En 1954, un dahir autorisait la culture du kif au Maroc à des fins thérapeutiques
Le PAM a tenu dimanche 6 avril une table-ronde pour recueillir les propositions des associations du Rif, des universitaires et de représentants de partis politiques. Objectif : faire avancer le projet de loi visant la dépénalisation de la culture du kif.
Prévue à 11 heures, la réunion, qui faisait suite à la rencontre tenue la veille à Bab Berred, a démarré avec une heure et demie de retard. D’entrée de jeu, Hakim Benchemass, numéro 2 du PAM, plante le décor : « De par la complexité et la sensibilité de la question, il serait préférable de laisser de côté la dimension sociale, que nous avons abordée hier avec les cultivateurs. On connaît très bien leurs problèmes, il faut maintenant trouver des solutions. »
C’est la dimension juridique qui a monopolisé l’échange. D’abord, les finalités du projet de loi proposé par le parti du tracteur :
-Mettre fin aux injustices dont sont victimes les cultivateurs, le maillon le plus faible de la chaîne ;
-Mettre fin à l’hypocrisie sociale qui entoure ce sujet afin de rendre légale la culture du kif, comme l’est celle des céréales ;
-Changer l’image négative dont souffre le Maroc, le deuxième producteur mondial de cannabis, à l’étranger ;
-Contribuer à relancer l’économie des régions concernées.
Naoufal Bouamri, avocat et membre de l’USFP, abonde plutôt dans le même sens, mais il tient à faire la distinction entre les principales parties du processus de production.
« Celui qui cultive le kif n’est pas celui qui le transforme, qui n’est pas celui le commercialise. La loi doit être claire sur ce point » analyse-t-il.
Mais l’essence même du projet de loi ne semble pas susciter l’unanimité, et pas seulement parmi ses détracteurs. « Pourquoi n’y a-t-il pas de coffee shops, comme aux Pays-Bas, à Chefchaouen ? Ce n’est qu’ainsi qu’on mettra fin à l’hypocrisie sociale », propose un participant.
Toute la question est là. Légaliser le kif à des fins thérapeutiques est-il réellement un dessein avant-gardiste ? Pas tout à fait. Dans un dahir portant prohibition du chanvre à kif, qui remonte à 1954, il est stipulé, dans l’article 3 : « Par dérogation aux dispositions de l'article premier ci-dessus, le directeur de la santé publique et de la famille pourra, sur demande motivée, autoriser, dans des conditions qu'il fixera, la culture, la fabrication ou l'emploi du chanvre indien et de ses établissements de recherche et d'enseignement. »
La question qui demeure posée est celle de savoir si ledit dahir est conforme aux textes juridiques actuels ainsi qu’aux conventions internationales ratifiées par le Maroc, qui sont au nombre de trois : celles de 1961 sur les stupéfiants, de 1971 sur les substances psychotropes et de 1988 le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes.
Dans l’article 4 de la convention de 1961 sur les stupéfiants, on peut lire que « les parties prendront les mesures législatives et administratives qui pourront être nécessaires (…) pour limiter exclusivement aux fins médicales et scientifiques la production, la fabrication, l’exportation, l’importation, la distribution, le commerce, l’emploi et la détention des stupéfiants. »
Pour le président de l’Association du Rif des droits de l’homme, Chakib Khayari, le terme « drogue » n’est pas péjoratif. « Beaucoup de médicaments sont fabriqués à base de drogues, ces médicaments sont des drogues aussi », déclare-t-il.
Toujours est-il que le PAM veut rester prudent. « Il n’est pas difficile de sortir un projet de loi, mais nous, nous préférons étudier soigneusement tous les aspects de la question » explique Hakim Benchemass, qui précise que des ateliers scientifiques ont lieu régulièrement afin de faire avancer le projet.
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