Nada Biaz, première femme à la direction de l’ISCAE
Pur produit de l’enseignement public marocain, Nada Biaz connait bien l’ISCAE pour y avoir elle-même fait ses études supérieures. Féministe, elle ne voit de combat possible que sur le terrain du travail et de la compétence.
Son retour à l’institut qui l’a formé aux techniques de gestion et de la finance s’est fait par la grande porte lundi 5 mai, le jour où elle prend ses fonctions. En quittant l’ISCAE en 1991, son diplôme en poche, Nada Biaz, alors major de promotion, ne pouvait pas imaginer que l’avenir allait lui réserver bien des surprises : diriger, vingt trois ans plus tard, l’école qui lui a tant appris.
Celle qui se targue d’être un « pur produit de l’enseignement public marocain, du collège jusqu’au troisième cycle », ne cache pas sa fierté d’avoir été l’heureuse élue « suite à un long processus de sélection qui consistait tout d’abord à présenter un projet de développement de l’ISCAE Casablanca sur 4 ans ».
Elle rompt ainsi avec une tradition, vieille de plus de quarante ans, qui a consacré la gent masculine à la tête de ce prestigieux établissement. « J’ai réussi à défendre, face à un jury composé de personnalités du monde universitaire et de l’entreprise, non seulement un projet, mais aussi un dossier de candidature complet en termes de formation, d’expérience et de personnalité », souligne-t-elle.
L’histoire gardera donc en mémoire le nom de cette quadra au regard plein d’assurance et à l’allure BCBG. On se souviendra aussi d’elle comme celle qui a brisé une boucle où les hommes régnaient en maîtres absolus des lieux.
Le marketing la rattrape
Titulaire d’un baccalauréat option sciences mathématiques en 1987, Nada Biaz opte pour une école de commerce. Et pas n’importe laquelle, l’ISCAE étant la mieux cotée. Elle obtient par la suite un DES en sciences économiques et choisit comme sujet de thèse « le message publicitaire au Maroc ». Le jury est conquis. Il lui octroie un 18/20.
Elle fait un petit crochet par l’ISCAE où elle enseigne en tant que vacataire pendant une année scolaire.
L’aventure ne dure pas longtemps. Elle quitte le Maroc pour les Etats-Unis où son mari est inscrit en MBA à Harvard. «Certes, en tant que partner, je n’ai pas suivi de formation diplômante à Harvard, mais la vie dans un campus américain pendant trois ans m’a beaucoup appris, notamment sur le mode de vie anglo-saxon. Le côté communautaire du campus est très riche en enseignement », confie-t-elle.
De retour au pays, elle prend son courage à deux mains et se lance dans l’entreprenariat. Pendant près de dix ans, elle dirige EF English First School, une franchise basée à Casablanca et spécialisée dans l’enseignement de l’anglais aux particuliers et aux professionnels.
Elle ne saura pourtant rester trop longtemps éloignée de son domaine de prédilection : le marketing. Depuis 2006 et jusqu’à sa récente nomination, elle enseignera cette discipline à HEM. L’enseignement est alors sa passion. Une passion « qui doit se vivre au quotidien. Et quoi de mieux que de travailler dans un domaine qui vous passionne ? », lance-t-elle.
Féministe ? « Oui, à ma façon ! »
Membre de l’association CVA (Connaissance et Vie d’Aujourd’hui), une organisation culturelle de femmes qui a pour objectif la compréhension et l’analyse critique des événements et des évolutions qui caractérisent le monde actuel, elle réfute le titre de féministe au sens militant du terme.
« Je suis solidaire pour défendre la cause féminine à travers le travail et la compétence. C’est selon moi la seule façon de s’imposer. Dans l’inconscient collectif des femmes en général et arabo-musulmanes en particulier, il y a eu tellement de combat pour peu de reconnaissance qu’elles en sont devenues résilientes. Et c’est justement ce qui rend les femmes plus fortes, plus efficaces, plus adaptatives, plus productives, plus investies dans leurs missions », tient-elle à préciser.
Et d’ajouter, en parlant de sa propre expérience pour l’accès à la direction de l’ISCAE Casablanca : « avant de mettre en avant le fait significatif d’être une femme, il était important de présenter mes atouts en tant que candidate à un poste clé pour la formation de l’élite managériale du pays. Il se trouve en effet, qu’en plus de mon expérience à la fois dans l’enseignement, la formation et l’entreprenariat, je suis une femme. Une femme qui aime travailler, qui aime l’ISCAE, qui revendique l’opportunité de faire ses preuves, au même titre que les hommes, une femme qui voudrait aller au-delà de ce qui est traditionnellement et socialement attendu d’elle ».
L’enseignement au Maroc : peut mieux faire !
Celle qui a côtoyé de près le monde de l’enseignement supérieur au Maroc porte un regard aiguisé sur les failles du système. « Il est clair que l’enseignement supérieur au Maroc souffre d’un manque de ressources financières, d’encadrement et d’un problème de lacunes de base, en particulier au niveau de la maîtrise des langues et des aptitudes des étudiants à communiquer », regrette-t-elle.
Fraîchement nommée à la tête d’un établissement public, elle est convaincue que « l’enseignement supérieur au Maroc devra savoir tirer profit de la concurrence nationale public/ privé ou de l’éventuelle complémentarité entre les deux, relever le défi de la mondialisation qui intègre la concurrence des universités étrangères et l’évolution des métiers, des changements générationnels liés au développement des NTIC ainsi que du contexte de crise ».
Son programme pour l’ISCAE tiendra certainement compte de ces données. « Je compte aussi sur les lauréats de l’institut de Casablanca et sur tous ceux qui, comme moi, sont fiers d’être iscaéistes. Ce sont là les véritables ressources à optimiser. Ce sera le principal défi à relever. Pour cela, je mettrai mon document de côté, le temps de voir, sur le terrain, ce qui est prioritaire, ce qui est réaliste et donc réalisable. Ainsi, je m’accorde une période d’écoute, avant tout », nuance-t-elle.
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