Elections communales 2015 : Benkirane répond à Hassad
L’approche des élections communales provoque des différences d’appréciation entre Abdelilah Benkirane et Mohamed Hassad. Le Chef du gouvernement doute de la crédibilité des résultats électoraux si le scrutin reste du seul ressort de l’Intérieur.L'Istiqlal et l'USFP menacent de boycott.
Lors de la dernière réunion de son parti tenue à Rabat dimanche 15 juin, le Chef du gouvernement a affirmé que «les agents du ministère de l’Intérieur qui se rendraient coupables de dépassements au profit du parti que vous connaissez (NDLR, le PAM) seraient automatiquement poursuivis en Justice».
Voulant éviter ce cas de figure, il les a appelés à respecter le principe de transparence et d’impartialité durant le déroulement des prochaines élections communales de 2015.
Afin de mieux se faire comprendre, Abdelillah Benkirane n’a pas hésité à clamer qu’il était toujours le Chef du gouvernement et que de ce fait, le ministre de l’Intérieur était son subordonné hiérarchique.
Cette menace vient en réponse à la déclaration du ministre de l’Intérieur qui affirmait mardi 10 juin devant la Chambre des représentants qu’il ne changerait pas les règles organisationnelles des prochaines consultations électorales.
Mohamed Hassad y avait assuré qu’il y aurait bien des mises à jour des listes électorales mais pas de révision radicale. Il avait aussi affirmé que le mode de scrutin ainsi que le découpage électoral demeureraient inchangés.
Le ministre a garanti la transparence des futures élections, même s’il a décliné toute responsabilité dans un éventuel retard du processus électoral en déclarant que « 90% de la préparation du déroulement consultatif incombe aux seules formations politiques ».
Derrière les aspects techniques de ce dossier électoral, c’est une vraie bataille politique qu’est en train de livrer le Chef du gouvernement pour assurer sa prééminence gouvernementale et restreindre les attributions de Mohamed Hassad.
Il faut souligner que dans le passé,le ministère de l’Intérieur a toujours supervisé les élections en amont comme en aval, de la préparation des scrutins électoraux à l’annonce officielle des résultats.
Abdelilah Benkirane ne veut plus de cette mainmise en émettant clairement des doutes sur la probité des futures conditions de préparation électorale. Il a dit appréhender la réédition du scénario de juin 2009 qui avait vu le PAM remporter la mise en gagnant la présidence de plusieurs communes face au PJD.
Il a donc appelé à combattre « les forces de l’ombre qui veulent dominer le pays grâce à des pratiques révolues » en proposant ses solutions:
- Les listes électorales doivent être totalement remaniées
- Le découpage électoral ne doit pas privilégié la superficie d’un territoire à sa démographie
- Le seuil électoral de 6% est trop bas et conduit à une balkanisation du champ politique
- Le contrôle partisan des élections est biaisé au vu des trop nombreux bureaux de vote (47.000)
- La loi doit obliger les présidents de commune à être issu du parti arrivé vainqueur du scrutin
Dans la coalition gouvernementale, le PJD est bien le seul parti à vouloir prendre en charge la gestion du processus électoral en prônant la création d’une instance collégiale politique qui délesterait le ministère de l’Intérieur de son monopole organisationnel.
Les partenaires gouvernementaux que sont le MP et du RNI ont déclaré ne pas voir d’inconvénient à ce que « la mère des ministères » continue de superviser le déroulement des élections.
Le PPS quant à lui ne s’est toujours pas exprimé sur cette question alors que l’opposition reste étrangement silencieuse sur un sujet qui la concerne directement.
Un important renfort est venu soutenir le PJD ce mardi en milieu d'après midi: les deux grands partis historiques, USFP et Istiqlal ont rendu public un mémorandum commun dans lequel:
-ils refusent la supervision des élections par le ministère de l'Intérieur
-appellent à la création d'une instance chargée des élections
-menacent de boycotter les élections si elles doivent être supervisées par l'Intérieur.
Un bras de fer s'anononce. Les cartes risquent d'être rebattues. Et l'opinion sera curieuse de connaître la position du PPS.
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