20% des juifs du Brésil sont d'origine marocaine
Si les relations entre le Maroc et le Brésil sont aussi anciennes qu'exemplaires, la diaspora juive marocaine établie dans le pays "de l'ordre et du progrès" y est pour beaucoup.
Estimés à près de 20% des juifs brésiliens, ces ambassadeurs du Royaume, fiers de leurs origines, se sont distingués par le rôle important qu'ils ont joué dans la vie économique et sociale de ce pays d'Amérique latine, gagnant le respect de toutes les composantes de la société brésilienne.
Parfaite illustration de cette contribution notable: l'existence au Brésil d'une ville nommée Nova Mazagao (nouveau Mazagan) qui fut construite par les Portugais dans l'embouchure de l'Amazone au Sud-Est au niveau du Rio Mutuaca, ou encore d'un saint juif originaire du Maroc prié par les chrétiens au cimetière Saint Jean-Baptiste de Manaus, capitale de l'Etat de l'Amazonas (Nord-Ouest), au cœur de l'Amazonie. Il s'agit du tombeau du rabbin Shalom Imanuel Muyal, enterré depuis 1910, et qui est arrivé à la plus grande ville amazoniennes dix ans plus tôt, quelques 200 ans après le début de la migration vers l'étrangers des juifs marocains.
Dans son livre "Mazagao, la ville qui traversa l'Atlantique: du Maroc à l'Amazonie (1769-1783)", Laurent Vidal écrit: "la forteresse portugaise de Mazagao, construite au cœur des terres du Maroc, est abandonnée en mars 1769 (...) à peine évacués, les habitants de la forteresse sont envoyés en Amazonie fonder une nouvelle Mazagao. Ce voyage sans retour pour le Nouveau Monde prend alors la forme d'une longue odyssée".
L'histoire des juifs du Brésil remonte en fait à une période bien plus lointaine. Elle est en effet liée aux voyages de Gaspar De Gama, un juif de naissance, kidnappé enfant, puis baptisé de force. Il accompagnait l'amiral Pedro Alvares Cabral, le célèbre navigateur portugais qui découvrit, en 1500, les terres d'un Nouveau Monde, le futur Brésil dont il prit possession au nom du roi du Portugal.
C'est ainsi qu'il ouvrit la voie aux juifs fuyant l'inquisition espagnole pour s'installer en tant que Conversos (juifs convertis au christianisme) et développer avec succès des plantations de cannes à sucre en dépit du harcèlement constant de l'inquisition brésilienne.
En 1624, la Hollande conquit une large partie du nord-est du Brésil et les juifs y vivent libres et sans contrainte, amorçant une vague d'immigration, avant que la communauté juive, qui s'enrichit grâce à l'industrie de la canne à sucre, ne puisse ériger la première synagogue Kahal Zur, à Recife, devenue capitale de la colonie hollandaise.
En revanche, à Sao Paulo, les juifs subissaient la pression de l'inquisition. Les persécutions portugaises contre les juifs s'intensifièrent, poussant une partie de la communauté à s'enfuir vers l'intérieur des terres brésiliennes, alors que le symbole de la communauté juive, la synagogue Kahal Zur ferma ses portes.
Ce n'est qu'en 1773, qu'un décret royal mette fin à la discrimination contre les juifs, ouvrant la voie à une vague importante d'immigrants juifs originaires du Maroc qui débarquèrent à Belém, au nord du Brésil, où ils construisirent, en 1824, une synagogue baptisée Porta da Ceu (porte du ciel) et une seconde à Manaus, au bord de la rivière amazonienne.
Les juifs marocains, descendants directs des communautés expulsées d'Espagne par les rois catholiques, arrivent au Pernambouc, à Bahia et surtout en Amazonie, où ils s'installent autour de 1810.
Avec l'économie extractive pour principale activité économique, ces pionniers s'établissent d'abord à Belém do Pará et, de là, remontent le cours du rio Amazonas et de ses affluents et colonisent de nombreuses localités des Etats du Pará et de l'Amazonas, passant par Manaus et remontant jusqu'à Iquitos, au Pérou, où existe encore à ce jour une communauté juive organisée.
Ils s'enfoncent dans les forêts, luttant contre les préjugés, les difficultés de langue et les maladies pour espérer voir leurs descendants poursuivre vers une vie meilleure et émigrer vers les villes, une fois la fortune accomplie.
Des historiens estiment que l'existence d'une ligne maritime régulière entre Tanger et Belém aurait facilité les départs d'une population qui vient surtout de la région du Nord du Maroc (Asilah, Tétouan, Tanger et Larache).
A Pará, la communauté de Belém est jusqu'à nos jours particulièrement active et attachée aux traditions marocaines, parlant hakétia et préservant leurs habitudes alimentaires.
Un centre y existe depuis 1918. Créé par des descendants des premiers juifs marocains, cette institution, qui comprend une école, deux centres d'activités culturelles et sociales (société d'entraide) et deux synagogues, continue de fédérer les communautés du Pará. Force est de constater qu'actuellement leur intégration à la société brésilienne est incontestable.
Parmi les célèbres personnalités d'origines marocaines figurent Abraham Ramiro Bentés, un général de l'armée brésilienne, président de la communauté juive marocaine et écrivain, le député Ruben Medina, réélu six fois au Congresso Nacional depuis 1967 et président du parti Frente Liberal (PFL).
Une étude génétique de l'Université Fédérale du Minas Gerais avait révélé que 16% de la population d'Amazonie qui se déclare blanche descend de juifs, et reste très attachée aux principes du judaïsme. Cette proportion est plus importante qu'à Sao Paulo, où vivent 60% des 120.000 juifs brésiliens.
(MAP)
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