Lamyaa Achary fait de la femme sa priorité
Lamyaa Achary fait partie des gens qui travaillent loin des feux des projecteurs, engagés sur le terrain pour faire changer les mentalités. Militante pour l’égalité homme/femme, Lamia revient avec franchise et spontanéité sur son parcours.
Aînée d’une famille de deux enfants, Lamyaa Achary a grandi à Nouasser, dans une ferme, à quelques kilomètres de la capitale économique. Très tôt, elle a été bercée par différentes lectures. La bibliothèque bien fournie de son père y était pour beaucoup. La militante qu’elle allait devenir a pu explorer durant toute son enfance différentes cultures et civilisations.
Bien qu’ayant eu une enfance isolée, Lamyaa Achary n’en demeurait pas moins une enfant très sociable, dotée d’un grand sens de l’observation. C’est ainsi que dès les premières années de sa scolarité, elle a pu observer les différences de traitements réservés par les adultes à ses camarades de classes, cousins ou amis, en fonction de leur sexe.
La «hchouma» s’est rapidement invitée au vocabulaire ambiant. «Il ne faut pas jouer au football», «il faut porter une natte», «il faut s’habiller en robe plutôt qu’en pantalon». Bref, la société a nourri le terreau de la rebelle qu’elle allait devenir dans l’adolescence.
Pas de jupe, ni de talons hauts…! Adoptant un look garçon manqué, tête haute, couronnée par une coupe courte. La phase de la puberté a été placée, instinctivement, sous le signe de la désobéissance, avant que Lamyaa n’en prenne réellement conscience. Cette révolte a été incessamment alimentée au fil de ses lectures et de ses découvertes. Une question la taraude : «pourquoi y a-t-il plus de peintres, d’écrivains et de penseurs de sexe masculin? Les femmes sont-elles moins intelligentes?!»
Dès lors, elle s’est lancée dans la découverte de la littérature féministe pour, tout d’abord, essayer de comprendre et de se faire sa propre opinion. Ses doutes se sont petit à petit dissipés au fur et à mesure qu’elle dévorait ses livres. Convaincue et complètement acquise à la cause, elle se sentait presque investie d’une mission. Il ne lui manquait plus que de rencontrer les personnes qui partageaient sa vision des choses.
La rencontre n’allait pas tarder à se concrétiser. En 2011, Lamyaa a quitté Casablanca pour Rabat. Inscrite au programme du master en pédagogie de la médiation culturelle, de l’art et de la science, à la faculté des Sciences de l’éducation, elle fait la connaissance de Majdouline Lyazidi, créatrice du depuis 2 mois du mouvement Woman Choufouch.
Le projet répond parfaitement aux attentes de Lamyaa Achary qui y voit l’occasion de combattre un fléau qui cristallise la domination phallique.
Pourtant, le collectif a débrayé sur le nom donné au mouvement. Initialement appelé «SlutWalk Morocco», Lamyaa Achary a été parmi celles qui ont défendu le changement de l’appellation. Les faits lui ont donné raison. Comme elle l’explique: «plusieurs médias, et particulièrement la presse arabophone ont créé la confusion dans les esprits du public. Elles ont présenté cette sortie comme une manifestation de prostituées qui réclament leurs droits. D’autres nous ont même collé l’étiquette Femen.»
D’ailleurs, parlant du combat des femmes aux seins nus, Lamyaa cautionne avec réserves, «je ne suis pas contre les actions choc qui sont parfois nécessaires, mais ne suis pas d’accord pour heurter le public dans ses convictions.» Il faut donc encadrer chaque action en fonction de la maturité de la société, et que ça soit cohérent avec le contexte dans lequel elle évolue.
Après avoir pris les commandes du collectif Woman Choufouch, Lamyaa Achary espère continuer dans la même voie. A savoir, effectuer un travail de proximité avec le public cible, à travers des ateliers de discussions et des actions de sensibilisation. En revanche, même si récemment certains partis se sont ouvertement prononcés en faveur de l’abolition d’articles discriminatoires à l’égard de la femme, intégrer l’arène politique ne fait pas (ou pas encore) partie des priorités de Lamyaa qui garde un apriori plutôt défavorable sur le sérieux des partis, estimant que leur rôle est avant tout de gagner des points, quitte à instrumentaliser les revendications.
La rébellion continue en attendant un avenir plus rayonnant, Lamyaa Achary ne perd pas espoir «l’épanouissement et la révolution seront culturels. C’est un chantier dont nous ne verrons peut-être pas l’aboutissement de notre vivant, mais c’est à nous de préparer le relais» dit-elle, généreusement, du haut de ces 24 printemps. A ce propos, elle projette de s’inscrire en programme de doctorat en recherche dans le domaine culturel.
En définitive, Lamyaa Achary fait partie de ces jeunes qui, loin de tout tapage médiatique, font en sorte que le Maroc s’améliore de jour en jour, ou du moins, constituent un tampon contre la montée de l’obscurantisme.
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