare-t-elle à Médias 24. Hélas, les dès étaient déjà jetés.

Fin d’un rêve

Déjà affaibli par de nombreux retraits, le lobbyiste a reçu le coup de grâce lundi 13 octobre, lors de son assemblée générale, tenue à Rome.

Sur une quarantaine de membres et d’actionnaires, seuls trois ont décidé poursuivre l’aventure : le Saoudien Acwa Power, l’Allemand RWE et le Chinois SGCC. Nareva, la filiale de la SNI, membre de DII, ne s’est pas prononcée sur une éventuelle nouvelle adhésion. "Son contrat sera rompu fin 2014 car elle a déjà versé sa cotisation", nous confie une source bien informée. C’est que la filiale de la holding marocaine versait annuellement 125.000 euros à DII.

Quant à la société Desertec, "elle disparaîtra fin 2014 pour se concentrer sur d’autres projets, mais en tant que société de consulting seulement et avec un nouveau nom et de nouvelles modalités qui seront définis", nous explique notre source.

Ce qui est sûr, c’est que la nouvelle structure installera une antenne à Rabat pour mener ses nouveaux projets dans le Royaume. 'DII poursuivra ses activités sous une nouvelle forme en se concentrant principalement sur des services pour ses actionnaires, qui faciliteront la réalisation de projets en Afrique du Nord et au Moyen-Orient", déclare un communiqué de la société, parvenu aujourd’hui à Médias 24. Prêcheront-ils encore dans le désert?

L’histoire d’un échec

Tout part d’une étude réalisée, au début des années 2000, sur le potentiel des énergies renouvelables dans la région Mena.

Son résultat mène à une observation stupéfiante: une petite parcelle d’un km² de désert reçoit en une année "une énergie solaire équivalent à 1,5 million de barils de pétrole".De quoi faire rêver nos amis européens dont la demande énergétique ne cesse de croître.

C’est ainsi qu’est né le projet Desertec, dévoilé officiellement en 2009.

Le concept est on peut plus simple: mettre à profit l’ensoleillement du Sahara pour produire de l’électricité, dont une partie serait exportée vers le Vieux continent.

Aussitôt affiché, l’objectif a séduit le gouvernement allemand, qui a encouragé la création d’une fondation portant le nom du projet: Desertec. Au principal fondateur, le réassureur Münchener Rück, se sont joints plusieurs poids lourds: Siemens, la première banque allemande Deutsche Bank, l’électricien RWE, le Suisse ABB, Abengoa, un groupe industriel espagnol et d’autres sociétés du même acabit.

La fondation passe au peigne fin les moindres détails du projet, dont le coût est estimé à 400 milliards d’euros. Très onéreux, crient les détracteurs du projet! Qu’à cela ne tienne, un consortium, répondant au nom de Desertec Industrial Initiative DII, a rejoint ce beau monde pour chercher les financements mais aussi pour mettre sur pied dans la région Mena quelques projets qui serviraient de "test".

En 2011, DII signe une convention avec Moroccan Agency for solar energy (Masen), créée pour les besoins de la cause par l’Etat marocain. L’objectif : prouver que le dessein, qualifié par certains de chimérique, est réalisable et que nos parcs éoliens et nos centrales solaires pourraient à terme fournir, bon an mal an, le cinquième des besoins énergétiques de l’Europe. 

Un vœu pieux, en somme, car le Maroc, ne disposant pas d’un réseau lui permettant de transporter son énergie vers l’Europe, n’a d’autre choix que de passer par les installations de l’Espagne, qui refuse que ses lignes soient exploitées à ces fins.

Comment, du point de vue technique, l’importation pourrait-elle se faire? Investir dans un réseau, dont le coût est estimé à quelque 200 milliards de dollars, aurait été aussi onéreux que tout le projet Desertec. Sans parler de cette directive européenne qui n’autorise l’importation de l’énergie qu’entre Etats européens. La fondation Desertec, qui s’est retirée en 2013 laissant DII mener la danse, l’avait bien compris.

Aujourd'hui, il ne reste plus que la fondation où on nous précise que "la vision de Desertec est sur un axe des temps d'une cinquantaine d'année tandis que la DII, de par son actionnariat industriel, est sur une durée plus courte de 3 à 5 ans. Les situations politiques européennes et MENA rendent le calcul sur investissement de DII problématique sur le court terme. Cela ne remet en rien en cause une vision Desertec qui représente un avenir, une espérance pour la jeunesse africaine qui en a bien peu dans le contexte actuel". En d'autres termes, et au delà de ces belles paroles, les choses reviennent à une dimension plus restreinte et l'ambitieux projet industriel est bel et bien enterré, même si la fondation Desertec continue.

"On aurait dû se concentrer sur des projets de petite taille, maîtrisables. Il y a qu’à voir le gap entre les objectifs et les réalisations dans la région pour s’en rendre compte", nous déclare un responsable allemand. Retour sur Terre!
 

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