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DOSSIER 2013-2014

Comment est-on arrivé là ?

Aujourd’hui, certains individus veulent faire des conceptions et des commandements de l’islam des soi-disant vérités indépendantes du temps et de l’espace, comme certains marxistes des décennies précédentes, et veulent contraindre tout le monde autour d’eux à adopter leurs interprétations.

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Le 10 janvier 2014 à 16h41 | Modifié 10 janvier 2014 à 16h41

Lorsqu’on apprend à un enfant à monter à bicyclette, l’une des premières consignes qu’on lui donne est de détacher son regard de ses pieds, des pédales et du guidon, comme il a tendance à faire, et de regarder “droit devant”. Quand on apprend à conduire un véhicule beaucoup plus rapide, comme une voiture, il n’est plus question de regarder ses pieds, mais il devient important de regarder à la fois “droit devant” et de garder un œil sur ce qui se passe derrière le véhicule, donc de consulter régulièrement les rétroviseurs placés tout autour.

De nos jours, s’agissant de l’évolution de nos sociétés, il semble que les médias nous poussent à faire exactement le contraire: regarder au plus près, se laisser impressionner par l’immédiat, oublier le ou les contextes… c’est ce que le flot des breaking news nous invite à faire, ou plutôt, nous impose de faire.

En ce moment, où il est de coutume de vouloir dresser des bilans, et comme le rythme du changement est plus proche de la vitesse d’un véhicule rapide que de celle d’une bicyclette conduite par un enfant, il est important de regarder à la fois droit devant et droit derrière, de placer les évènements que nous vivons dans le cadre d’évolutions qui se produisent sur des périodes relativement longues et, pour y parvenir, de contourner l’effet trompeur d’un certain nombre de préjugés induits par les termes que nous employons.

Parmi ces derniers, il en est un qui est particulièrement tenace. C’est celui qui est lié au terme d’islam. De nombreux chercheurs se sont employés à montrer qu’il renvoyait à plusieurs choses différentes, comme foi religieuse, civilisation ou histoire, mais apparemment, sans résultat. En fait, la fixation sur le terme est renforcée par des attitudes et interprétation bien particulières.

L’un des apports de la modernité, outre les avancées scientifiques et techniques, a été la généralisation de ce qu’on peut appeler un sens historique. Au sein des sociétés modernes s’est plus ou moins généralisée la conviction que les conceptions, les attitudes, les coutumes etc. apparaissent dans certaines conditions historiques, évoluent dans le temps et, dans certains cas, finissent par disparaître.

Il est vrai que, depuis la nuit des temps, l’homme a eu le sens de l’écoulement du temps, le sentiment de la précarité de toute chose, et du lien entre elles et les conditions générales du moment où elles ont existé. Le philosophe écossais David Hume a soutenu que les religions monothéistes ont introduit l’idée de vérité absolue, totale et valable quels que soient le temps ou le lieu.

On peut le corriger aisément en disant que parmi les adeptes des religions et également de certaines idéologies, il y a eu des individus qui ont refusé de reconnaître les liens, pourtant évidents, entre les conceptions et prescriptions édictées par ces religions et les conditions historiques où elles ont été formulées.

Tout près de nous, certains adaptes de la théorie marxiste ont voulu en faire l’explication ultime et indépassable de toute chose qui se soit passée dans l’histoire. Ces adeptes, convaincus du bien-fondé de leurs interprétations, n’ont reculé devant rien pour l’imposer autour d’eux.

Il se trouve que de nos jours, d’autres adoptent les mêmes attitudes à l’égard des enseignements proposés par la religion. Au lieu de s’en remettre à leur sens historique, ces individus préfèrent soustraire les conceptions et les commandements aux conditions historiques qui les ont vus naître, pour en faire des soi-disant vérités indépendantes du temps et de l’espace, comme certains marxistes des décennies précédentes, et veulent contraindre tout le monde autour d’eux à adopter leurs interprétations.

Il faut ajouter que, dans le monde musulman contemporain, de nombreux potentats ont vu avantage à soutenir les cercles de ces individus, en leur accordant la mainmise sur l’enseignement des traditions religieuses et le prêche public.

Soustraire les interprétation de ces prêcheurs et enseignants au débat scientifique sur l’histoire des sociétés a conduit à la formation d’un noyau dur qui s’autorise de toutes les formes de violence verbale, de menace et de chantage à l’égard de ceux qui voient les choses autrement.

Il s’agit, en fin de compte, de formes d’ignorance qu’on pourrait qualifier de positive dans la mesure où elles se proclament comme un savoir et même comme le seul savoir légitime en matière de religion. Un noyau dur dont l’influence s’exerce dans une société de façon insidieuse et qui perturbe autant le comportement des individus en tant que citoyens d’Etats modernes, que leur sens d’identité et la signification des valeurs morales.

Une situation artificielle renforcée par ce qu’un penseur musulman contemporain a appelé le plus vicieux de tous les cercles vicieux, c’est-à-dire un système où les mêmes attitudes se reproduisent de génération en génération d’une manière mécanique, où les mêmes conceptions sont imposées aux générations montantes par des corps enseignants formés à cette espèce d’ignorance qui prétend être un savoir et qui se proclame être le seul savoir légitime en matière de religion.

Si on veut vraiment regarder droit devant, briser ce cercle vicieux, repousser ce noyau dur, comme il se doit, vers les marges constituent le vrai défi que les sociétés musulmanes auront à affronter dans les décennies à venir.

Philosophe et islamologue marocain, Abdou Filami-Ansary est l’auteur d'ouvrages de référence de pensée islamique. Connu bien au delà des frontières, il est l'un des penseurs les plus complets et les plus brillants du monde arabo-musulman.


 

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Le 10 janvier 2014 à 16h41

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