Reportage : avec le PAM, au pays du kif
Le PAM a organisé, samedi 5 avril, à Bab Berred, un échange avec les cultivateurs de kif dans le but d’étudier la légalisation de ce plant à des fins thérapeutiques. Saluée, la rencontre a permis surtout de comprendre les aspirations des cultivateurs. Reportage.
Ce samedi 5 avril est une journée spéciale pour les habitants de Bab Berred, une bourgade à 60 kilomètres de Chefchaouen. C’est la première fois au Maroc qu’une rencontre avec les cultivateurs de Kif va avoir lieu.
Le PAM, qui avait déjà jeté un pavé dans la marre en organisant un débat sous la Coupole sur le cannabis, revient à la charge pour instaurer un climat de confiance avec la population du Rif.
Dès notre arrivée dans ce petit patelin, entouré de montagnes légèrement enneigées, deux jeunes, la vingtaine, nous apostrophent, pour s’enquérir de nos besoins : «Vous avez besoin de quelque chose ? Nous avons la meilleure qualité, on vous fait un prix, si vous voulez.»
La raison de notre présence ici étant tout autre, nous déclinons l’offre. «C’est de la poudre aux yeux, cette rencontre. On entend ce refrain depuis longtemps, mais rien n’a changé», nous lance un des participants, arguant que le but de ce congrès est purement électoraliste.
Nous voilà, après une heure et demie de route truffée de virages, arrivés à cette tente - érigée sur un terrain boueux – où se tient le rendez-vous tant attendu.
«Nous réclamons la grâce des 48.000 personnes recherchées. Ces gens-là auraient sans doute préféré les fraisiers au lieu du Kif, mais on n’y peut rien», lâche Hakim Benchemass devant une assistance d’un millier de cultivateurs de tout âge. Le numéro deux du PAM, excité par un tonnerre d’applaudissements, poursuit : «Défaites-vous de votre peur, vous n’êtes pas des voleurs. Le temps de la Hogra est révolu.» Les applaudissements retentissent à nouveau.
Pédagogue, le professeur de science politique va clore son laïus par un résumé: «Notre message, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, est clair: il est temps de briser les chaînes qui barricadent les cultivateurs du kif. La région est devenue une prison à ciel ouvert.»
C’est, maintenant au tour de Milouda Hazib, la présidente du groupe parlementaire du parti à la Chambre des représentants, de prendre le micro.
Son intervention, plus courte que celle de Benchemass, tentera de séduire le public autrement : «Nous sommes là pour vous écouter et savoir ce que vous souffrez. Notre projet de loi réclamant la dépénalisation du Kif vous concerne directement.»
Elle tient en revanche à mettre les choses au clair: la dépénalisation que propose son parti ne concerne pas le kif à usage -disons récréatif. «Contrairement à ce que disent certains, la proposition de loi que nous avons faite demande la légalisation du kif à des fins thérapeutiques», dit-elle. L’éclaircissement a suscité quelques grognements sous la tente. «Depuis quand utilise-t-on le kif à des fins thérapeutiques ?», souffle un réfractaire.
«Savez-vous que le ce plant est utilisé dans les chimiothérapies et dans beaucoup de produits cosmétiques?», soutient-elle, en renvoyant l’assistance vers des études scientifiques prouvant ses dires. Elle rappelle ainsi que, lors de la journée d’études initiée par le parti du tracteur, «il a été démontré qu’il est possible de créer une économie alternative à partir de ce plant aux multiples vertus.»
Une loi qui, si elle est adoptée, relancera, d’après Milouda Hazib, l’économie de la région. D’autant plus, souligne-t-elle, que c’est l’Etat, à travers une agence qui sera créée à cet effet, qui opérerait avec les cultivateurs. Et c’est là, précisément, où le bât blesse.
Selon les cultivateurs de Bab Berred que nous avons interrogés, cette mesure serait aussi injuste que la répartition des terres où ce plant peut être cultivé est inégale. «C’est insensé. Je n’ai que 5 ha, moi, tandis que d’autres familles du Rif en exploitent une centaine. Comment l’Etat va-t-il pouvoir gérer ça. Comment pourrais-je vivre avec 5 ha si l’Etat s’immisce dans la commercialisation et dans la production? Autant nous laisser nous débrouiller seuls », s’indigne Ahmed, irrité.
Tous les cultivateurs ne semblent pas convaincus de l’utilité de cette rencontre. Les mesures proposées sont qualifiées tour à tour de populistes, irréalistes ou superficielles. «Ce sont des paroles en l’air. Depuis quand s’intéressent-ils à notre quotidien?», tonne ce septuagénaire.
Dans ce village de quelques milliers d’habitants, la vie est très dure. Un seul hôpital, dans un état lamentable, et des établissements scolaires qui ne forment plus aucun jeune. «Si j’avais un diplôme, je ne serais pas resté là. Vous ne pouvez vous rendre compte de ce que nous endurons ici.»
Fichés par la police, les habitants subissent des contrôles réguliers de la part des gendarmes. Le motif : leur lieu de résidence. Le simple fait d’habiter Bab Berred vous renvoie au statut de «dealer» ou de cultivateur.
«Chaque contrôle coûte 200 DH, au bas mot. J’ai même subi, une fois, un contrôle chez moi avec mes enfants et ma femme. Sans parler des fausses déclarations qui peuvent vous envoyer injustement en prison», raconte ce cultivateur de kif qui dit survivre au prix de sa dignité.
Cette situation a fait fuir tous les habitants qui ont réussi à faire leurs choux gras de cette culture, laissant ainsi le village à l’abandon. Ils sont tous partis là où l’herbe est plus verte et l’injustice moins forte.
Ceux qui n’en ont pas les moyens optent pour d’autres solutions: «J’ai changé ma carte nationale en remplaçant Bab Berred par Tétouan en mettant l’adresse d’un proche. Beaucoup gens le font ici, ça leur évite au de se faire fouiller systématiquement par la police», nous dit un jeune.
La rencontre du PAM a permis certes de relancer le débat, mais la situation des habitants de Bab Berred ne seront pas réglés de sitôt. «Seul le Roi pourra nous aider», nous disent-ils.
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