Un collectif d’associations féminines dépose plainte contre Abdelilah Benkirane
C’est devant la Justice que le débat sur la situation de la femme au Maroc va être porté. Un collectif d’associations féminines dépose plainte contre Abdelilah Benkirane. Certains propos du Chef du gouvernement et de ses ministres sont jugés "insultants". Explications.
Depuis ce mercredi 23 juillet, Abdelillah Benkirane, chef du gouvernement est l’objet d’une plainte collective. Le procureur du roi auprès de la cour d’appel de Rabat a enregistré une procédure dans ce sens.
"Nous sommes une dizaine d’associations qui portons plainte contre le chef du gouvernement pour insultes et discrimination fondée sur le sexe", confirme Aatifa Timjerdine, présidente de la section casablancaise de l’Association démocratique des femmes du Maroc ADFM.
Sont signataires de la plainte, d’autres associations commeInitiatives pour la protection des droits des Femmes, Insat pour femmes victimes de violence et mères célibataires, Mains solidaires pour le droit à la dignité et à la citoyenneté, Voix de la femme amazighe, Association marocaine des droits humains (AMDH), le Réseau amazighe pour la citoyenneté "Azetta Amazigh", Annakhil, Epanouissement féminin, Fondation Ytto pour l'hébergement et la réhabilitation des femmes victimes de violence.
Cet échantillon représentatif de la société civile crie son ras-le-bol. "Nous n’avons aucun retour quant au projet de loi de lutte contre les violences à l’égard des femmes, les principes de la parité ne sont pas non plus appliqués", accusé Aatifa Timjerdine.
Mais la goutte fait déborder le vase, ce sont "les déclarations dégradantes du chef du gouvernement, lors de la séance mensuelle à la chambre des conseillers du 17 juin dernier. L’objet de la discussion portait sur les questions et les attentes des femmes marocaines dans les programmes et les politiques du gouvernement", s’insurge-t-elle, relayée par les membres des associations signataires de la plainte.
Autres points considérés comme particulièrement outrageants pour les défenseurs des droits des femmes et humains réside d’une part dans "l'absence de réaction de la part de la primature, en tant qu'institution, reconnaissant le préjudice porté par ces propos et présentant des excuses".
D’autre part, les plaignants s’indignent "des propos d'un nombre de dirigeants du parti majoritaire au gouvernement, y compris plusieurs ministres. Ces derniers, au lieu de défendre les dispositions législatives et veiller au respect de la loi et à son effectivité via une bonne application conformément aux prérogatives liées à leur mandat, ont paradoxalement préféré prendre la défense du chef du gouvernement en justifiant ces déclarations voire en les glorifiant".
Nos féministes vont encore plus loin. Elles soulignent "une pratique idéologique systématique, dont l'objectif est d'approfondir intentionnellement la division au sein de la société et de satisfaire les courants conservateurs et tendances fondamentalistes, en violation de la constitution".
En somme, l’ensemble de ces considérations "consacre et fait perdurer la discrimination en portant atteinte à la dignité des femmes en général et des mères travailleuses en particulier."
Le collectif justifie son action judiciaire: "il devient nécessaire de prendre les mesures requises et proportionnées à la gravité des propos du Chef du gouvernement qui vont jusqu'à la démission ou au limogeage dans des Etats de droits ou du moins la présentation d'excuses publiques pour réparation de préjudices".
Parmi les cinq avocats qui se sont saisis de l’affaire, on retrouve l’ancien bâtonnier, Abderrahim Jamaï. Tout laisse à croire que si le procureur du toi accepte l’opportunité des poursuites, le procès prendra une certaine ampleur médiatique.
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