Maroc-Algérie: le commerce continue malgré les tensions
Difficile de commercer lorsqu’on ferme les frontières. Les échanges entre le Maroc et l’Algérie sont modestes, chacun achète moins de 4% des produits exportés par l’autre et tous deux se partagent les mêmes gros clients.
Depuis plus de dix ans, le Maroc augmente ses exportations en direction du marché voisin. En 2012, il exporte 25 fois plus qu’en 1999. Mais il achète aujourd’hui 5,8 fois plus de produits algériens que l’Algérie n’achète de produits marocains.
Verrouillage frontalier oblige, les seules marchandises qui traversent la frontière terrestre entre le Maroc et l’Algérie suivent les circuits illégaux.
Pour conquérir légalement le marché voisin, les produits des deux pays doivent transiter par les grands ports méditerranéens, ce qui renchérit le prix de revient. En outre, les tensions politiques entre les deux pays minent le climat des affaires et paralysent le commerce.
Pour autant, les échanges commerciaux ne sont pas totalement rompus.
Selon les chiffres de l’Office des changes, les exportations marocaines vers l’Algérie n’ont généré que 82 millions de DH en 1999. Elles s’établissaient à 229 millions de DH en 2003, puis 1,2 milliards de DH en 2010 pour atteindre les 2 milliards de DH en 2012. Le Maroc devient ainsi son 11e client mondial et 1er client arabe.
Mais le Maroc achète beaucoup plus de produits à l’Algérie qu’il ne lui en vend : Déjà en 1999, l’Algérie exportait vers le Maroc pour 1,3 milliards de DH, pour 9,7 milliards de DH en 2012. Un déséquilibre en faveur de l’Algérie qui s’explique par la nature même des exportations algériennes, constituées à plus de 95% d’hydrocarbures.
L’essoufflement économique général qui affecte les exportations algériennes depuis le début de l’année 2013 (-8%) s’est également fait sentir dans ses échanges avec le Maroc : entre janvier et juin de cette année, l’Algérie a vendu au Maroc pour 5,2 milliards de DH contre 914 millions de DH de produits marocains achetés, soit un léger recul par rapport à la même période de l’année dernière.
La tôle et les produits alimentaires marocains contre le pétrole algérien
Au premier semestre 2013, l’essentiel des exportations marocaines vers l’Algérie se composait de fils et câbles électriques (82,5 millions DH), les tubes en fonte et en fer (42,5 millions DH) et les ciments, chaux et plâtres (43,6 millions DH) ainsi que les tabacs (39,6 millions DH) et l’acide phosphorique (49,6 millions DH). C’est en tout cas ce qu’estime l’Office des changes.
Selon le journal algérien Al Khabar, l’Algérie a acheté pour plus de 33 millions de DH de produits alimentaires originaires du Maroc au cours de la même période. Les ventes légales de disques et supports magnétiques ont généré 13,5 millions de DH. Sans surprise, ce sont les hydrocarbures, et principalement le pétrole et le gaz algérien qui débarquent sur les quais marocains. L’Algérie est un gros exportateur, et ne vend pratiquement que cela: moins de 4% de ses exportations ne sont pas des hydrocarbures.
Bien sûr, les chiffres officiels des deux pays ne prennent pas en compte les produits issus de la contrebande, dont les quantités sont difficilement estimables, mais qui révèlent tout de même le potentiel du commerce maroco-algérien. Dans les deux sens.
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