De Casa à Créteil, le fabuleux destin de Dr Asmaa Khaled
Une Marocaine résidant en France, Dr Asmaa Khaled, anesthésiste réanimateur, est à l’origine d’une grande première. Il s’agit d’une opération sous anesthésie locale et surtout sous hypnose, qui a permis de sauver la gorge et les cordes vocales d’une chanteuse guinéenne. Les détails.
Souffrant d’une tumeur de la gorge, la chanteuse guinéenne Alama Kanté a été opérée par l’équipe de l’hôpital français Henri-Mondor à Créteil le 3 avril dernier, suivant une procédure qui n’avait jusque-là jamais été expérimentée.
Cette opération s’est déroulée sous hypnose, avec seulement une anesthésie locale au niveau de la gorge, et pendant que la patiente chantait. Médias 24 s’est entretenu en exclusivité avec le médecin anesthésiste réanimateur qui a effectué l’opération sous hypnose, Dr Asmaa Khaled, Marocaine résidant en France.
«Le cas clinique de notre patiente, Madame Alama Kanté, constitue, comme pense notre chef de service, Pr Gilles Dhonneur, probablement une première mondiale, de par sa singularité, dans la mesure où nous avons réussi un challenge important: j’ai pu lui procurer une transe hypnotique soutenue, agréable, dépassant trois heures d’horloge, en utilisant sa voix, par moments, comme moyen de monitorage per opératoire guidant ainsi les limites de l’exérèse chirurgicale de sa masse tumorale», nous explique Dr Asmaa Khaled.

Cette technique préliminaire a donc permis à l’équipe chirurgicale pilotée par Pr Pascal Desgranges, chirurgien vasculaire, de réaliser l’opération sans pour autant altérer la voix de la chanteuse professionnelle qui, comme le souligne Dr Khaled, constitue son patrimoine.
«L’hypnose nous a permis d’éviter une intubation trachéale qui aurait pu être délétère pour une professionnelle de la voix, de piloter la chirurgie et d’orienter délicatement et précisément le geste chirurgical», poursuit-elle.
En nous racontant son expérience, la brillante anesthésiste marocaine n’a cessé de souligner que le secret derrière cette réussite est l’effort de groupe qui a animé toute l’équipe. En effet, sans la proposition du Pr Desgranges d’utiliser la technique de l’hypnose dans la prise en charge anesthésique et l’aval du Pr Dhonneur, spécialiste des voies aériennes supérieures, l’opération n’aurait peut-être pas eu lieu.
«Partageant les mêmes préoccupations de protection du capital vocal de notre jeune patiente et maîtrisant cet art thérapeutique, l’hypnose comme alternative anesthésique s’est présentée comme une sécurité ultime», ajoute Dr Asmaa Khaled. C’est donc sous cet état de transe hypnotique auquel la patiente a accédé sans adjuvants anesthésiques que l’anesthésiste a réussi à l’orienter durant l’opération en lui demandant ponctuellement de chanter.
Tout l’intérêt de l’hypnose comme outil thérapeutique en anesthésie est donc de laisser une grande marge de manœuvre au chirurgien et de lui permettre, au fur et à mesure de l’opération, de détourner les obstacles rencontrés.
Dr Asmaa Khaled nous raconte: « Les personnes qui ont assisté à la présentation de notre travail ont revu le moment où notre patiente avait perdu la voix alors qu’elle chantait. Notre chirurgien a alors décidé de procéder autrement pour l’excision de la tumeur qui englobait les nerfs récurrents, responsables justement de la voix».
Mais si la particularité de cette opération lui a offert une renommée et une visibilité mondiales, Dr Asmaa Khaled nous explique que l’Hôpital Henri Mondor, auquel elle est affiliée, propose ce type de prise en charge anesthésique à ses patients depuis plusieurs années déjà. La cible principale de l’anesthésie sous hypnose est constituée de patients ayant un état de santé très fragile.
«Grâce à l’adhésion du Pr Gilles Dhonneur à cette méthode et la sollicitation des confrères chirurgiens, nous avons pu intégrer cet outil thérapeutique et en faire profiter un grand nombre de nos patients lourds, certains récusés de l’anesthésie générale à cause de leurs multiples tares par d’autres collègues anesthésistes dans d’autres établissements. Ils nous ont donc été spécialement adressés pour leur proposer l’hypnose en chirurgie comme ultime alternative, et c’est justement la particularité que nous y développons depuis quelques années», précise-t-elle. Ainsi, Dr Khaled n’hésite pas à l’utiliser lors d’opérations qui relèvent des diverses disciplines chirurgicales telles que la chirurgie vasculaire, la chirurgie carotidienne et, aujourd’hui, la chirurgie thyroïdienne, à condition que les opérations soient réalisables sous anesthésie locale et qu’elles ne nécessitent pas de larges et profondes incisions.
Il est communément admis que la chirurgie avec hypnose représente une nouveauté. Cependant, le fait est que plusieurs médecins y ont eu recours durant les dernières décennies. «L’hypnose est une pratique ancienne et le terme hypnotisme, en référence à hypnos, dieu grec du sommeil, lui a été attribué en 1843 par Dr Braid, un médecin écossais», avance Dr Asmaa Khaled.
Elle poursuit son récit en faisant à référence à l’hypnose moderne, en vogue dans les années 1950 et développée par le médecin Milton Erickson qui, « fasciné par les vertus thérapeutiques de l’hypnose sur ses propres maux physiques», y consacra sa vie entière. Les études poussées menées par les spécialistes de la neurophysiologie ont également contribué à l’essor de cette technique qui reste, malgré tout, méconnue du grand public.
Il est à noter que Dr Asmaa Khaled a bénéficié d’un parcours académique et professionnel atypique. Lauréate dela faculté de médecine et de pharmacie de Casablancaoù elle a obtenu un doctorat en médecine générale, Dr Khaled a par la suite intégré l’université de Cheikh Diop à Dakar où elle a approfondi ses connaissances en anesthésie et réanimation.
Suite à son séjour de 5 ans au Sénégal, la jeune anesthésiste a tenté de s’installer définitivement au Maroc, mais en vain. «Je suis rentrée ensuite au Maroc pour tenter d’intégrer une structure locale. Je me suis heurtée à des difficultés multiples, j’ai décidé alors de partir en France et de prolonger encore mes aventures», nous confie-t-elle.
Elle est depuis installée en France où elle a réussi le concours national d’équivalence et où elle a pu obtenir 7 formations universitaires différentes, toutes liées à son domaine de prédilection : l’anesthésie réanimation.
«Seulement, ma formation initiale en hypnose est une formation marocaine, constituée suite à une rencontre, très intéressante et riche de par la générosité du partage de la personne qui m’a initiée à sa pratique clinique, le psychologue Aboubakr Harakat».
Si la réussite remarquable de Dr Asmaa Khaled rend le Maroc fier, elle fait également office de piqûre de rappel contre le phénomène de «fuite des cerveaux», communément appelé brain drain, qui prend de plus en plus d’ampleur. «Nombreuses sommes nous, une compétence immigrante, de formation marocaine et africaine, servant loin du pays d’origine, pour des raisons multiples et loin d’être évidentes», conclut-elle à ce propos, sur une note amère.
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